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  • L'invité

    Olivier Gourmet, Antoine Russbach

    Invités : Olivier Gourmet, Antoine Russbach.

    Le comédien belge Olivier Gourmet est à l'affiche du film du réalisateur suisse Antoine Russbach, « Ceux qui travaillent », présenté en avant-première au festival international du film francophone de Namur, en partenariat avec TV5MONDE. Un film puissant sur la violence sociale et la dureté du monde du travail.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le 33e Festival international du film francophone de Namur.

    Transcription

    Olivier Gourmet, vous travaillez dans ce film, à côté de ce Antoine Russbach, c'est son premier film. Vous le lancez dans une aventure incroyable à l'écran.

    C'est son premier film… Il a fait déjà des cours avant et puis, ce n'est pas moi qui le lance, il s'est lancé tout seul comme un grand.

    Heureusement, il y a eu les producteurs. Il y en a encore qui sont assez fous aujourd'hui, pour financer et aider les jeunes réalisateurs sur des projets qui ont une vraie pertine (...)

    Olivier Gourmet, vous travaillez dans ce film, à côté de ce Antoine Russbach, c'est son premier film. Vous le lancez dans une aventure incroyable à l'écran.

    C'est son premier film… Il a fait déjà des cours avant et puis, ce n'est pas moi qui le lance, il s'est lancé tout seul comme un grand.

    Heureusement, il y a eu les producteurs. Il y en a encore qui sont assez fous aujourd'hui, pour financer et aider les jeunes réalisateurs sur des projets qui ont une vraie pertinence. Ce ne sont pas toujours les plus faciles à distribuer après au cinéma, mais heureusement, il y a encore de tels producteurs, pour que ce cinéma-là existe.

    Oui, parce que "Ceux qui travaillent", ce n'était pas évident un film comme ça. C'est un film qui nous…

    Il n'est pas évident. En même temps, je trouve qu'il est extrêmement universel, parce que même si cet homme travaille dans le fret maritime, on pourrait aujourd'hui adapter, enfin transposer cette violence au milieu du monde du travail, que ce soit même chez un jeune indépendant, même un jeune agriculteur ou tout autre chose. Parce qu'il y a tous les jours cette violence au sein même de son travail, où on est obligé de faire des concessions ou d'oublier ses propres convictions, ses propres valeurs, pour pouvoir continuer à survivre et à vivre, à nourrir sa famille, à manger, à bêtement mettre du beurre et du pain sur la table. Même si, ici, c'est un peu différent avec Franck Blanchet, voilà. Mais cette violence dans le film, je pense, elle est universelle aujourd'hui.

    "Ceux qui travaillent". Regardez la bande-annonce.

    Papa ! Tu manges avec nous ? S'il te plaît ! Pour une fois que tu arrives plus tôt !

    Toi, tu prends un risque courageux pour eux, et c'est comme ça qu'ils te remercient ?

    Tu attends quoi pour me dire ce qu'il se passe ?

    Tu as au moins intérêt à assurer avec l'argent. On a accepté de vivre sans père, mais on n'acceptera pas de changer notre niveau de vie.

    Ça tombe juste au bon moment, nous avons besoin d'un nouveau responsable des ventes.

    Ce personnage incarné donc par Olivier, Franck, dans le film, Antoine Russbach, c'est finalement l'homme qui va devoir un jour prendre une décision radicale. On ne la révélera pas, mais elle est forte dans l'histoire, qui à un moment donné, peut lui faire perdre son emploi.

    Oui, c'est ça. Moi, ce qui m'intéressait, c'était aussi de parler de l'aliénation du travail, mais pas dans une hiérarchie directe, avec un contremaître et son employé, qui est une aliénation qui existe et qu'on connaît. Mais c'était de parler aussi de l'aliénation, disons des cols blancs, qui est comment les employés de bureau… On leur fait sentir qu'ils sont leur propre chef, leur propre maître, qui font partie de l'élite, de la classe dominante, alors que c'est faux, iIs sont quand même des employés. Voilà Franck, comme on peut s'imaginer qu'il est le patron, un des patrons de sa boîte, ce qui est faux.

    Oui, il croit qu'il est leader…

    C'est ça. Il a la voiture, la piscine, le train de vie qui va avec. Et en réalité, c'est juste un rouage dans une machine très complexe et très vaste. Et voilà, il fait preuve un peu d'excès de zèle…

    Un jour, il va aller trop loin, pour faire des profits.

    Et au fond, il va être trahi par le système.

    Il confond ses intérêts avec ceux de sa boîte.

    Au fond, c'est l'histoire d'une trahison, Olivier Gourmet.

    Oui, quelque part c'est une trahison, parce qu'il le dit. Il y a cette scène, où il se retrouve face à ses patrons qui le licencient, où il leur dit : "Mais, remerciez-moi. Regardez-moi dans les yeux et dites que vous n'auriez pas fait la même chose". Et puis après, il apprend que de fait, il n'a pas été viré pour cette décision malheureuse et tragique qu'il a prise, mais parce qu'il prenait trop place, tout simplement, et qu'il devenait trop important. Et donc, à un certain moment, il faut amputer, pour pouvoir garder la mainmise sur l'ensemble. Donc, c'est cette violence-là, oui. C'est, quelque part, l'histoire d'une trahison.

    C'est ça, le film.

    Et d'ailleurs, le film reste dans cette ambiguïté après, parce qu'il y a le parcours du personnage suite à ce licenciement ; où on pourrait se dire : "Est-ce que c'est la culpabilité de la décision qu'il a prise ? Ou est-ce que c'est cette trahison, qui le détruit davantage" ?

    Et derrière, il y a la famille, il y a cette famille qui compte sur son argent, qui le lie, mais qui va peut-être révéler, à un moment donné, une véritable relation humaine, avec la fille cadette. Et c'est ça, au moment où finalement le personnage pleure, il devient touchant.

    Oui, parce que ce qui est beau dans le film aussi, c'est qu'à aucun moment… Le film n'est pas manichéen. Franck, je trouve moi, enfin moi, j'ai vu le film, alors que quand je lisais le scénario, je disais : "Mais, quelle ordure ce mec" ! Quand j'ai vu le film, j'ai eu de l'empathie pour lui.

    Et ça, c'était une des volontés d'Antoine. Je crois qu'il ne pose pas un regard manichéen sur le personnage, mais sur cette difficulté, en tant qu'être humain aujourd'hui, dans une certaine société, venant d'un tel univers. Comment on se construit ? Et comment on peut exister ? Et quels repères et quelles valeurs on nous a inculqués ? Et en quoi on croit ?



    Et il est entier, là-dedans. Et quelque part, il est humain. Et donc, d'un coup, on peut avoir de l'empathie pour lui.

    Profondément humain. Mais le moment où tout ce monde-là s'écroule, il s'aperçoit que… Il s'accrochait à quoi, un château de sable ? C'était ça, sa vie.

    Oui, c'est ça. Et c'est intéressant… voilà, on dit qu'il reste humain, mais c'est dans l'interprétation qu'Olivier fait aussi du personnage. Et ce qui est dans le scénario, c'est dire qu'être humain, c'est aussi être mauvais. C'est aussi l'ombre de la nature humaine, qui m'intéresse. Souvent, on dit qu'un film humaniste, c'est un film qui montre l'humain sous son plus beau jour. En fait, être vraiment humaniste, c'est aimer l'humain pour son côté obscur et son côté clair. Et ça, c'est un truc qui n'a pas fait peur à Olivier et qui est très beau.

    Ce qui est incroyable, c'est que la caméra suit ce personnage, suit Franck sous la douche, partout, comme ça, on est avec lui. Et au fond, il y a ce poids de la vie qui est là, qui est incroyable, qui montre le monde d'aujourd'hui, la dureté du monde d'aujourd'hui, Olivier.

    Oui, il y a une façon de filmer qui est intéressante, parce qu'il y a à la fois le fond, mais il y a aussi la forme. C'est ce qui était amusant et fondamental, dans mon choix au départ. Parce qu'il y a le fond et il y a aussi la forme. Et on a discuté beaucoup avec Antoine avant. Et quand on sent comme ça une telle singularité chez un jeune réalisateur, c'est du pain béni, parce que c'est unique.

    Ce qui est incroyable, c'est comment ce film parle de l'aliénation, au fond. Il parle de ça, du fait qu'il a des responsabilités derrière un ordinateur, que derrière il y a des hommes et des femmes de chair et de sang et qu'au fond, il n'est pas concerné. Il le dit même à un moment, il n'a jamais vu un bateau. Et que derrière ça, il y a au fond, la société déshumanisée qui est là, c'est ça que vous montrez.

    Oui. Et quelque chose qui m'intéresse aussi beaucoup, c'est de ne pas non plus la condamner, cette société déshumanisée. Au contraire, c'est de nous dire : "Voilà, nous sommes tous complices de cette société. Elle est comme elle est, parce que nous, nous sommes nous sommes, comme consommateurs". La manière qu'on a de nous comporter a un impact. Et ce serait facile de pointer du doigt ce système, en disant : "Il est autre". Mais en fait il est, hélas, il est humain. Et l'humain a cette part d'ombre, en fait. Et c'est ça, qui est important.

    Merci. Merci beaucoup à tous les deux. Olivier Gourmet, on peut le dire sans qu'il l'entende, dans l'un de ses très, très grands rôles. Très fort, très inoubliable. Il y a "Ceux qui travaillent", c'est ça l'idée, il y a "Ceux qui travaillent".

    Oui, il fait partie du top trois des films que j'ai faits, sincèrement.

    Merci beaucoup, Olivier Gourmet, Antoine Russbach. "Ceux qui travaillent", présenté au FIFF, ici à Namur. Merci.

    Merci à vous.

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    00:08:00
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