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  • L'invité

    Andrzej Wajda

    Hommage à Andrzej Wajda En hommage au cinéaste polonais qui vient de disparaître, TV5MONDE rediffuse une interview accordée à Patrick Simonin dans le cadre de "L'Invité". Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Je suis ravi de vous accueillir ici à Varsovie.

    Andrzej WAJDA est notre invité, le père du cinéma polonais.

    J'allais dire, Monsieur WAJDA,

    vous avez évidemment reçu l'histoire de votre pays dans votre cinéma,

    mais vous avez aussi, à travers votre cinéma, influencé l'histoire.

    Est-ce que ça, c'est votre plus belle victoire ?

    Ce que je pense, c'est la victoire que j'ai remporté la plus importante,

    mai (...)

    Je suis ravi de vous accueillir ici à Varsovie.

    Andrzej WAJDA est notre invité, le père du cinéma polonais.

    J'allais dire, Monsieur WAJDA,

    vous avez évidemment reçu l'histoire de votre pays dans votre cinéma,

    mais vous avez aussi, à travers votre cinéma, influencé l'histoire.

    Est-ce que ça, c'est votre plus belle victoire ?

    Ce que je pense, c'est la victoire que j'ai remporté la plus importante,

    mais je n'y croyais pas.

    C'est le fait que la Pologne est devenue un pays indépendant,

    que vous pouvez venir à Varsovie, dans ce grand pays.

    Je suis un citoyen libre,

    je peux vous dire tout ce que je veux vous dire,

    et pendant de longues années, on s'en rappelle,

    ça n'existait pas dans notre pays.

    Ca était la censure,

    c'est-à-dire le fait de l'interdit qui vous a donné envie de vous battre,

    et qui a finalement provoqué votre créativité.

    C'est tout à fait comme ça, comme vous dites,

    parce que la censure est intellectuelle.

    La première des choses, la censure, elle se jette sur le dialogue.

    C'est parce que ce sont les paroles qui attaquent le censeur,

    (inaudible)

    Ceci étant, et puisque la censure se jetait avant tout sur les paroles,

    on essayait de mettre l'essentiel entre les lignes.

    Je prends l'exemple du film "Ils aimaient la vie",

    (langue étrangère) en polonais,

    il y a des héros, quelqu'un qui perd la vue.

    Ils sont dans un canal,

    il y a, derrière une grille, une sorte de rivière qui passe.

    Est-ce qu'on peut censurer ce fragment ? Impossible.

    Mais ça aurait dû avoir lieu,

    parce que derrière les barreaux, il y a l'autre partie de Varsovie,

    la prague, la rive droite,

    Et là, c'est là qu'on peut trouver l'armée russe.

    Et le public polonais en était tout à fait conscient,

    que derrière les barreaux, la grille, il y a l'armée.

    Mais la censure n'a jamais osé de me censurer sur ce point.

    Le combat que vous amenez à travers ces films extraordinaires,

    L'homme de fer, les récompenses internationales,

    ce soutien vous a amené finalement à imaginer votre pays autrement.

    Est-ce qu'aujourd'hui, ce pays est devenu un peu plus proche

    de ce que vous aviez rêvé qu'il soit à l'époque ?

    Ce que je pense,

    l'essentiel, ce que nous avons réussi à faire dans nos films polonais,

    c'est que les films polonais avaient un rythme différent

    par rapport aux films soviétiques.

    On s'efforçait que nos héros (langue étrangère) jouaient avec toute l'énergie possible,

    et qu'on attende quelque chose de nouveau.

    On attend un changement,

    pas comme dans les films soviétiques assez lents, assez fréquents.

    On essayait d'y mettre du cœur,

    et que notre cœur battait au rythme de la culture occidentale,

    et des films que nous avons tant aimés

    et qui venaient de l'occident.

    Et dans ce sens-là, les films polonais ont contribué

    à ce que notre société n'accepte pas la réalité telle qu'elle était

    sous le joug soviétique.

    Et en résultat, par conséquent,

    ça nous a amené à la création de cette force

    tout à fait inattendue telle qu'elle était,

    et là, la solidarité, Solidarność, qui a profondément marqué notre histoire.

    Et Lech WALESA,

    dont vous allez réaliser le premier film authentique, avec des comédiens.

    Vous allez raconter le parcours de cet ouvrier électricien du chantier Lénine.

    Qu'est-ce que ça signifie pour vous Andrzej WAJDA,

    aujourd'hui, en 2011, de raconter Lech WALESA,

    pour la Pologne d'aujourd'hui et pour le monde ?

    Quel est le sens de cela ?

    Le sens, il est tout à fait simple.

    WALESA est le héros de notre temps, de nos temps.

    On n'en a pas d'autres.

    Ca nous plaît, à nous artistes, à nous intellectuels,

    c'est que l'histoire a choisi comme héros

    un simple électricien, un ouvrier,

    et cet ouvrier, il avait été également façonné

    par nos films, par notre littérature, par notre tradition.

    Donc c'est le héros de nos temps.

    Nous avons également participé dans la création de WALESA.

    Il est arrivé qu'à un moment donné,

    WALESA ne pouvait pas jouer son rôle tel qu'on attendait de lui,

    en tant que Président.

    Tout le monde s'est mis à l'attaquer.

    On l'a même accusé d'avoir été un espion.

    Non, je ne suis pas d'accord.

    Je ne suis pas du tout d'accord.

    A mon sens, il faut faire un film

    au moment où il y a justement des accusations,

    des suspicions qui trainent derrière WALESA,

    de faire un film qui va nous montrer à nous tous

    que, sans lui, sans WALESA,

    toutes ces modifications qui ont pris début à Gdańsk,

    qui nous ont amenés à la liberté,

    sans lui, ça n'aurait pas été possible.

    Donc, c'est son histoire.

    Autour, il y a eu effectivement des collaborateurs,

    mais ils avaient tous également leurs ambitions.

    Mais, à mon sens, il faut le montrer lui,

    d'autant plus qu'il voudrait être présent dans ce film.

    On va le montrer, quelques éléments de sa vie.

    Il va être chargé d'interpréter certains événements historiques,

    et je tiens à montrer que tous les moments de sa vie qui l'ont créé,

    là où il a joué un rôle décisif,

    ce qui est arrivé après, j'essaierai de l'éviter,

    de contourner cette histoire après 1990.

    Mais, vous Andrzej WAJDA, c'est la mémoire.

    C'est-à-dire aujourd'hui,

    le risque, c'est que la Pologne soit amnésique,

    qu'on oublie le passé, qu'on oublie la lutte.

    Finalement, tout votre cinéma est un cinéma de l'histoire, de la mémoire.

    Katyń, et puis aujourd'hui Walesa, et L'homme de fer.

    C'est la mémoire qui manque ?

    Oui, tout à fait.

    Il y en a qui disent qu'une société sans son histoire, sans son passé,

    n'est qu'un simple rassemblement, rien de plus.

    Mais il faut savoir quel est le passé de l'histoire des Français

    sans la grande révolution française ?

    Est-ce qu'il serait le même.

    Vous n'êtes pas sans le savoir, faire le film Danton.

    Je sais bien qu'ils ne seraient pas comme ils sont aujourd'hui,

    et le rôle aurait été différent également par rapport au monde entier.

    C'est également le cas des Polonais, et notre histoire, la force, on la trouve dans notre passé.

    Merci beaucoup Andrzej Wajda d'avoir été notre invité.

    Merci.

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    00:08:07
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