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  • L'invité

    Mohamed Dja-Daouadji

    Invité : Mohamed Dja-Daouadji, ex-braqueur.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Mohamed DJA-DAOUADJI, vous êtes notre invité aujourd’hui. Je vous ai invité parce que cette Une aujourd'hui, c’est Le Parisien, braquage XXL, Kim KARDASHIAN, ça fait la Une dans le monde entier, 8 millions, 9 millions même, de dollars de bijoux dérobés en plein Paris, vous êtes un ancien braqueur.

    Oui.

    Ça vous inspire quoi ça ?

    Je dis simplement bravo. Je dis c’est une belle affaire qui a été faite.

    Comment vous pouvez dire bravo ? (...)

    Bonjour, Mohamed DJA-DAOUADJI, vous êtes notre invité aujourd’hui. Je vous ai invité parce que cette Une aujourd'hui, c’est Le Parisien, braquage XXL, Kim KARDASHIAN, ça fait la Une dans le monde entier, 8 millions, 9 millions même, de dollars de bijoux dérobés en plein Paris, vous êtes un ancien braqueur.

    Oui.

    Ça vous inspire quoi ça ?

    Je dis simplement bravo. Je dis c’est une belle affaire qui a été faite.

    Comment vous pouvez dire bravo ? C’est un acte de délinquance pure.

    Non, je dis bravo parce que les gens ont essayé, ils ont essayé, ils ont réussi.

    Oui.

    Tout simplement. Maintenant je n’encourage pas.

    On ne va pas se féliciter, on voit dans le monde entier effectivement que ça suscite de nombreuses réactions.

    Qu'est-ce que vous voulez ? Les gens fortunés attirent aussi une certaine catégorie de personnes et ils ont réussi à l’atteindre, à la toucher.

    Oui, pourquoi vous dites, il y a forcément eu des complicités ?

    Je pense qu'il y a eu des complicités. Une affaire comme celle-ci, elle ne se trouve pas à chaque coin de rue, donc je pense que oui, il y a une complicité.

    Vous dites où, des complicités pour faire ça.

    Je pense que ce sont des gens qui ont été très bien renseignés.

    C’est-à-dire des membres de l’hôtel par exemple, les gens de l’hôtel.

    Je ne m’avancerais pas là-dessus, je ne sais pas, je n’en sais strictement rien du tout, mais je pense que pour avoir une affaire comme celle-ci, il faut être bien renseigné.

    Quand je dis, vous êtes ancien braqueur, vous témoignez dans un livre aux Éditions du Rocher.

    Oui.

    Quand on va sur une affaire comme celle-là, il faut nécessairement être nombreux, organisé.

    Bien sûr, bien sûr. On ne trouve pas une affaire comme celle-ci à chaque coin de rue, au bout de la rue, non. Il faut qu'on nous donne l'affaire.

    Il y aura toujours des gens pour tenter cette aventure-là.

    Il y en aura toujours parce qu'il y a énormément des gens qui sont aussi dans une situation, c’est qu’ils ne connaissent que ce moyen-là pour gagner de l’argent, comme moi. Ça a été mon cas à une époque et je ne savais faire que ça, donc je me suis orienté sur cette voie-là.

    Et vous dites aujourd’hui, parce que vous êtes un repenti, vous dites aujourd'hui que c’était une erreur.

    Bien sûr que c’était une erreur. Si jeunesse savait, vieillesse pouvait. Mais moi, à cet âge-là, j'essayais de ne pas trop réfléchir et puis j’allais à la facilité.

    C’est une erreur parce que vous avez fait 8 ans de prison, parce que vous êtes devenu un alcoolique.

    Non, ça a été une erreur parce que j'ai fait souffrir les miens aussi et que cette reconstruction-là a été très difficile, bien sûr. Maintenant je regrette sans regretter parce que ça a fait de moi la personne que je suis maintenant.

    Pourquoi, parce que à l’époque vous rêviez de quoi, d'argent facile ?

    On nous fait comprendre dans certaines banlieues qu'on n'existe qu'à travers l'argent. Donc on faisait tout pour en avoir, tout simplement.

    Oui. Vous grandissez dans une banlieue.

    Oui.

    Vos parents sont d'origine algérienne.

    Oui.

    Votre père, lorsque vous avez commencé à voler, un jour vous a brandi une corde en disant : "Je vais te pendre".

    Oui, mon père était contre cette délinquance-là. Mes parents étaient très bien intégrés en France. C’étaient des gens qui vivaient très bien en France, un pays qui les a très bien accueillis et ils ne voulaient pas voir ses enfants aller dans un chemin qui ne faisait pas partie de leurs valeurs.

    Oui, vous volez des bonbons ça commence ça.

    Oui, ça commence comme ça.

    D’abord des petits vols et puis ça va venir, vous allez braquer, des braquages à main armée, des choses extrêmement graves. Vous allez braquer des gens avec un pistolet.

    Oui.

    Vous regrettez aujourd'hui d’avoir fait ça ?

    Bien sûr, je regrette d’avoir fait ça. C'est facile de dire que je regrette à mon âge, mais à ce moment-là, non je ne regrettais pas ce que je faisais. J'avais des besoins, j'avais des envies. Ma famille se trouvait dans une situation assez difficile et il a fallu que je prenne des responsabilités et je les ai prises, je les ai payées.

    Oui. Vous avez croisé Antonio FERRARA.

    Oui. Je ne l’ai pas croisé en prison, je l’ai croisé à l’extérieur.

    Et c'est vous qui allez lui apprendre à faire des braquages.

    Je ne sais pas si on peut dire apprendre, mais je sais que le premier vol à main armée qu’il a fait, oui c’était en ma compagnie. Le premier vol à main armée qu'il a fait, oui, je pense que c’est en compagnie.

    Vous dites aujourd’hui certains jeunes n’ont le choix qu'entre le banditisme ou le terrorisme.

    Oui, c’est ce que je vois à l’heure actuelle. Je vois énormément de jeunes qui sont embrigadés dans des routes qui sont très dangereuses et ça me désole, ils n'ont pas trop le choix. C'est ou tu es un voyou ou tu prends une cause qui en plus qui n’est pas très bonne.

    Oui. En prison un jour, vous croisez un condamné pédophile.

    Oui.

    Qu'est-ce que vous faites ?

    Qu’est-ce que vous faites quand vous regardez la télé et que vous voyez un individu comme ça qui a violé des enfants ? Vous avez une colère. Eh bien moi j’avais une colère, mais à l’intérieur de la prison. Donc oui comme… On va dire que je l’ai un petit peu caressé.

    C'est-à-dire vous lui avez cassé la gueule.

    Oui.

    Oui et vous avez été condamné à nouveau pour ça. Aujourd’hui, vous dites aux jeunes, vous allez les rencontrer les jeunes en banlieue.

    Bien sûr, je vais les rencontrer.

    Et vous leur dites : "Ne faites pas ce que j'ai fait !"

    Ne faites pas ce que j’ai fait.

    Pourquoi vous dites ça ? Et pourquoi finalement vous pourriez les convaincre ?

    Je dis ça parce que je connais le parcours et que l'argent facile des fois, il peut emmener dans des terrains très, très dangereux et je n’ai pas envie qu'ils fassent souffrir leur famille surtout, parce qu'il ne faut pas oublier que quand on se retrouve dans une situation comme celle-ci, on entraîne tout le monde avec soi, que ce soit avec sa femme, que ce soit avec ses enfants, que ce soit avec ses propres parents. Moi, la douleur que ma mère a eue à me suivre simplement parce qu'elle m’aimait, je n'ai pas envie que d'autres parents les subissent.

    Oui. Vous dites, je suis d’origine algérienne et je me sens Français, vous écrivez je suis un délinquant français.

    Bien sûr, bien sûr que je suis français. Je suis français d'origine algérienne et de confession musulmane.

    Pourquoi vous dites, vous êtes fier finalement de dire je suis un délinquant français ?

    Mais parce que j'ai grandi ici, ma vie est ici.

    Parce que certains voudraient vous renvoyer en Algérie.

    Eh bien, il y a… Comme je l’explique un petit peu dans le livre, il y a 2 formes de justice. On dirait que celui qui est français de souche est plus excusable que celui qui est français d'origine. Mais non, on a commis le même délit, on doit être à la même enseigne.

    Et qui est responsable de tout ça, c’est la société qui est responsable ?

    Je pense.

    Vous, votre part de responsabilité ?

    Bien sûr que j'ai une part de responsabilité parce que j’ai commis des délits qui m'ont emmené dans une situation où on sait que ça a été très difficile. Mais je ne comprends pas pourquoi et je n'ai jamais compris pourquoi le Français de souche serait beaucoup plus excusable que celui qui est fils d’immigrés.

    Oui. Aujourd’hui, vous dites : "Je suis un homme", c'est le sous-titre de ce livre aux Éditions du Rocher.

    Oui.

    Pourquoi ? Avant vous n’étiez pas vraiment un homme ?

    Si j’étais un homme, mais je suis passé par tellement d’étapes dans ma reconstruction que j'ai récupéré énormément de valeurs, les valeurs qui me font dire que maintenant, je peux plus crier que je suis un homme que je ne l'étais auparavant. Vous savez à une époque, il y a énormément de valeurs que j’avais en moi, qui se sont envolées comme ça parce que j’étais obnubilé par un seul objectif et un objectif qui était faux parce que j'avais l’impression que tout était faussé.

    Merci beaucoup, Mohamed DJA-DAOUADJI d'avoir été notre invité, c’est votre première télévision, ce témoignage, donc qui est publié aux Éditions du Rocher, "J’étais braqueur de banques…", merci d'avoir été notre invité.

    Merci.

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