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  • L'invité

    Alain Mabanckou

    Invité : Alain Mabanckou, écrivain congolais.

    Dans « Les cigognes sont immortelles », son nouveau roman, Alain Mabanckou dresse un portrait de l'Afrique d'aujourd'hui, qu'il estime être aux prises avec la vision coloniale de l'histoire et de la francophonie.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Alain Mabanckou. Bonjour ! Traduit dans une vingtaine de langues, l'un des plus grands écrivains d'aujourd'hui, Congolais. Votre nouveau roman s'appelle Les cigognes sont immortelles, on va en parler dans quelques instants. Alain Mabanckou, un petit mot sur l'actualité, ce qu'on appelle un buzz en France. J'allais presque dire que pour Eric Zemmour vous avez le bon prénom. Alain, c'est bien français ? Je suis fier d'avoir comme nom Mabanckou qui vient de (Mabaou), qui veut dire "les fiè (...)

    Bonjour, Alain Mabanckou. Bonjour ! Traduit dans une vingtaine de langues, l'un des plus grands écrivains d'aujourd'hui, Congolais. Votre nouveau roman s'appelle Les cigognes sont immortelles, on va en parler dans quelques instants. Alain Mabanckou, un petit mot sur l'actualité, ce qu'on appelle un buzz en France. J'allais presque dire que pour Eric Zemmour vous avez le bon prénom. Alain, c'est bien français ? Je suis fier d'avoir comme nom Mabanckou qui vient de (Mabaou), qui veut dire "les fièvres". Quand j'écoute cette polémique, où on pense que Hapsatou devrait s'appeler Corinne, ça me fait pitié parce que tout à l'heure, en prenant le taxi, je suis rentré. C'est un Sénégalais qui conduisait et son prénom, c'est Yacouba. C'est un prénom du côté des Mandingues, qu'on trouve même chez les Juifs sous la forme de Jacob. Le monsieur m'a dit que son grand-père était ancien combattant, son père était dans l'armée française, et il vit ici. Je pense qu'il porte très bien son prénom de Yacouba, il ne faut pas le changer. La France est en train de s'orienter vers une certaine idéologie suicidaire , d'avoir comme ambassadeur de l'esprit des gens comme Eric Zemmour. Il faudrait, à un moment donné, qu'on revienne à l'esprit du génie français qui n'incarne pas les livres que sort notre chroniqueur ou notre journaliste Eric Zemmour, c'est pitoyable. Vous dites, Alain Mabanckou, que par exemple la francophonie sert à édulcorer la mainmise de la France sur la politique africaine. Vous le dites encore, ça ? Je pense que ça reste d'actualité ce que j'ai dit, je ne peux pas le renier parce que les faits sont tels qu'ils sont. La francophonie, aujourd'hui, nécessite un vrai balayage au niveau de l'institution et au niveau de sa méthode de fonctionnement. Cela ressemble parfois trop à un rassemblement des dictatures à côté de la France, pour discuter des problèmes qui ne sont pas des problèmes des Africains. Le problème des Africains, aujourd'hui, ce n'est pas la francophonie, c'est l'électricité, ce sont les hôpitaux, ce sont les routes, ce sont les salaires des fonctionnaires qui ne sont pas payés depuis des mois et des mois. On vient discuter comme à l'époque des discussions byzantines. Faites un tour au Congo-Brazzaville, au Gabon, partout, vous allez retrouver cette sorte de démon de la jeunesse qui veut la liberté d'expression, cette jeunesse qui veut des hôpitaux, cette jeunesse qui en a marre d'assister aux assassinats, aux incarcérations sans procès. On a l'exemple du général Mokoko au Congo-Brazzaville qui, jusqu'alors, est incarcéré. Il y a eu un procès très expéditif qui a été fait et il est toujours en prison. Je pense qu'il faut écouter toutes les voix. Je ne suis pas l'ennemi de l'Afrique, mais je suis celui qui pense que nous pouvons reconstruire, repenser l'Afrique, quelles que soient nos divergences. Chacun est libre d'être dans son parti politique, d'avoir sa couleur politique, mais il faut une Afrique plurielle. Vous diriez encore que la francophonie, c'est l'expression d'une vision coloniale de la France ? Bien entendu que la vision coloniale est toujours là. La francophonie ne doit pas être seulement le lieu où on réfléchit pour la santé de la langue française. L a langue française est belle, elle existe. Elle a toutes ces couleurs. Elle a toutes ces variétés, ces variations même climatiques. Elle n'a pas besoin qu'on la protège. Ce qui est peut-être délicat pour nous, c'est de comprendre pourquoi un pays, qui est un pays de liberté, de droits de l'homme, n'applique pas la même courtoisie d'échange avec les autres pays. L'Afrique est peut-être le seul pays dont on porte des coups de poignard dans la nuit sans pour autant qu'on s'en rende compte. Lorsqu'on se réveille le matin, le sang est en train de couler. Il faut qu'on ait cette vigilance. Il ne faut pas que lorsqu'une voix s'élève pour dire quelque chose, qu'on dise : "Voilà l'ennemi de la langue française, voilà l'ennemi de la France." Je ne suis pas l'ennemi de la langue française. Cela fait maintenant 17 ans que j'enseigne la langue française aux États-Unis, 17 ans que je l'enseigne dans le silence, sans pour autant qu'on vienne dire que la langue française est menacée. Elle n'est pas menacée. Il y a une académie qui s'appelle l'Académie française qui travaille sur le dictionnaire, qui travaille sur la langue. Mon ami, Dany Laferrière, fait partie de cette Académie. Elle n'est pas menacée par l'apparition des romans en français. Nous sommes de loin une des nations littéraires les plus élevées. Le président français, Emmanuel Macron, vous avait proposé de participer à une commission de réflexion pour rénover la francophonie. Vous aviez refusé. Qu'est - ce que vous lui dites, aujourd'hui, à Emmanuel Macron ? On en avait parlé. Ce qui m'importe aujourd'hui, ce n'est pas de rénover la francophonie, c'est de faire en sorte que le continent africain puisse respirer démocratiquement , que les poches, le cœur des ténèbres des dictatures puissent s'effacer pour que se lève une Afrique nouvelle belle, parée des beaux habits, qui peut se présenter dignement. Aujourd'hui, on ne peut pas avoir honte d'être Africain ou de sortir d'un pays de la dictature. Je souhaite une Afrique dans laquelle brille un soleil qui éclairerait tous nos problèmes pour qu'on les résolve ensemble. Les cigognes sont immortelles, le titre de votre nouveau roman, Alain Mabanckou. Immortelles comme quoi ? Parce que ces cigognes qui flottaient dans ces années 77 où un dictateur de type soviétique est assassiné au Congo-Brazzaville, ces cigognes sont toujours là. Tout à coup on se rend compte que un coup d'état, qui était sur le plan national, devient une affaire qui va venir phagocyter une petite famille de Pointe-Noire. C'est cette trajectoire qui est racontée à l'intérieur, où on voit finalement les grands maux du continent africain. Il n'y a pas que le Congo à l'intérieur. On retrouve le Cameroun de Um Nyobè qui était le grand rebelle. On retrouve aussi pratiquement, je reviens sur l'assassinat de Patrice Lumumba du côté du Congo Démocratique, Congo belge à l'époque. Mais, il y a les Gilles-Christophe Olympio, il y a aussi les Sankara, il y a toute cette Afrique meurtrie dont les espoirs sont appelés les cigognes. L'erreur de notre pays ou de notre continent, c'est de penser que lorsque nous pointons du doigt les problèmes, cela va forcément avoir des conséquences sur le régime en place. Je critique très bien la France, ce n'est pas pour autant que Macron a fermé les frontières de la France. Je sais que cela ferait plaisir à beaucoup de gens que ce soit interdit en France. Je ne suis pas interdit en France. Au passage, je voudrais, puisque je l'ai lu dans la presse, remercier, puisqu'il faut quand même être dans les remerciements, ce ministre de la Justice du Congo qui, semble-t-il, a dit que je n'avais aucun mandat d'arrêt, que je n'avais aucune interdiction au pays, que mes livres n'étaient pas interdits. Ça tombe bien, ça va me permettre de rentrer bientôt au Congo-Brazzavile. Vous allez rentrer quand au Congo-Brazzaville ? Dès que je le sentirai. Il faut que je me prépare. Je viens d'apprendre que je ne suis pas interdit, ça fait plaisir. C'est votre souhait, Alain Mambackou ? Qui ne peut pas avoir le souhait de rentrer chez lui et de voir ses frères, ses sœurs, le peuple congolais ? C'est important de le faire. Je suis un fils du Congo. Quand on me voit, la première chose qu'on voit, c'est le Congo-Brazzaville, j'allais dire l'Afrique, puis le Congo-Brazzaville. Nul n'a le monopole de dire que le pays lui appartient. Le pays nous appartient à tous, qu'on le veuille, ou non. Nous devons composer ensemble pour aller de l'avant. Merci beaucoup, Alain Mabanckou. Ça s'appelle Les Cigognes sont immortels. C'est votre douzième roman et c'est un événement publié aux éditions du Seuil. Merci beaucoup, Alain Mabenckou. Merci.

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    00:08:22
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