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  • L'invité

    Micheline Pelletier

    Invitée : Micheline Pelletier.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Micheline Pelletier. Bonjour. Quell artiste ! Vous avez été la photographe, pendant quinze ans, de Raymond Devos. Absolument. Et maintenant, on célèbre cet artiste immense, ce magicien de mots qui est entré dans les écoles, partout, qui ne nous a jamais quittés depuis sa disparition. Ça lui aurait fait plaisir, quand même ? Je ne suis pas sûr qu'il ne nous ait jamais quittés depuis sa disparition, mais en tout cas aujourd'hui, il renaît dix ans après sa mort, c'est formidable, grâce à un (...)

    Bonjour Micheline Pelletier. Bonjour. Quell artiste ! Vous avez été la photographe, pendant quinze ans, de Raymond Devos. Absolument. Et maintenant, on célèbre cet artiste immense, ce magicien de mots qui est entré dans les écoles, partout, qui ne nous a jamais quittés depuis sa disparition. Ça lui aurait fait plaisir, quand même ? Je ne suis pas sûr qu'il ne nous ait jamais quittés depuis sa disparition, mais en tout cas aujourd'hui, il renaît dix ans après sa mort, c'est formidable, grâce à un musée et une fondation, tous les livres sortis par le Cherche midi, les disques par Universal. C'est absolument unique. Raymond Devos, ce qui lui faisait plaisir, c'était d'être dans les livres d'école, de la dixième, je suis encore de son temps, mais ça doit correspondre au CM1 d'aujourd'hui jusqu'à la quatrième. Il aurait été heureux. Il aurait pris ça, ce sont des livres pour enfants. "Le car pour Caen passe au quart", par exemple, ou "quand j'ai tort, j'ai mes raisons". Ce sont des livres qu'il aurait aimés. C'est pour les enfants. Ce sont des livres pour des huit ans. Ce sont des devoirs de vacances, mais on enlève le i et le r, et ce sont les Devos de vacances, que vous avez aussi chez Universal. C'était vraiment le bonheur pour lui. Il en était tellement fier, de ça et du Grand Prix Raymond Devos de la langue française. Regardez, je vous le montre tout de suite, c'est ça le Grand Prix : "La petite boutique des caractères" de Gabor, c'est le grand prix Raymond Devos de cette année. Micheline, vous étiez en coulisses. Vous le voyiez sur scène tous les soirs. Vous étiez avec lui, vous rigoliez ensemble.

    On a beaucoup ri et on s'est beaucoup amusé, mais je n'étais pas tous les soirs, derrière lui, en scène, parce qu'il tournait beaucoup, ça aurait été compliqué. Mais c'était un homme, c'est ça qui me fascinait, qui avait toujours le trac. Est-ce que vous pouvez imaginer qu'à 80 ans, il était aussi traqueur qu'à 30 ans ? Et pourtant, il reprenait presque toujours les mêmes sketches qu'il affinait puisqu'il disait que son meilleur partenaire, c'était son public, en dehors de son partenaire au piano Hervé Guido, mais en dehors de ça, il affinait selon les réactions du public. Il a mis dix ans à peaufiner le penseur. C'est quand même incroyable. Il y a plus de mille feuillets. C'est incroyable. On a envie de l'entendre, on a envie de le voir, Raymond Devos, immortel. Regardez. "Mesdames, Messieurs, on va faire une grande émission de télévision sur moi, une émission posthume. Ils appellent ça post-mortem.  C'est quand ? Ça vient, ça vient. J'ai dit "Vous êtes gentil de penser à mon avenir". Ce n'est pas la peine d'applaudir, ou alors tout le monde. Non, non, non." Il était incroyable, Raymond. Il allait pousser son dernier soupir dans le sketch, mais ce qui est absolument génial, c'est qu'ils disent "Juste après ma mort, bon pourquoi pas Patrick". Était-ce Sébastien ou Sabatier, je ne sais pas, et pour les dix ans, Léon Zitrone, alors que Léon Zitrone était déjà mort bien entendu. "Des mots pour le rire", c'est une anthologie incroyable. Il y a des DVD, les spectacles, des centaines de sketchs. Il est incroyable, Raymond. Je le disais, c'est le magicien des mots, mais aussi il fait rire. Il n'est pas seulement le magicien des mots, grâce à ça, il est dans ces livres scolaires, mais c'est aussi un acrobate. C'est un homme de music-hall. Il a appris dix-sept instruments de musique. C'est vraiment le music-hall tel qu'on le pratiquait au 20e siècle, au siècle dernier. Il marchait sur les mains, il sautait en l'air, il mimait. Il avait fait trois ans de mime. On le retrouve dans un sketch de Raymond, le (lem), c'est magnifique. Il saute sur le piano et il semble s'envoler alors qu'il est lourd. Il faisait l'alunissage. Je l'ai vu sur scène. C'était incroyable. On avait l'impression qu'il décollait. C'est absolument extraordinaire, malgré son poids et sa corpulence, parce qu'il disait toujours : "Les polichinelles ont une bosse dans le dos, et moi, je l'ai devant". C'était son lien avec la Comedia dell'arte. Il a été marionnettiste au Luxembourg pour gagner de l'argent dans les années 46, 47, en revenant d'Allemagne. Il ne faut jamais oublier que Raymond a passé deux ans à Berlin au STO, et c'est là qu'il a créé sa première troupe théâtrale. Vous avec vous, un nez rouge. Vous avez toujours un nez rouge, Micheline Pelletier. Il vous a laissé ça. Il m'a laissé un de ses nez. Quand je fais des émissions sur Raymond, je prends toujours mon nez. Quand je dis que c'est un magicien des mots, c'est : "L'ouïe de l'oie de Louis a ouï. Ah oui ! Et qu'a ouï l'ouïe de l'oie de Louis ?" Si nos enfants en savaient dire et conjuguer le verbe ouïr, ça serait formidable. "Elle a ouï ce que toute oie oit. Et qu'oit toute oie ?" "Qu'oit toute oie, l'ouïe de l'oie". Si on le prend en détachant, il est formidable ce sketch. Il a tout à fait un sens, ce qu'on oublie quand on finit de l'entendre. Il se libère des pesanteurs, il s'envole. C'est un jongleur, un funambule de la vie, Raymond. Funambule, c'est un mot exact. Vous savez qu'il avait appris à marcher sur le fil. Il avait installé, dans le parc de sa maison qui aujourd'hui est devenue un musée, un fils pour apprendre à marcher sur le fil. Ceux qui l'utilisent, peu de gens le savent. Il a tourné un film avec Reichenbach dont il est le dialoguiste et le scénariste dans les années 67, 68, où vous retrouvez Jean Carmet, Sapritch, Lino Ventura, Pierre Richard. C'est un film qui n'a pas marché parce que ce sont des petits sketchs. À un moment, il s'enfuit sur un fil parce qu'il n'a pas de quoi payer l'hôtel. C'est magnifique parce qu'il l'a fait en réalité. C'était une vraie cascade. Il est à deux, trois mètres de hauteur, ce qui est quand même pas mal. Il savait tout faire. Il avait tout appris. Quel artiste merveilleux et quel homme merveilleux ! À Saint-Rémy-Les-Chevreuse, sa maison est transformée en musée, il aurait aimé ça, parce que quand on avait la chance et j'ai eu la chance d'y aller, au premier étage, on y trouvait ses objets partout. Il y avait même un lit. Il y avait des cadeaux de Brassens. Il y avait un piano évidemment. Il y avait plein de choses, c'était comme un gamin, un train électrique. Le train électrique qu'il a acheté à l'âge de 20 ans. Il le raconte. Il va à la Samaritaine, il achète un train électrique et la dame lui dit : "C'est pour quel âge ?". Un peu gêné, il dit : "Oh, pour douze ans". Il a toujours eu 12 ans. Il a toujours eu 12 ans. Mais vous savez qu'à cette époque-là malheureusement, ils étaient dans la plus grande misère. Il ne faut jamais oublier que jusqu'en 29, la Grande crise, Raymond a vécu avec un père expert-comptable et une maman qui s'occupait de ses six enfants. En 29, c'est la catastrophe. Son père fait faillite ou l'entreprise de textile dans laquelle il est. Il écrira d'ailleurs : "J'ai commencé par la faim". Ça compte dans la vie de Raymond parce qu'à ce moment-là, ils rentrent près de Paris, en banlieue, pour chercher du travail. On est dans les années 30, 31. Ils vivent dans deux, trois pièces à Saint-Maur-des-Fossés alors qu'ils sont huit, donc il a connu la misère. Il abandonne ses études à 14 ans. Il a toujours souffert d'être un autodidacte, ce qui pourtant, pour moi, est un plus grand titre que d'être Commandeur de la Légion d'honneur. Un autodidacte qui s'est fait lui-même, c'est extraordinaire. Un immense artiste, un immense bonhomme, une chaleur humaine incroyable, inoubliable. Et un homme très généreux. Ça aussi, peu de gens le savent. C'est un homme très généreux qui a beaucoup donné pour les hôpitaux, pour Saint-Rémy-lès-Chevreuse dont il avait intégré la fanfare dès qu'il s'y est installé en 63. Il y a passé plus de quarante ans. Tous les gens, qui viennent aujourd'hui dans le musée de Saint-Rémy, se retrouvent sur certains des petits films. On sent cette chaleur humaine. Il était un homme normal. Merci beaucoup, Micheline Pelletier, Raymond Devos est éternel. C'est un coffret magnifique. Il y a le cahier de devoirs avec des sketchs, des DVD. Merci, Micheline Pelletier, merci d'être venue nous parler de Raymond Devos qu'on aimait tant. Merci à vous.

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