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  • L'invité

    Gérard Davet, Fabrice Lhomme

    Invités : Gérard Davet, Patrice Lhomme, journalistes d'investigation français, grands reporters au quotidien "Le Monde", coauteurs de "Un président ne devrait pas dire ça...". Leur livre d'entretiens avec le président François Hollande provoque un véritable séisme politique. Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Gérard DAVET et Fabrice LHOMME, journalistes au Monde "Un président ne devrait pas dire ça", c'est le livre événement peut-être qui fait vaciller François HOLLANDE, dans tous les cas peut-être met en péril la possibilité d'une seconde candidature. Vous avez publié ce livre après une centaine d'heures de conversations avec François HOLLANDE, on va parler des révélations qui sont abondamment commentées depuis sa publication. Vous diriez aujourd'hui, comme le disent certain journalistes : "C'est un (...)

    Gérard DAVET et Fabrice LHOMME, journalistes au Monde "Un président ne devrait pas dire ça", c'est le livre événement peut-être qui fait vaciller François HOLLANDE, dans tous les cas peut-être met en péril la possibilité d'une seconde candidature. Vous avez publié ce livre après une centaine d'heures de conversations avec François HOLLANDE, on va parler des révélations qui sont abondamment commentées depuis sa publication. Vous diriez aujourd'hui, comme le disent certain journalistes : "C'est un véritable suicide politique de François HOLLANDE" ?

    Moi, je ne dirais pas ça, je dirais que dans son esprit, c'était la volonté d'expliquer son quinquennat parce qu'il estime, à juste titre, que personne n'a compris ce qu'il a voulu faire et dans notre esprit à nous surtout, journalistes, c'était de comprendre exactement les ressorts d'un homme, au pouvoir, d'un homme qui n'a pas forcément été préparé à exercer le pouvoir.

    Oui, mais Fabrice LHOMME, les réactions à ce livre montrent qu'effectivement toute la Gauche est remontée et dit que c'était une erreur politique de l'avoir fait.

    Alors je ne sais pas si c'était une erreur politique, peut-être que l'avenir le dira, il faut attendre un petit peu parce que vous savez, pour l'instant, tout le monde n'a pas lu le livre dans le détail, or il se trouve que dans ce livre, de notre point de vue, il y a des choses qui sont sans doute très négatives pour François HOLLANDE, aussi bien des faits que l'on peut révéler, que même des déclarations de sa part qui peuvent apparaître éventuellement comme maladroites ou blessantes pour certains de ses camarades à Gauche, mais à l'inverse il y a aussi des choses qui lui rendent justice en quelque sorte justement sur l'indépendance de la justice qui a été respectée, sur son intégrité personnelle.

    Il a quand même traité la justice et les magistrats de "traîtres", ce qui a provoqué leur fureur.

    Absolument, mais ce sont deux choses différentes…

    De "lâches", pas de "traitres".

    Oui, il a parlé de "lâcheté de l'institution judiciaire", mais ça, c'est pour des raisons, on va dire historiques. Il estime que cette institution est critiquable, mais en revanche il fait un distinguo sur l'action des magistrats, notamment des juges indépendants et dans le même livre, le nôtre, il déclare par exemple que : "Les juges qui se sont permis de mettre sur écoute un ancien président", Nicolas SARKOZY par exemple, il dit : "Ils ont été très courageux", donc on ne peut pas caricaturer le discours de HOLLANDE sans avoir lu l'intégralité du livre où on voit ce qu'il a vraiment voulu dire et voulu faire.

    Oui alors Gérard Davet, dernière réaction, on va parler, il y en a eu plein, cette fois-ci c'est sur la révélation qui conduit dans ce livre du fait qu'il a validé des assassinats ciblés. Ce matin sur RMC avec Jean-Jacques BOURDIN, Jean-Luc MÉLENCHON disait : "Ce genre de chose, ça mérite le tribunal pénal international".

    Écoutez, je ne sais pas si juridiquement ça relève du tribunal pénal international. De tout temps, les pouvoirs forts comme l'Angleterre, comme la France, comme les USA et d'autres ont organisé des représailles ciblées, en général il s'agit de terroristes, par exemple je sais que dans cette histoire-là il y a un terroriste qui a attenté à la vie de nos otages en Somalie.

    François HOLLANDE a ordonné l'assassinat d'au moins 4 personnes, c'est ça ?

    C'est ce qu'il nous dit et par ailleurs nous avons eu aussi en mains de manière distincte une liste d'une vingtaine de cibles potentielles à éliminer. Donc oui, ça existe. Donc tout ce qui existe est dans ce livre forcément.

    Alors il y a les propos, les propos par exemple sur Nicolas SARKOZY, "il y a eu un petit Napoléon et c'est un petit DE GAULE", il dit que c'est quelqu'un "infiniment attiré par l'argent, de cynique".

    Oui, il y a l'embarras du choix pour les qualificatifs les plus péjoratifs concernant Nicolas SARKOZY, il faut bien comprendre que ces deux hommes se détestent, mais sont fascinés l'un par l'autre, on va dire mutuellement. Ils exercent une attirance l'un pour l'autre qui est assez extraordinaire, cette obsession a conduit François HOLLANDE durant les 5 ans où ils nous a vus à nous parler très souvent de Nicolas SARKOZY et c'est vrai en des termes assez terribles, la plupart du temps, mais en même temps je pense que lecteurs seront surpris, à plusieurs reprises, François HOLLANDE, on va dire rend aux hommages au dynamisme de SARKOZY, le défend dans certains dossiers dans lesquels il a été mis en cause, et lui reconnaît à plusieurs reprises un certain talent politique. Un exemple tout bête : il trouve que ça a été une excellente idée de sa part, SARKOZY, de rebaptiser l'UMP, Les Républicains, ce qui surprendra sans doute puisqu'on se rappelle qu'à Gauche ça avait fait hurler.

    Alors il dit qu'il y a "un cabinet noir à l'Élysée" et "peut-être SARKOZY est derrière". Il dit "on vole des photos avec Julie GAYET, c'est encore Nicolas SARKOZY qui est derrière ça".

    Oui, il le dit tout en manquant de preuves, pour l'assumer, simplement il s'est avéré qu'il y avait des photos qui ont été publiées dans l'enceinte de l'Élysée le montrant avec Julie GAYET, donc il a fait procéder à une enquête interne. Ils ont fini par écarter en fait tout le service, ce qu'on appelle le service privé, c'est-à-dire les gens, les majordomes qui s'occupent du Président de la République, mais sans pouvoir déterminer précisément qui avait fait la photo. Il y a autre chose qui est aussi le bavardage, ce que racontent les gens, et ça, il a identifié par exemple l'ancien médecin chef de l'Élysée qui était effectivement quelqu'un proche de Nicolas SARKOZY d'un point de vue politique et qu'il a écarté en expliquant que "cet homme-là est évidemment trop lié à Nicolas SARKOZY". Donc oui, il y a aussi tous ces policiers qui s'occupent de la sécurité privée de François HOLLANDE et dont certains étaient au service de Nicolas SARKOZY. Donc tous ces gens-là, ça crée effectivement un faisceau de présomptions.

    Alors il y a Valérie TRIERWEILER, la révélation sur les "sans-dents". Valérie TRIERWEILER depuis a réagi, elle a envoyé un tweet qui montrait que François HOLLANDE lui parlait bien des sans-dents, et de manière pas très positive contrairement à ce qu'il vous a dit.

    Alors, en fait sur ce point précis, on va dire, le livre a un mérite, c'est de mettre finalement tout le monde d'accord parce que à l'arrivée, François HOLLANDE, comme son ex-compagne, sont d'accord pour dire qu'il a bien utilisé cette expression "les sans dents". François HOLLANDE devant nous l'a admis, simplement il n'en donne pas la même interprétation que TRIERWEILER. TRIERWEILER dit : "Il dit les sans dents pour se moquer des gens", François HOLLANDE dit : ",Mais pas du tout, c'est un constat presque clinique, mon expérience justement auprès du peuple, notamment en Corrèze, m'ont fait conclure que comment on reconnaît des gens qui sont dans la misère, la pauvreté ? C'est souvent qu'ils ont des problèmes dentaires". C'est aussi simple que ça.

    Plus grave, il dit qu'il y a "un problème avec l'islam en France". Ce n'est pas un langage pour un socialiste.

    Non, mais c'est un langage pour un Président réaliste, en l'occurrence quand il nous dit ça, je ne pense pas qu'il se drape des oripeaux du socialisme. Qu'est-ce qu'il fait ? Il regarde la situation en France aujourd'hui depuis, en particulier les attentats, il y a une frange radicale islamiste qui tend à prendre le pas dans l'esprit de la population sur la frange hyper majoritaire d'un Islam modéré en France et lui constate que donc, ils n'ont pas su résoudre ce problème-là. Donc oui, il y a un problème avec l'Islam en France.

    Oui, il y a un problème politique. Est-ce qu'il va se représenter clairement ?

    Ce qu'on peut dire de manière certaine c'est que depuis son élection en 2012, il a en tête son éventuelle réélection en 2017, il est comme tous ses prédécesseurs, quels que soient les propos prudents ou les démentis qui sont invoqués ici et là, en réalité depuis le début il ne pense qu'à ça, mais c'est un grand classique dans la vie politique française. Simplement HOLLANDE est un super pragmatique, un hyperréaliste, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que s'il a le sentiment dans les semaines qui viennent qu'il n'a aucune chance de gagner, il n'ira pas, il a trop d'orgueil pour ça, il ne voudra pas se faire humilier. S'il a le sentiment qu'il a une petite chance, ce qui est encore le cas aujourd'hui, elle est toute petite, on en convient, une toute petite chance alors il la tenterait.

    Mais il reconnaît en fait, il s'est trompé, il dit de MACRON : "C'est un gentil garçon", il dit : "Je pense qu'il est socialiste", la suite a (montré là… )

    Il dit même : "Emmanuel MACRON c'est moi", c'est-à-dire qu'il le considère vraiment comme son successeur, son fils spirituel. Il s'est trompé bien sûr, mais il s'est trompé sur beaucoup de gens, il s'est trompé sur Arnaud MONTEBOURG, il s'est trompé sur Delphine BATHO, il s'est trompé sur Cécile DUFLOT…

    Il s'est beaucoup trompé. Finalement, il dit : "C'est plus dur que ce que je croyais".

    Oui, mais parce qu’il a cette phrase et j'aurais tendance à penser qu'il y croit, il a cette phrase avec nous, il dit : "Vous savez moi, j'aime les gens jusqu'au point de leur faire confiance". Alors on peut le taxer de naïveté, on peut le taxer de gentillesse excessive, en l'occurrence ce qui s'est passé montre que c'est peut-être vrai, il a fait confiance à des gens qui l'ont trahi.

    Merci beaucoup Fabrice LHOMME et Gérard DAVET. Ça s'appelle donc "Un président ne devrait pas dire ça", tout le monde connaît maintenant le titre, les secrets d'un quinquennat, c'est publié chez Stock. C'est un best-seller évidemment. Merci d'avoir été nos invités.

    Merci.

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    00:07:53
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