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  • L'invité

    Plantu

    Invité : Plantu, dessinateur de presse et caricaturiste français

    Une grande exposition à la Bibliothèque nationale de France et un livre célèbrent les 50 ans de dessins de presse du fondateur de « Cartooning for peace ».

    Présentation : Patrick Simonin

    Transcription

    Il a fait du dessin parce qu'il ne savait rien faire d'autre, Plantu. C'est une révélation dans ce livre. Pour la première fois, le célèbre dessinateur du monde, depuis 50 ans il croque l'actualité. Plantu se révèle dans un livre. Dialogue avec Éric Fottorino, Jean, et là vous racontez d'où vous venez. Pour la première fois, vous vous révélez.

    Je déballe.

    Oui, vous déballez tout.

    Je me sentais en confiance, ce qui n'est pas fréquent chez moi. Quand Éric (...)

    Il a fait du dessin parce qu'il ne savait rien faire d'autre, Plantu. C'est une révélation dans ce livre. Pour la première fois, le célèbre dessinateur du monde, depuis 50 ans il croque l'actualité. Plantu se révèle dans un livre. Dialogue avec Éric Fottorino, Jean, et là vous racontez d'où vous venez. Pour la première fois, vous vous révélez.

    Je déballe.

    Oui, vous déballez tout.

    Je me sentais en confiance, ce qui n'est pas fréquent chez moi. Quand Éric Fottorino, que j'ai connu comme journaliste, comme directeur du monde, et puis maintenant, il dirige l'hebdomadaire Le 1, c'est un ami. Il m'a dit : "J'aimerais bien qu'on fasse un bouquin ensemble". En général, je dis non. Et puis là, j'ai dit : "Oui, pourquoi pas".

    50 ans de Dessin, ça vient de loin.

    Je me souviens que mon père, ma mère, pleuraient, ma sœur pleurait. Ma sœur, elle savait, je lui ai annoncé. Alors, ce n'est pas un bon plan de communication pour les enfants, les jeunes. Le même soir, j'ai annoncé que j'arrêtais médecine, ce n'est pas une bonne idée, que j'allais faire des cours de bande dessinée à Bruxelles, parce qu'il n'y avait que là qu'on pouvait faire la bande dessinée, que j'allais me marier et pas à l'église, tout ça le même soir, ma sœur était venue avec une bouteille de champagne, ce n'est pas un bon plan de communication. Mon père a gueulé, il a failli me cogner. Et puis, ça a été un drame.

    Il rêvait de polytechnique, médecin, vous l'avez dit, mais il vous voyait dans tout à fait autre chose.

    Je ne peux pas lui en vouloir.

    Lui, c'est Henri IV…

    Lui, il avait fait les arts et métiers ; lui, il pensait qu'avoir un fils ou à centrale, ou à polytechnique, c'était le bâton de maréchal. Et puis, il a bien vu que j'avais 0 en tout, sauf en dessin.

    Oui, parce qu'au lycée Henri IV, c'était en dessin que vous étiez le meilleur.

    Non, il n'y avait que ça que…

    Tout ce que je viens de dire, vous avez fait du dessin parce que vous ne savez rien faire d'autre, en fait c'est ça. C'est une vocation, Jean.

    Oui, mais je ne le souhaite à personne parce que j'ai passé toute mon enfance à penser que je serai plus tard un gros nul. Le prof au lycée Henri IV, il s'appelait Charlot, ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille, il avait fait venir mes parents, il leur avait dit :"Vous avez de l'argent ?". Mes parents ont dit : "Non, on n'a pas l'argent, on est à la SNCF". Il m'a regardé : "Je ne vois pas ce qu'on peut faire de lui plus tard". Mais vraiment, il y a eu un grand silence, mes parents pleuraient, et moi dans ma tête, je me marrais un peu parce que je trouvais ça rigolo de voir mes parents pleurer avec le prof qui disait "Je ne sais pas ce qu'on va faire de lui plus tard". Et j'étais persuadé qu'on ne ferait rien de moi plus tard.

    Vous savez ce qu'on a fait de vous plus tard, c'est une exposition à la bibliothèque nationale de France, vous le cancre, quand même. Là, du coup, les parents devaient être contents.

    Oui, auand il y a une première interview dans le journal Bonne Soirée, ils m'ont regardé et le journal ; ils se disaient, c'est le même ? Ils se demandaient.

    Vous rêviez devant les dessins de David, l'Enlèvement des Sabines au Louvre ; vous rêviez devant des femmes plantureuses.

    Eh voilà ! D'ailleurs, je me foutais de pourquoi elles étaient enlevées, les Sabines, par les Romains, je m'en fous. Apparemment c'est un drame. Moi, je voyais au premier plan, il y en a une qui est bien, et moi j'étais content. Moi, je m'approchais, à l'époque il n'y avait pas de radars, donc on pouvait s'approcher et on regardait comment on pouvait faire. D'abord, on regardait les belles poitrines, mais en plus, je regardais comment on pouvait faire avec la peinture. Moi, j'ai appris la peinture comme ça en allant au Louvre, grâce à ma mère qui m'emmenait régulièrement.

    Puis, il y a évidemment l'influence de Daumier qui va arriver. Et puis, l'envie de travailler à Bruxelles, d'abord. C'est Tintin, peut-être un peu, qui vous a attiré là-bas.

    Oui, parce qu'il y avait un prof à Bruxelles dans l'institut Salut, qui était une école de bandes dessinées. Quand je lui serrais la main, il s'appelait Eddy Paape, je savais que le soir, il allait serrer la main à Hergé, donc je ne me lavais pas pendant 3 jours.

    C'est incroyable ça, c'est fou. C'était quand même une passion dévorante.

    Oui, je vois toujours tout en images. Ce qui est sympathique, quand je me lave les dents, c'est un peu gonflant parce que je vois ce que je vais donner dans quelques semaines. C'est fatigant de tout interpréter en images et de ne rien écouter, pas vraiment, parce que même quand je…Je vais beaucoup dans les écoles, je fais beaucoup d'interviews, beaucoup de choses, et des fois, je ne pige pas toujours… Il y a une nana, il n'y a pas longtemps qui m'interrogeait avec une caméra sur l'épaule, elle avait un décolleté et je n'ai rien pigé de ses questions. Je voyais le dessin que je pouvais faire, donc j'ai un peu improvisé, et je crois que j'ai passé mon temps à improviser, à essayer de faire des dessins sur la vie de tous les jours en essayant de ne peut pas trop me prendre au sérieux et en essayant de montrer ma passion pour les femmes et les hommes politiques, parce que moi dans une autre vie je ferai de la politique.

    C'est vrai. Alors, on attend de voir ça. 1972, premier dessin dans Le Monde, ça continue évidemment. Tous les jours vous avez fait, et on le dit dans ce livre, une sorte de bestiaire politique, c'est-à-dire que pour vous, les hommes politiques sont des bêtes, en gros.

    Écoutez, monsieur Jourdain ne savait pas qu'il faisait de la prose ou des vers dans la pièce de Molière. Moi, je ne savais pas que je faisais du La Fontaine. En fait, pourquoi Martine Aubry… D'ailleurs, on raconte pourquoi Martine Aubry, il a fallu que j'arrête la dessiner en éléphant parce qu'il y a un rédacteur en chef qui m'a convoqué dans le bureau en me disant : "Attends, il y a un problème avec Martine Aubry". Je dis : "Quoi, Martine Aubry ?", "Tu la dessines en éléphant, ce n'est pas très…", "Pourquoi je peux faire avec Raymond Barre, avec Sarko, mais pas elle ?", "Et en plus la trompe de ton éléphant, fais gaffe","Qu'est-ce qu'elle a la trompe de mon éléphant de Martine Aubry ?". Du coup, après je l'ai fait en peluche. Je l'ai fait en petite peluche, comme ça sous le bras. Je la faisais sexy et en petite peluche où elle était moins sexy, elle était beaucoup plus ressemblante en peluche.

    On voit un très ressemblant Nicolas Sarkozy en Madame de Fontenay. Alors, vous l'avez représenté en toutes sortes d'animaux…

    En mouche aussi.

    Ça nous amène à parler aussi de la censure, vous en parlez dans ce livre. On ne peut pas tout dessiner au fond. Ça, ça interpelle, il y a des dessins interdits d'ailleurs dans ce livre.

    C'est normal, mais j'ai toujours dit ça depuis le début que je travaille au journal Le Monde, depuis 1972, on vit avec des interdits, on est dans une société avec des lecteurs qu'on aime, qu'on a envie de… Vous voyez liberté, égalité, fraternité. Fraternité, il y a le mot "fraternité", mon lecteur, ma lectrice, c'est mon frère, c'est ma sœur. À la fois, je veux les énerver, asticoter, et encore plus dézinguer telle ou telle femme ou homme politique, mais à la fois il y a un côté fraternel. J'entends la petite musique du "Mais ça on ne peut pas", et moi, la vie privée… Il y a une député qui est homosexuelle, qui est très connue, qui ne veut pas qu'on le dise, je n'y touche pas. Je ne connais pas de dessinateurs d'ailleurs qui ne s'interdisent pas ça ou ça ou ça. À chaque fois que je vais dans les écoles et qu'on me dit : "On ne peut pas dessiner…". Tous les dessinateurs s'interdisent une petite part des choses.

    C'est pour ça que c'est d'autant plus inacceptable, vous qui avez fondé Cartooning for Peace, de voir tant de dessinateurs, de vos confrères qui sont enfermés, voire même assassinés.

    Alors, ça c'est… Là, on s'occupe beaucoup… Là, on vient d'aider un dessinateur russe. D'ailleurs, je remercie… On parle beaucoup du Quai d'Orsay avec des airs un petit peu désobligeants. L'ambassadeur des droits de l'homme, il travaille avec nous, avec Cartooning for Peace, l'association des dessinateurs de presse qu'on a créée avec Kofi Annan il y a 10 ans. Et puis à chaque fois, il nous aide. Là, on accueille en ce moment un dessinateur russe qui vient de Moscou, comme on a essayé de libérer, et on l'a réussi, pas tout seul, il y a RSF, il y a Amnesty, un dessinateur de Guinée équatoriale, où là je ne savais pas que c'était une dictature, c'est une dictature. Le gars, on continue à l'aider parce que… Il est libéré maintenant. Et puis, il y a Musa Kart qui est un dessinateur turc, qui à Istanbul a fait 6 mois de taule, et qui risque au moins 10 ans de prison quand il sera jugé, mais il a repris son boulot à la une de Cumhuriyet à Istanbul, mais à la fois ce n'est pas simple. Et puis, il y a tous les Iraniens qu'on connaît par cœur à qui Kofi Annan a remis des prix à Genève.

    50 ans de Dessin, fêté à la bibliothèque nationale de France. Un très beau livre avec Éric Fottorino. Et puis, les albums Cartooning for Peace. Merci beaucoup Jean.

    Merci beaucoup.

    À bientôt.

    Merci.

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    00:08:21
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