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  • L'invité

    L'INVITE TV5MONDE 2016/2017

    Invité : Grégory Reibenberg, patron du café "La Belle Équipe" témoigne.

    Grégory Reibenberg témoigne, un an après l'attaque terroriste du 13 novembre qui a fait vingt morts dans son restaurant.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Grégory REIBENBERG.

    Bonjour.

    Vous êtes le patron d’un café, d’un bistrot qui s'appelle "La Belle Équipe". C'était il y a un an, un funeste 13 novembre 2015 à 21 h 36. Tous vos amis étaient là réunis, c'était l'anniversaire de Hodda qui gérait ce restaurant.

    Il y’avait une dizaine de personnes, vous avez perdu 10 de vos proches et puis 10 autres personnes que vous ne connaissiez pas.

    Il y a effectivement 20 personnes qui sont décédée (...)

    Bonjour Grégory REIBENBERG.

    Bonjour.

    Vous êtes le patron d’un café, d’un bistrot qui s'appelle "La Belle Équipe". C'était il y a un an, un funeste 13 novembre 2015 à 21 h 36. Tous vos amis étaient là réunis, c'était l'anniversaire de Hodda qui gérait ce restaurant.

    Il y’avait une dizaine de personnes, vous avez perdu 10 de vos proches et puis 10 autres personnes que vous ne connaissiez pas.

    Il y a effectivement 20 personnes qui sont décédées ce soir-là ou je crois qu’il y’en a un qui est décédé à l’hôpital, enfin peu importe. Il y a eu 20 morts et effectivement 10 faisaient partie de ma vie avec des degrés de connaissances différents.

    Vous avez des mots très forts dans ce livre. Vous dites : "Dans le visage des morts, la surprise, l’expression la plus flagrante". Puisque vous êtes entouré de morts, vous dites : "Je marche au milieu d’un Pompéi sans cendres, cette toile de maître est l’œuvre du diable".

    Oui, vous savez, là vous parlez effectivement de quelque chose que j’ai écrit qui concerne le drame en lui-même. Le drame en lui-même, je l’ai écrit très vite, parce que de toute façon ça c’est passé très rapidement, le cours était très faible et c’est vrai que je suis resté longtemps sur la scène de crime, et effectivement on a été surpris, et donc il y avait des corps qui étaient figés par la surprise, il y a des survivants, des survivants de ceux qu’ont été blessés physiquement, même eux n'ont pas… Ceux avec qui j'ai échangé, n'ont pas la mémoire, enfin, ne savent pas, on ne sait pas ce qui nous est arrivé, ça dure une minute, c'est extrêmement rapide.

    Ces instants là, vous vous dites : "Je ne suis ni mort ni vivant".

    J'étais un zombie pendant quelque temps, si vous voulez. Quand vous êtes au milieu de tout ça, moi et d'autres, le drame est tellement énorme, tellement multidimensionnel que oui, vous êtes ni vivant, vous êtes survivant dans un premier temps, en ce qui me concerne j’étais un zombie, enfin, pas tout à fait parce que j’avais quand même, j’ai ma petite fille, donc il y a quand vous rentrez et que vous êtes vivant et vous avez un couple d’amis entre autres qui est parti en laissant deux enfants, vous au moins, vous rentrez chez vous pour le dire à votre fille, donc il y a ça qui me tenait éveillé en permanence. Et effectivement, pendant un laps de temps assez important, j'étais sous le coup de l'événement qui venait d’arriver.

    Oui, il y a une ambulance qui part, qui amène votre compagne.

    De parler du soir même, je ne le fais pas, je n'y arrive pas, enfin je n’y arrive pas, si je peux le faire, mais c’est compliqué, voilà. Vous savez, je l'ai écrit en une fois, j'ai dû le relire une fois, je l'ai écrit en pleurant, je l’ai écrit, et ça avec le cœur qui bat, je suis revenu en arrière pour me rappeler de tout ça, pour le consigner, pour l’écrire, mais de parler du soir en lui-même, c’est quelque chose, c’est un exercice difficile pour moi et inutile en plus. C’est pour ça que c’est écrit, c’est pour ne pas en parler.

    Et lorsque Djam meurt, vous dites : "Elle est partie comme elle était, belle et classe, avec dignité, elle a prononcé le nom de Tess, votre fille. Je lui tenais la main". C’est le visage de la beauté finalement.

    Oui. Vous savez, là vous me dites Djam, vous me dites ce soir là c'est des… Il y a des choses à décrire, ça permet des fois de rassembler ces idées quand tout est flou, quand tout est bordélique dans votre tête. J'ai réussi à écrire des choses et il y a des choses sur lequel c’est encore très délicat pour moi d'en parler. Vous voyez, de parler de Djam, vous me dites Djam, je peux vous sortir une tonne d’objectifs et puis je vais être un peu secoué et je n'arrive pas à en parler simplement. Voilà, c'est trop tôt, ça ne fait qu’un an comme vous le dites. Voilà, parler des êtres qui sont chers, d'écrire dessus, c’est plus simple que d'en parler.

    Oui. Mais, il y a une force symbolique. Vous êtes juif ashkénaze.

    Oui, c’est ça.

    Votre compagne était musulmane.

    Oui, tout à fait.

    Elle est morte sous les balles des terroristes.

    Oui.

    C’est important de le dire aussi ça.

    Alors, qu’est ce qui est important ? Ce qui est important de dire, c'est qu’on était tous les deux des républicains et oui, ça permet effectivement de vivre notre vie comme on l’entend, chacun avec sa religion, ses convictions, ses croyances ou pas ses croyances. Eh oui, c'était… Enfin, c'est dans des pays comme les nôtres qu’on peut voir ce genre de choses et rendre tout compatible. Finalement, deux religions peuvent être compatibles, on peut vivre ensemble sans avoir la même religion, mais vivre, enfin, nos pays permettent ça. Nos pays permettent ça, je dirais, de faire en sorte que ce n’est pas incompatible d'avoir deux religions différentes parce qu’au final, je crois que c’est quelque chose qui est établi entre toutes les grandes religions monothéistes, s'il y’en a un, il n'y en a qu'un là-haut. Après il y a des tuyaux de communication qui sont peut être différents, mais au final, c'est le même Dieu. Il y avait des choses bien plus importantes, qui pour le vivre ensemble, que la religion, l'étiquette des religions que chacun peut avoir selon l'importance qu’il y attache.

    Vous dites : "Je crée des lieux de vie".

    Oui.

    Des bistrots, vous en avez 5.

    Oui.

    Des lieux de vie. C’est important de dire, ce sont des lieux de vie.

    Oui, c’est-à-dire que moi j’ai toujours aimé, à Paris, l'esprit de la… Ce qu’on appelle "le café parisien, la brasserie, le café restaurant", parce qu'en l’occurrence ce sont des cafés-restaurants, ce sont des endroits où on va prendre un café sur le comptoir vite fait avant le travail, en lisant le journal ou bien manger sur le pouce ou bien venir manger à 16 h ou le soir entre amis. Moi, c’est très important d'avoir… Enfin, c’est magique. Ce que je vends, mon métier de commerçant, de vendre des choses liquides et solides qu'on ingurgite, c’est une certaine magie. Enfin, on ne va pas dans un café parce qu’on est obligé ou qu'on est forfait, donc, qu'on est forcé pardon. Donc, ce sont des moments de plaisir. Ce sont des moments qui doivent être agréables. Donc pour moi, c'est vrai que c’est très important que ces lieux-là, que les gens ils passent le meilleur moment possible, que ce soit en 5 minutes, ça va de l’accueil, des sourires qu’on leur donne et de l'atmosphère qu'on leur offre au moment où ils viennent nous visiter.

    Il y a la reconstruction, derrière ce drame, il y a une scène incroyable avec votre fille où elle conserve dans une boîte des petits bonshommes, des personnages, elle vous dit : "Papa, fais un vœu".

    Oui. Là, vous mettez le point. Vous mettez le doigt sur quelque chose qui était extrêmement, voilà, qui faisait partie du quotidien de la reconstruction et de ces moments d’intimité avec ma fille, que j'explique dedans, des moments difficiles parce que pour les enfants la compréhension de la mort est différente de celle des adultes. Eh oui, où elle me demandait de souhaiter le vœu que maman revienne et bien sûr ce n’était pas possible. Donc voilà, ça fait partie des drames quotidiens que j’ai vécus après, mais comme des milliers d'autres.

    Oui, la reconstruction, c'est le triomphe de la vie. Malgré tout, quand même. C’est ça finalement le message aujourd’hui, un an après.

    Le message un an après, c'est… Évidemment, c'est le premier, ce n'est pas parce qu’on détruit votre maison qu'il faut… Enfin, genre qu'il faut baisser la tête et partir. Donc, quand on a la chance d'être survivant, parce que techniquement c’est le cas et que vous avez la chance d’avoir une enfant, il faut lui montrer la vie, le sourire, la joie de vivre, la lumière, il faut aller en ce sens. Donc, j'ai toujours essayé de baser ma vie sur ce principe-là, et malgré cette épreuve, j'essaie toujours d'être dans cette dynamique, oui.

    Il y avait des prénoms, c'est Ludo, Hodda, Romain, Michelli, Lacri. Il ne faut jamais les oublier.

    Non. Le livre, c’est aussi un peu ça, c’est de raconter notre histoire, non pas que la mienne, parce que c’étaient toutes des belles personnes. Je vous parlais des 10 que je connaissais bien sûr, c'étaient toutes des belles personnes et puis qui représentaient un peu cette… Enfin, qui représentait Paris, qui représentait un peu notre pays et puis qui représentait un peu, je veux dire, notre monde de manière générale, il y avait des gens de toutes origines. On avait tous en commun d’êtres des enfants directs ou indirects de la République. C’étaient des gens qui étaient riches de leur diversité, de leur humanité, et j’ai envie de dire, de leur amour.

    Pas très loin de là, il y avait le bataclan. Parmi ceux qui assistaient au spectacle, il y avait Cédric GOMET, nous pensons à lui, un an après. C’est un technicien de TV5 Monde. Et ce visage ne nous quitte pas, parmi tant de victimes. Merci beaucoup Grégory REIBENBERG d'être venu témoigner un an après.

    Merci.

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    00:08:10
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