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  • L'invité

    Ismaël Saidi

    Invité : Ismaël Saidi, dramaturge belge ; il est l'auteur de la pièce à succès "Djihad" actuellement jouée à Paris.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Ismaël Saidi, merci d'être notre invité, "Djihad", c'est la pièce que vous avez créée il y a quelques années maintenant, vous l'avez créé en Belgique, vous êtes originaire de Schaerbeek et vous parlez de jeunes qui partent faire le djihad. Cette pièce événement arrive à Paris après son triomphe. Plusieurs dizaines de milliers de personnes l'ont vue, qu'est-ce qu'elle raconte cette pièce?

    Elle raconte l'histoire de 3 mecs qui décident de partir en Syrie pour se battre aux c (...)

    Bonjour, Ismaël Saidi, merci d'être notre invité, "Djihad", c'est la pièce que vous avez créée il y a quelques années maintenant, vous l'avez créé en Belgique, vous êtes originaire de Schaerbeek et vous parlez de jeunes qui partent faire le djihad. Cette pièce événement arrive à Paris après son triomphe. Plusieurs dizaines de milliers de personnes l'ont vue, qu'est-ce qu'elle raconte cette pièce?

    Elle raconte l'histoire de 3 mecs qui décident de partir en Syrie pour se battre aux côtés des fous furieux, là-bas, qui veulent tuer du mécréant; mais c'est surtout, leur épopée nous permet de comprendre un peu leur parcours et les raisons qui font qu'ils se sont radicalisés. C'est d'abord une comédie, parce qu'on rit beaucoup dans "Djihad", c'est un peu tragique à la fin quand même, mais on rit beaucoup et donc, on essaie à travers l'humour de suivre ces 3 pieds nickelés.

    Pour dire quoi finalement? Pour dénoncer cette radicalisation?

    Oui, pour dénoncer l'ignorance, l'ignorance qu'ils ont de leur propre texte, l'ignorance qu'ils ont de leur propre religion, l'ignorance qu'ils ont des autres, l'ignorance que les autres ont d'eux. En fait, cette pièce dénonce l'ignorance et la stupidité qui est derrière.

    Oui, regardez un extrait de la pièce, "Djihad".

    (extrait de la pièce)

    C'est ça, c'est aussi finalement la situation de ces jeunes?

    Oui, c'est leur situation et c'est, la pièce en fait, elle pointe du doigt un problème. Moi, je considère, encore une fois, je ne suis un spécialiste de rien, mais moi je considère que la source de ce qu'on appelle la radicalisation, que moi j'appelle plutôt la marginalisation, c'est une (inaudible) à 2 têtes. Il y a une tête, c'est clair c'est un problème sociétal des ghettos, des quartiers qu'on a laissé abandonner, en Belgique et en France, une génération entière dont on ne savait pas quoi faire, on les a parqués dans des endroits et ça, c'est un problème qu'il faut essayer de régler et qu'on essaie de régler depuis des années. Mais l'autre tête dont on ne parle jamais, ce sont les pressions que les avec un S communautés musulmanes exercent sur leurs propres adeptes. Mes 3 gars, s'ils se radicalisent, c'est l'un parce qu'il pense qu'Elvis est juif et que les juifs, on lui a dit qu'on ne pouvait pas, donc il y a une espèce d'antisémitisme qui est installé dès l'enfance; le deuxième parce qu'il sort avec Valérie, il veut l'épouser, sa mère, elle lui dit que Valérie, c'est juste pour s'amuser, ce n'est pas un être vivant, pour la vraie vie, il faut une musulmane et mon personnage, Ismaël, il veut dessiner et on lui dit à l'école coranique que dessiner, ça vous envoie directement en enfer. Donc, il y a une pression interne.

    Ils se retrouvent coupés finalement du monde.

    Exactement, ils se retrouvent coupés de ce qu'ils aiment, de leur passion, de leur talent, de leurs envies, à force d'être dans une vision du monde qui, pour beaucoup aujourd'hui de gens de confession musulmane, finalement est une vision binaire, manichéenne, tu peux, tu ne peux pas, licite, illicite et ils sont au milieu,.

    Ils partent, la fleur au fusil, pour aller tuer des mécréants parce qu'on leur a promis qu'ils mouraient la fleur au fusil. A un moment, il y en a un qui dit : "Mais ça ressemble à quoi un mécréant ?"

    Et alors, il lui répond qu'il n'en sait rien parce que dans Call of Duty, le jeu qu'ils utilisent, l'ennemi ressemble plus à nous finalement, parce que dans les jeux vidéo, c'est plus une gueule comme la mienne qui joue l'ennemi ou pas. La question est drôle, les gens rigolent, mais la réalité est là, c'est quoi un mécréant finalement ? C'est quoi l'autre, c'est qui l'autre en fait ? L'autre finalement, qui n'est que moi, qui n'est que mon reflet, l'autre qui est moi. Et en fait de nouveau, dans cette espèce de fossé qu'on a créé entre les gens, on a créé un fossé qui est le "eux" et "nous", vous et moi, en fait mon camp et le vôtre. Alors que ces camps sont inexistants, que ces camps sont artificiels, et ces jeunes et moins jeunes sont enfermés dans ces camps-là en fait, ils arrivent à la fin et d'ailleurs, ils disent : "C'est qui l'ennemi finalement? On n'arrive pas trouver d'ennemi, c'est qui : le juif, le chrétien, le sunnite, le chiite, c'est qui l'ennemi?" Et ça, c'est une responsabilité, alors je suis belge, musulman pratiquant, assumé, je ne le disais pas, ça n'avait pas d'intérêt, mais là, je pense que c'est bien de pouvoir mettre un nom sur un visage, pour moi, il y a une responsabilité énorme des musulmans, pas de la communauté parce que pour moi, c'est un fantasme, ça n'existe pas une communauté musulmane.

    Ce n'est pas une responsabilité de l'islam?

    Non, l'islam en fait, c'est une philosophie, on en fait ce qu'on veut, comme le christianisme, comme le judaïsme; ce n'était pas la responsabilité du christianisme qu'on a tué des protestants, c'était la responsabilité des catholiques de l'époque, je dirais, des gouvernements de l'époque et des papes de l'époque. Donc, la philosophie est là, vous en faites ce que vous voulez. Pour moi, c'est une responsabilité des musulmans en tout cas, pas les attentats bien entendu, rien à voir avec ça mais la manière dont on inculque l'islam aux jeunes, la manière dont ont fini par créer ce fossé. Vous savez on nous dit souvent qu'aujourd'hui, après les débats, que maintenant les discours ne sont plus très radicaux dans les mosquées, on ne dit plus qu'il faut tuer des mécréants. Ok, très bien, mais on va dire par exemple que les mécréants vont quand même aller en enfer, mais nous devons vivre avec eux en bonne intelligence, c'est la même merde finalement, c'est la même chose.

    Oui, mais finalement ça ne justifie en rien ceux qui reviennent et qui peuvent commettre des attentats?

    Non, je l'ai dit depuis le premier jour, la pièce existe avant les attentats. Je l'ai créé le 26 décembre 2014. Je le dirais chaque soir : "La pièce ne cautionne pas les salopards, les criminels, les fous furieux qui sont venus tuer des gens, rien ne cautionnera jamais ça". Ce sont des des fous furieux, des criminels. C'est un crime contre l'humanité. Et ça va de Charlie Hebdo dont on parle beaucoup, à l'épicerie casher dont on ne parle jamais finalement, en passant par le Bataclan, par le métro chez nous, par les terrasses, tout ça, ce sont des crimes abjects, le 14 juillet, ces 2 policiers qui sont morts. Maintenant, venir dire : "Ce n'est pas l'islam! Ce n'est pas des musulmans", c'est une connerie aussi, parce que le mec qui a tué, qui a tiré dans le Bataclan, c'est un musulman, criminel, ça existe chez les musulmans aussi, mais c'était un musulman. Il va falloir qu'on l'admette, qu'on le dise, il y a un problème, quelque chose est en train de pourrir au royaume du Danemark, il va falloir qu'on trouve une solution par rapport à ça, parce que rien ne me permet de dire que le mec n'est pas musulman, il dit la même chose de moi finalement. Donc oui, ce sont des musulmans criminels, ça existe, on doit comprendre pourquoi on en arrive à devenir criminel.

    Vous écoutiez un jour Jean-Jacques Goldman en allant à la mosquée et quelqu'un vous avez dit: "Mais c'est un juif!"

    Oui, j'ai écrit un bouquin qui s'appelle: "les Aventures d'un musulman d'ici" où je raconte mon parcours. Effectivement, à un moment donné, je devais avoir 14-15 ans, j'étais un fan absolu de Jean-Jacques Goldman, ça n'a pas changé d'ailleurs et j'avais un Walkman, alors pour ceux qui ne savent pas ce que c'est, vos auditeurs, je suppose que maintenant ils doivent le savoir, c'est un vieil appareil où on mettait une cassette audio, et j'écoutais Goldman et arrivé à la mosquée, on avait des cours d'arabe, il y a mon voisin qui voit ça, il me dit : "Tu écoutes Goldman?" Je dis : "Oui, c'est super!" Il me dit : "Mais tu es fou, il est juif, on ne peut pas"! Et moi, première fois de ma vie que j'entends le mot juif, donc je lui dis : "C'est quoi ça un juif?" "On ne peut pas, tu vas aller en enfer" et il m'a demandé de jeter carrément la cassette, ce que je n'ai pas fait et c'était le premier schisme en moi, je me suis dit : " Ce n'est pas normal, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible qu'un Dieu ait dit ça un jour!" Et ça m'a poussé à lire le Coran, j'avais 14-15 ans, en arabe parce que je savais lire l'arabe, je sais toujours le lire et c'est ce que je dis dans mon bouquin en rigolant : "Finalement, c'est Goldman qui m'a fait lire le Coran", donc, ce n'est pas bête.

    Oui, c'est qui est aussi incroyable, c'est qu'il y a un débat, une heure de débat, parfois à la fin de la pièce qui va être donc joué dans 60 collèges en France à la demande du ministère de l'Education nationale qui va donc provoquer ce débat. Et là vous êtes interpellé parce qu'il y a de véritables discussions!

    Alors, on demande toujours aux professeurs de ne rien préparer, aucune question à l'avance. Si je sens qu'elle est préparée, elle va à la poubelle. Et les gosses, les ados, ont le droit de dire ce qu'ils veulent, ils savent qu'il n'y aura pas de points derrière, qu'il n'y aura pas de contrôle derrière. En général, on ne permet pas à la presse de filmer pour que les enfants puissent se lâcher et ils se lâchent, une semaine après Charlie Hebdo, moi, j'ai eu des ados qui lèvent la main pour me dire : "Vous savez, ils ont bien mérité ce qui leur est arrivé, ils n'avaient qu'à pas dessiner le prophète!" Et donc mon job à moi, avec l'islamologue qui est là et le journaliste, c'est de décortiquer ça, de reconstruire les haines.

    Et alors ça change? Cette pièce arrive à changer les mentalités?

    Je ne sais pas si c'est la pièce qui arrive à changer les mentalités, ce serait vraiment présomptueux de ma part de dire ça. C'est le fait qu'on puisse parler, la pièce est un catalyseur, on peut parler, on parle. Et le fait de parler, il y a quelque chose qui sort et le fait de dire les choses, même les choses qui font mal, j'ai déjà eu des gens qui m'ont dit : "Vous nous faites chier, vous, les musulmans. Si vous n'êtes pas contents, rentrez chez vous!" Je réponds à ça aussi, je pense qu'il faut que ça sorte, je pense que les gens qui ont peur, et là, je parle de ceux qui ont peur des musulmans, c'est légitime aujourd'hui, c'est normal d'avoir peur, mais on ne punit pas la peur, on ne condamne pas la peur. Si on considère que vous et moi, on est frères et sœurs en humanité, ou en citoyenneté, je vais vers vous et je vous dis : "Si vous avez peur, parlons, voilà, je suis là, touchez-moi, allons-y!" Et c'est ce que cette pièce fait.

    C'est donc "Djihad", merci d'avoir été notre invité.

    Merci à vous.

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    00:08:14
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