Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Xavier North

    Invité : Xavier North.

    Comment promouvoir les artistes francophones ? L´inspecteur général des affaires culturelles, ancien délégué général à la langue française, vient d´être chargé par la ministre française de la Culture, Françoise Nyssen, d´une mission pour améliorer la politique du ministère pour le soutien et la diffusion des artistes francophones de tous horizons en France.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Xavier NORTH. Vous avez été pendant 10 ans le délégué général à la langue française, vous êtes inspecteur général des affaires culturelles et vous êtes désormais chargé d'une mission par la ministre de la Culture, Françoise NYSSEN, qui a annoncé dans la conférence internationale sur la langue française qu'elle vous chargeait d'une mission avec Paul de SINETY. Comment améliorer et mieux mettre en avant les artistes francophones venus du monde entier ? Qu'est-ce que vous allez faire et qu (...)

    Bonjour, Xavier NORTH. Vous avez été pendant 10 ans le délégué général à la langue française, vous êtes inspecteur général des affaires culturelles et vous êtes désormais chargé d'une mission par la ministre de la Culture, Françoise NYSSEN, qui a annoncé dans la conférence internationale sur la langue française qu'elle vous chargeait d'une mission avec Paul de SINETY. Comment améliorer et mieux mettre en avant les artistes francophones venus du monde entier ? Qu'est-ce que vous allez faire et qu'est-ce que vous allez dire ?

    La ministre a souhaité donner un nouvel élan à ce qu'on pourrait appeler une politique francophone de la culture ou une politique culturelle de la francophonie, c'est-à-dire une politique qui réaffirme le rôle de la langue et qui la met en relation avec la culture, qui fait de la langue un moyen privilégié d'accès à la culture et à la création culturelle. Pour elle, la francophonie, conçue comme le partage d'une langue, plus que comme une construction institutionnelle, c'est un pont, ça consiste à bâtir des ponts, des ponts sur lesquels peuvent circuler les savoirs, les œuvres, les artistes.

    Donc ça va bien au-delà de la langue française seule ?

    Bien sûr, parce que ça nous amène très naturellement à réfléchir aux conditions de création et d'exposition en France des artistes d'expression française venus du monde entier. Et quand je dis venus du monde entier, y compris d'ailleurs des territoires ultramarins, "des mondes francophones" au pluriel, parce que la francophonie, c'est plusieurs mondes, des mondes dont il faut parler au pluriel. Il y a une francophonie africaine, une francophonie maghrébine et aussi une francophonie ultramarine.

    Oui, alors, la lettre de mission qui vous est confiée, c'est améliorer la politique du ministère de la Culture en faveur de ces artistes francophones. Ça veut dire qu'il y a des améliorations à apporter, dans quel domaine ?

    Eh bien, je crois que, ce qu'on constate, c'est sans doute une insuffisante capacité de production et de coproduction des œuvres. Peut-être y a-t-il aussi un nombre trop restreint d'artistes résidents, une durée trop courte de la résidence aussi. Mais le problème essentiel, c'est sans doute une exploitation trop limitée des œuvres qui tendent à s'enfermer peut-être dans un petit nombre de lieux alors que ces œuvres devraient pouvoir irriguer l'ensemble du paysage culturel français parce que…

    Cela veut dire qu'il faut créer des quotas, il faut que les radios diffusent davantage d'œuvres francophones, il faut que les théâtres s'ouvrent davantage aux auteurs francophones ?

    Non, des quotas, certainement pas. En revanche, il faudrait qu'il se passe pour l'ensemble des expressions culturelles ce qui s'est passé au cours de ces dernières années pour les littératures d'expression française. Vous vous en souvenez sans doute, jusqu'au début des années 2000, quand vous entriez dans une librairie, vous voyiez un rayon pour les auteurs français puis à côté les auteurs francophones, comme si les auteurs français n'étaient pas francophones. Il est vrai que les Français se sentent très peu francophones, c'est d'ailleurs un problème en soi.

    C'est donc aussi une mission, c'est de faire prendre conscience aux Français de cet aspect essentiel de la langue française.

    Oui, parce que les Français ne se sentent pas naturellement francophones, comme ils sont un peu en position dominante au sein de la francophonie, où ils se sentent, à tort, en position dominante. Les francophones, ce sont les autres, je le dis souvent en guise de boutade, c'est comme l'enfer chez SARTRE, les francophones, ce sont les autres. "Nous, monsieur, nous sommes français. " Il faut changer ça, il faut aboutir à une conscience linguistique partagée, et la culture a un rôle à jouer pour ça, et même un rôle très important. Alors, je reviens à ce que je disais sur le livre, quand vous entriez dans une librairie, jusqu'au début des années 2000, il y avait la littérature française et la littérature francophone. Eh bien, au cours de la première décennie, cette barrière est tombée et il n'y a plus aujourd'hui, enfin dans les bonnes librairies en tout cas, que "des littératures", au pluriel, d'expression française, vous voyez ? Eh bien, c'est à ça qu'il faudrait aboutir pour d'autres expressions culturelles, qu'on arrête d'enfermer les autres dans des ghettos en matière culturelle. Donc, il faut que les scènes labellisées, que le paysage des scènes labellisées accueille en beaucoup plus grand nombre les auteurs dramatiques, les acteurs venus de l'ensemble de ces mondes francophones.

    Par exemple, ce Théâtre ouvert, qui remplace Le Tarmac, qui va être le lieu d'expression des auteurs francophones.

    L'idée, je crois, enfin, ce que la ministre souhaiterait, à priori, mais sous bénéfice d'inventaire, c'est qu'il y ait un ancrage significatif de ces auteurs venus d'ailleurs autour de 2 pôles, ce qu'on pourrait appeler des pôles de référence. Une scène dédiée à Paris, autour du Théâtre Ouvert : Tarmac, et puis un grand festival en région : le Festival des francophonies en Limousin. Mais il est clair que le paysage du théâtre et des expressions scéniques en France, le paysage des arts de la scène en France est beaucoup plus large. Le véritable enjeu, ce n'est certainement pas de limiter les auteurs et les créateurs francophones, les artistes francophones, à ces 2 lieux de référence, à ces 2 pôles de référence, mais qu'ils puissent irriguer l'ensemble du paysage.

    Ça veut dire aussi, Xavier NORTH, qu'il faut des bourses, des programmes de bourses. C'est une possibilité évoquée dans la lettre de mission de la ministre.

    Il faut des bourses, il faut des résidences, des accompagnements dans la durée et des dispositifs de promotion. Il faut réfléchir à ça très concrètement parce que ce sera une mission très concrète.

    Et vous allez consulter pour ça et rendre vos conclusions au mois de juin.

    Voilà, on doit faire un rapport d'étape au mois d'avril pour dessiner, déjà, un certain nombre d'orientations, et puis ce rapport sera rendu, en effet, fin juin.

    Ça veut dire que, derrière ça, il y a une volonté du gouvernement, du Président de la République qui doit, au mois de mars peut-être lors de la Semaine de la Francophonie faire un grand discours sur la langue française, il y a une volonté de, j'allais presque dire, de changer d'ère ?

    Écoutez, je crois qu'on n'en a pas suffisamment conscience, mais nous sommes en train de vivre un nouveau chapitre dans l'histoire du mouvement francophone. C'est lié à toute une série de facteurs. Je crois d'abord que ce mouvement francophone est arrivé à maturité au bout d'une cinquantaine d'années. Il y a ensuite l'impact de la mondialisation qui met le français en relation avec d'autres langues, toutes les langues. De sorte qu'on ne peut plus mener aujourd'hui une politique de la langue qui ne soit pas une politique des relations entre les langues. N'est-ce pas ? Et puis, il y a une nouvelle donne politique en France, ça ne vous aura pas échappé, de sorte que le moment est sans doute venu de tirer les conséquences de cette nouvelle donne sur les politiques de la langue, et c'est ce que souhaite faire Françoise NYSSEN.

    C'est-à-dire qu'il faut mettre la langue à une autre place, au fond ?

    Vous voyez, pendant toute une première période, la francophonie a consisté à découvrir les liens de solidarité que pouvait instaurer une langue partagée, donc c'est l'affirmation du français, l'affirmation mondiale du français, une des langues de la mondialisation qui s'affirme. Et là, nous sommes en train de passer, je crois, à une époque un peu différente où, être francophone, ça veut dire parler plus d'une langue. La francophonie, c'est plus d'une langue, c'est le français bien sûr, mais à côté d'autres langues, avec d'autres langues. Partout où il est parlé, le français est en contact avec d'autres langues, avec l'extraordinaire foisonnement des langues africaines en Afrique, avec l'arabe au Maghreb, bien sûr, avec l'anglais en Amérique du Nord, etc. C'est donc une langue de contact, c'est donc une langue de passerelle, de pont. C'est pour ça que je citais ce que disait Françoise NYSSEN tout à l'heure, pour elle, la francophonie, c'est un pont à double sens. Nous entrons dans ce monde-là, où le français n'est plus seul, le français est toujours accompagné avec d'autres langues.

    Merci beaucoup, Xavier NORTH, chargé de mission par la ministre de la Culture pour la promotion et la diversité des artistes francophones, merci.

    Merci à vous.

    Voir plusmoins
    00:08:13
    Tous publics
    Tous publics