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  • L'invité

    Isabelle Hudon

    Invitée : Isabelle Hudon, ambassadrice du Canada en France.

    À quelques jours de la date anniversaire de la mise en oeuvre provisoire et partielle du CETA, l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe fait toujours l'objet de vives contestations en France. Le point avec l'ambassadrice du Canada en France, Isabelle Hudon.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Isabelle Hudon.

    Bonjour. Vous êtes l'ambassadrice du Canada en France. C'était il y a un an quasi exactement, l'entrée en vigueur provisoire du CETA. Votre Premier ministre, Monsieur Trudeau, disait : "Si la France n'approuve pas le CETA, alors quel pays le ferait ?" Vous êtes dans le même état d'esprit, aujourd'hui ?

    Oui, toujours dans le même état d'esprit, parce qu'on veut la ratification par le Parlement français du CETA. Mais, un état d'esprit aussi qui (...)

    Bonjour, Isabelle Hudon.

    Bonjour. Vous êtes l'ambassadrice du Canada en France. C'était il y a un an quasi exactement, l'entrée en vigueur provisoire du CETA. Votre Premier ministre, Monsieur Trudeau, disait : "Si la France n'approuve pas le CETA, alors quel pays le ferait ?" Vous êtes dans le même état d'esprit, aujourd'hui ?

    Oui, toujours dans le même état d'esprit, parce qu'on veut la ratification par le Parlement français du CETA. Mais, un état d'esprit aussi qui a évolué parce que après plus de près de douze mois de mise en vigueur du CETA, nous avons des chiffres réels, des résultats plus que probants pour l'économie française. Parce que, vous savez quoi ? L'économie française a su bénéficier de cette première année.

    Vous dites au fond que c'est la France qui sort gagnante de cette année ?

    P our la première année les chiffres vous donnent gagnant, effectivement. Vous avez su saisir les opportunités. Il y a une croissance réelle des exportations vers le Canada, plus de 10%, et une belle surprise pour nous, mais également pour l'économie française, c'est une croissance de 8% pour le secteur agroalimentaire. Je vous dis que c'est une belle surprise parce que c'est quand même un secteur qui nous a fait entendre ses craintes lors de la négociation de cette entente. Et dans la dernière année, je suis allée à la rencontre d'agriculteurs et d'élus et j'ai entendu la crainte des agriculteurs de voir le marché français être envahi par nos produits, et c'est un peu l'inverse.

    C'est-à-dire que vous recevez plus de fromages français que le Canada n'envoie de boeuf en France ?

    Exactement, vous avez raison. L'Europe a utilisé près de 95% de ses contingents pour l'exportation de fromages vers le Canada. En revanche, le Canada n'a utilisé que 2% de ses contingents parce que, prioritairement et principalement, le bœuf aux hormones est interdit en Europe et en France, et le CETA n'a rien changé à cette règle.

    Et pourtant la crainte est encore là, vous l'entendez encore aujourd'hui en France ?

    Oui, la crainte est encore là, mais je crois que nos efforts de pédagogie portent fruits et il faut continuer à partager avec les Français, ces résultats. Et ce ne sont pas des tendances ici qu'on partage avec vous, ce sont des résultats réels. Et moi, j'ose espérer que, de mois en mois, on arrivera à gagner sur cette perception que le CETA va venir nuire à l'économie française.

    Ça veut dire finalement du bénéfice pour la France. Mais, au fond, est-ce que c'est bien compris, est-ce que c'est bien admis aujourd'hui, est-ce qu'il y a encore un travail de pédagogie à faire ?

    Il y a un énorme travail de pédagogie. Ce qui est difficile, c'est que nous devons contrer cette perception, que cette entente, a été négociée à l'écart de la France, et que les Français n'ont pas été inclus. Venant d'une confédération, le Canada, où il y a le fédéral et les provinces, je comprends bien cette dynamique, des fois, d'être un peu suspicieux. Néanmoins, l'Union Européenne a négocié de plein droit avec le Canada pour cette entente, mais les efforts de pédagogie sont nécessaires pour briser cette perception. Et nous, le Canada et l'ambassade et toute l'équipe ici à Paris, on s'est montré plus que disponibles à faire ces efforts et à déployer ces efforts de pédagogie. Je suis extrêmement fière des efforts de mon équipe. Et on ne baissera pas les bras non plus sur les efforts encore à faire pour convaincre les Français que cet accord est un bon accord, autant pour le Canada que pour la France.

    On a vu un ministre français de l'Écologie, Nicolas Hulot, quitter le gouvernement en disant notamment qu'il n'était pas d'accord avec cet accord. Au fond, il y a des résistances très fortes.

    Il y a des résistances au point de vue idéologique, c'est-à-dire qu'il y a des fondations environnementalistes qui sont contre, tout court, le commerce international. Il y a aussi les montées populistes de droite et de gauche qui veulent fermer toute frontière aux mouvements de personnes, de biens, et de services. Il faut absolument voir davantage le Canada et la France, publiquement comme symbole, signer et ratifier des ententes comme le CETA pour contrer à ces mouvements qui sont des fois des agitateurs dans la population, pour différentes raisons que je leur laisse. Mais, sur le front du CETA, spécifiquement le CETA, on ne peut pas laisser les fantasmes s'installer. Cette entente a été négociée de façon responsable, en incluant pas seulement l'abaissement des tarifs, mais également le respect de l'environnement. Si l'entente de Paris n'est pas spécifiée dans le CETA, c'est que le CETA a été signé avant l'entente de Paris. Pour essayer de pallier aux craintes, la ministre McKenna, notre ministre de l'Environnement, est venue et a signé un programme d'entente avec la France pour vraiment réitérer notre engagement face au respect de l'accord de Paris. Et vous savez quoi ? Encore un peu plus même pour le CETA.

    Même encore plus. Et au fond, qu'est-ce qu'il peut se passer, Madame l'Ambassadrice, si d'autres pays, d'autres parlements, en Europe ne ratifient pas cet accord ? Est-ce que cet accord est menacé dans sa survie ?

    P as encore, et c'est la première fois que l'Union Européenne a mis en place la structure où les 28 pays doivent ratifier. On est à 13 pays actuellement qui ont ratifié le CETA. Moi, je suis toujours aussi animée par le sentiment d'urgence de voir la France ratifier dans son Parlement, cette entente.

    Vous l'espérez quand, cette ratification ? J'aimerais bien le voir inscrit à l'agenda législatif pour d'ici la fin de l'année, parce que je ne crois pas que le Parlement voudra mettre cet enjeu en plein milieu d'une élection ou d'une campagne pour les élections européennes.

    C'est-à-dire que c'est maintenant ou jamais, c'est ça que vous dites ?

    C'est maintenant ou c'est l'année prochaine, mais j'aimerais bien voir ratifié d'ici la fin de l'année et voir ces deux pays, le Canada et la France, de voir ces deux chefs de gouvernement, c'est-à-dire le président Macron et le Premier ministre Trudeau, célébrer cette ratification et lancer un message fort autour de la planète : que le commerce international peut être un commerce progressiste et pas seulement un commerce où on se préoccupe des tarifs douaniers, mais aussi où on se préoccupe de la mobilité des gens et où, si, on s'occupe de l'empreinte sur notre planète.

    Mais, vous dites que l'entente entre Macron et Trudeau est très forte. Et au fond, l'amitié entre le Canada et la France dépend de ça aussi, de cet accord?

    Non, je ne dirais pas que l'amitié dépend, mais je vous dirais très certainement que l'amitié, le socle de l'amitié, peut servir à une ratification rapide.

    Vous avez des engagements de la part de monsieur Macron, en ce sens ?

    Lorsque monsieur Macron était au Canada à la veille du G7, il a fait une visite d'État, une rencontre bilatérale avec le premier ministre Trudeau. Le président Macron a été très clair devant les journalistes, et a déclaré publiquement qu'il reconnaissait que les efforts de pédagogie donnaient fruits, et qu'il croyait à la ratification. Il ne s'est pas commis à un calendrier de ratification, mais je dois vous dire qu'il a parlé d'une voix forte et extrêmement poussive.

    Un an après, vous êtes confiante ?

    Oui, je suis confiante parce que chiffres à l'appui, mais je suis également confiante parce que les élus gagnent confiance également, ont nourri leur réflexion. Et je vois l'appui se solidifier et les craintes non pas disparaître, mais diminuer.

    Merci beaucoup, Madame l'Ambassadrice, Isabelle Hudon, Madame l'Ambassadrice du Canada, d'avoir été notre invitée aujourd'hui.

    Merci de votre invitation.

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    00:08:31
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