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  • L'invité

    Kery James

    Invité : Kery James, rappeur français.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le 51e Montreux Jazz Festival.

    Transcription

    "J'remonte sur le ring, je suis Kery Balboa. Non, je suis Muhammad Alix, comme dit Sofiane du 9.3"  Kery, c'est toujours un peu palpitant de passer au Montreux Jazz, ici ? Eh bien, c'est un grand Festival, qui a une grosse réputation, donc on est préparé pour ça. Et puis, j'ai toujours le souvenir que le public est assez chaud et réceptif ici, donc on est très excité. Oui. À quoi on pense ? Parce que là, on va le dire à tous ceux qui nous écoutent, on est à quelques minutes de la scène. Oui, oui (...)

    "J'remonte sur le ring, je suis Kery Balboa. Non, je suis Muhammad Alix, comme dit Sofiane du 9.3"  Kery, c'est toujours un peu palpitant de passer au Montreux Jazz, ici ? Eh bien, c'est un grand Festival, qui a une grosse réputation, donc on est préparé pour ça. Et puis, j'ai toujours le souvenir que le public est assez chaud et réceptif ici, donc on est très excité. Oui. À quoi on pense ? Parce que là, on va le dire à tous ceux qui nous écoutent, on est à quelques minutes de la scène. Oui, oui. À quoi on pense ? Ça y est la pression, elle commence à monter, puisque moi j'ai toujours le stress, avant de monter sur scène. Ça se retarde de plus en plus, mais toujours à peu près une heure avant de monter, ça y est, ça monte. Mais j'estime que c'est nécessaire, il ne faut jamais considérer que c'est acquis et je vais toujours comme un boxeur, qui va chercher le titre une nouvelle fois, je suis toujours dans cet état d'esprit. Oui. Il faut tout donner, tout balancer. Oui, il faut tout donner, il faut conquérir, voilà. C'est ça, il faut attraper le public. Oui.

    Oui, il faut attraper le public, il faut le conquérir. Il faut que les gens ressortent du concert, soit pour ceux qui ne me connaissent pas, en m'ayant découvert et ceux qui me connaissent, il faut qu'ils aient vu encore autre chose, encore d'autres facettes. Oui. Tu vas leur chanter "Je ne suis jamais allé jusqu'au bout de mes chaînes" ? C'est "Douleur ébène" ? Oui, "Douleur ébène", oui, c'est vrai. C'est un titre que je vais interpréter, ce sera le cinquième titre à peu près, un titre qui fonctionne très bien sur scène. Et sur scène, il faut savoir aussi que j'ai un batteur, qui est Pierre Belleville, qui vient du rock. Et donc, qui envoie vraiment vraiment, très très dur. J'ai un clavier et un DJ, donc c'est un petit orchestre, mais ça donne quelque chose de très très original.

    Oui, mais un mot sur "Douleur ébène". Cette chanson elle dit : "Quoi que je fasse, je ne serai jamais à ma place". Oui. Malheureusement, c'est le sentiment qu'on a encore aujourd'hui en France, en tant que noir. Et puis moi j'accumule : noir, musulman, banlieusard. Allez, "Douleur ébène", Kery James, à quelques minutes de la scène. "Douleur ébène, mon histoire est faite de couleur ébène

    Je ne suis pas au bout de mes chaînes

    J'attends, comme toi, que la lumière s'éteigne

    Que la mort m'étreigne, que la mort me prenne

    J'ai vécu dans l'ombre de ma douleur ébène

    Mon histoire est faite de couleur ébène

    Je ne suis pas au bout de mes chaînes

    J'attends, comme toi, que la lumière s'éteigne

    Que la mort m'étreigne, que la mort me prenne

    J'ai vécu dans l'ombre de ma douleur ébène". En 2001, tu chantais "Si c'était à refaire". Oui. C'était autre chose que ce qu'on croyait à cette époque-là ? Oui. Que le rap pouvait faire prendre conscience des choses.

    Oui oui. Moi, j'ai connu le rap comme ça, c'est une musique qui m'a éduqué, moi. Il y a beaucoup de sujets politiques, auxquels j'ai été intéressé par le biais du rap, en écoutant IAM, en écoutant NTM. Et aujourd'hui malheureusement, le rap n'a plus cette vocation à apprendre, mais ça reflète un peu toute la société, tout le monde un peu, tout s'étire vers le bas et le rap aussi. Donc il y a moins de vocabulaire dans les textes de rap, il y a moins de volonté de messages, moins de volonté de revendications. Tout le monde est dans la consommation, comme l'ensemble de la société.

    Oui. C'est terrible ça, c'est un constat terrible ça, Kery.

    Oui c'est un constat terrible, mais il est réel, malheureusement. La dernière fois, je regardais un artiste, un comique, qui disait : "Aujourd'hui, dès qu'on fait des mots avec plusieurs syllabes, les auditeurs de rap saignent du nez, carrément". Voilà.

    "Lettre à la République

    À tous ces racistes à la tolérance hypocrite

    Qui ont bâti leur nation sur le sang

    Maintenant s'érigent en donneurs de leçons

    Pilleurs de richesses, tueurs d'Africains

    Colonisateurs, tortionnaires d'Algériens" Je n'avais pas envie d'écrire "Lettre à la République". C'est un texte que je n'ai pas envie d'écrire, ça ne m'a pas fait plaisir d'écrire "Lettre à la République". Aujourd'hui, cette lettre existe et malheureusement, elle a été écrite en 2012. Et si aujourd'hui je la chante, elle a toujours la même saveur. Oui. Et elle colle à l'actualité, malheureusement. Oui. Elle dirait encore : "Qui a intérêt à enflammer le monde musulman", par exemple. Exactement. Exactement.

    Toi, tu t'es converti à l'Islam. Oui. Exactement, exactement. Oui, enflammer le monde musulman, alors, il y a des extrémistes de toutes parts, qui essaient de le faire. Mais ils n'essaient pas d'enflammer seulement le monde musulman, ils essaient d'enflammer la France aujourd'hui. On a d'une part, les terroristes qui commettent des actes qui salissent l'image de l'Islam et qui font peur aux non-musulmans ; et d'autre part, on a les extrémistes du type Eric Zemmour, qui eux aussi, défendent des positions qui ne vont pas dans le sens du "Vivre ensemble" ; et qui aussi, à leur manière, participent à ce conflit de civilisations et qui auront une responsabilité à apporter, le jour où la situation va éclater. Oui. Tu penses que la situation va éclater ? Oui malheureusement, je pense que ça va aller de pire en pire. On le voit, par exemple, récemment à Créteil, il y a eu une mosquée qui a été attaquée. Alors bien sûr, quand c'est une mosquée qui est attaquée, on va parler d'un déséquilibré. Et puis quand c'est un terroriste qui se réclame injustement de l'Islam, qui commet un acte, personne ne remet en cause sa capacité intellectuelle ou autre. Donc il y a toujours ce "deux poids, deux mesures", qui est très blessant pour nous, musulmans. Oui. Oui. Il y a avait une chanson qui s'appelait : "Racailles". Oui, "Racailles", oui oui, que j'interprète ce soir… Oui. …et qui s'adresse à toute la prétendue élite politique, qui prétend nous représenter et nous donner des leçons. Alors que maintenant, tout le monde sait aujourd'hui qu'ils en croquent tous, voilà.

    "Vous en avez assez, hein ? Vous en avez assez d'cette bande de racailles. On va vous en débarrasser. Racailles !

    On devrait vous nettoyer au Kärcher

    Le jour où le peuple se réveille, vous allez prendre cher

    Racailles !

    On a le sentiment qu'aller voter

    C'est choisir par lequel d'entre vous on veut se faire entuber

    Racailles !

    Républicains ou PS

    Rangez vos promesses dans vos sacs Hermès

    Racailles" !

    Tu n'as jamais eu peur de dire ce que tu pensais. Tu as dit : "On pourrait m'attaquer, me déverser je ne sais pas quoi, de l'acide, n'importe quoi, je continuerais à être ce que je suis". Bon après, c'est un peu facile de dire ça dans un pays comme la France, où quand même pour l'instant, je ne risque pas la mort. Mais bon, comme les choses sont quand même en train de s'aggraver, on ne risque peut-être pas la mort physique, mais des fois, on peut quand même risquer la mort du point de vue du travail, la mort sociale, on peut la risquer. Mais bon, je n'ai pas vraiment de mérite, je suis fait comme ça, c'est dans ma nature. J'aurais prétendument plus de mérite à essayer de faire autrement, parce que ça demanderait de contredire ma nature, ce que je n'arriverais pas à faire, quoi. Oui oui, mais les, -j'allais presque dire pour simplifier-, "les cons" ne feront jamais taire. C'est ça ? C'est vrai ?

    Eh bien, j'espère bien, j'espère bien, j'espère bien. Et la musique, c'est là pour ça.

    Eh bien, je pense que… Nelson Mandela disait que : "L'art a une puissance qui défie la politique". Et donc, je pense que l'art a vocation à influencer le réel, voilà. Merci, Kery James. Merci à vous.

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    00:08:17
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