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  • L'invité

    L'INVITE TV5MONDE 2016/2017

    Invité : Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français. Il réagit à la situation en Syrie et en Irak, dénonce les échecs de la diplomatie française et lance un appel à la paix dans son livre "Les Enjeux de la paix dans le monde".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Dominique de Villepin.

    Bonjour.

    Ancien ministre des affaires étrangères, ancien Premier ministre, une voix qui compte, une voix qui porte. Vous publiez : "Mémoires de paix pour temps de guerre" chez Grasset. C'est un livre important. Et aujourd'hui, vous lancez un appel à la paix dans un monde en guerre. Vous dites : "La paix, c'est un choix avant tout".

    Oui, c'est un choix et c'est une expérience. Nous avons vécu une vingtaine d'années, depuis l (...)

    Bonjour Dominique de Villepin.

    Bonjour.

    Ancien ministre des affaires étrangères, ancien Premier ministre, une voix qui compte, une voix qui porte. Vous publiez : "Mémoires de paix pour temps de guerre" chez Grasset. C'est un livre important. Et aujourd'hui, vous lancez un appel à la paix dans un monde en guerre. Vous dites : "La paix, c'est un choix avant tout".

    Oui, c'est un choix et c'est une expérience. Nous avons vécu une vingtaine d'années, depuis la Bosnie, le Kosovo, l'Afghanistan, l'Irak, la Libye, aujourd'hui évidemment, le drame syrien, nous vivons avec de nombreuses références. Nous pouvons juger des interventions militaires et de leur efficacité, et nous constatons que non seulement elles ne changent pas la donne, mais elles ajoutent de la violence à la violence. A un moment donné, il faut s'interroger de la part de nos démocraties qui sont censées porter une vision du monde. Est-ce que nous faisons encore de la politique face à des régions instables, à des états détruits, à des états faillis ?

    Il n'y a plus de démocratie réelle en France ?

    Est-que nous portons un projet politique et est-ce que nous portons un projet diplomatique ? Est-ce qu'au nom de nos valeurs, nous avons le droit de bombarder des Etats, des sociétés, avec des plaies ouvertes qui favorisent le terrorisme ?

    Mais est-ce qu'au nom de nos valeurs, il faut, par exemple, dialoguer avec Monsieur Poutine qui assiège Alep de bombes ?

    C'est là où nous posons mal les questions. Au nom de nos valeurs, nous devons refuser la différence et nous devons agir. Mais au nom de nos valeurs, nous devons agir à l'appui de ces valeurs, et non pas ne rien faire ou nous parer dans toutes les vertus pour justement regarder immobile ce qui se passe. Pour être efficace, une diplomatie doit parler avec tout le monde.

    Y compris avec Bachar El Assad. Vous le dites ?

    Avec tout le monde, en acceptant l'idée que la diplomatie crée des processus. Bachar El Assad, je veux être clair devant nos téléspectateurs, n'est certainement pas la solution pour la Syrie. Nous avons la responsabilité qu'il porte : 200, 300 000 morts, des drames qui touchent des familles, des enfants, dans cette région, mais…

    Il n'est pas l'avenir de la Syrie.

    Mais, nous devons prendre en compte la réalité politique et faire en sorte que le jeu puisse reprendre, que la partie politique puisse reprendre, parce que c'est la seule façon de tirer les fils qui nous sortent des bombardements, qui nous sortent de cet engrenage de la guerre. C'est pour cela qu'il faut parler avec le régime syrien comme il faut parler avec la Russie, parce qu'il n'y a pas de solution. Depuis 2012, nous nous enfermons, nous nous drapons dans notre toge en disant : "Bachar El Assad doit partir". Mais oui, mais il n'est pas parti et aujourd'hui, il est renforcé.

    C'est une forme d'impuissance.

    Nous voyons ce qui se passe à Alep. C'est une forme d'impuissance où les démocraties ne font plus de politique et se cantonnent, se limitent à répéter leurs valeurs. D'un côté, vis-à-vis de la Russie, ce sont des conflits gelés qui se multiplient, ce sont des sanctions qui s'aggravent, mais nous ne faisons pas progresser le débat sur les grands enjeux, la situation en Ukraine ou la situation de la Syrie. Donc la diplomatie, parler avec tout le monde, mais engager un dialogue politique exigeant, ferme, qui nous permette d'avancer vers des solutions communes partagées.

    En 2003, vous êtes entré dans l'histoire, Dominique de Villepin, un discours devant les Nations Unies où vous avez plaidé au nom de cette vieille Europe qui refusait la guerre, qui ne croyait pas à ces preuves d'armes chimiques, qui étaient brandis par les Américains pour justifier leur intervention. Vous êtes entré dans l'histoire, je le disais. Vous le racontez dans ce livre "Mémoires de paix pour temps de guerre" publié chez Grasset. Il y a un moment où vous vous dites : "Ca y est, la terre et le temps est en train de prendre une autre dimension".

    C'est la conviction que nous avions avec Jacques Chirac. Nous avions tous les éléments pour pouvoir faire autrement que la guerre, autrement avec les inspecteurs des Nations Unies, autrement avec la communauté internationale, avec cette idée que changer un régime, aussi mauvais soit-il, ne règle rien. On l'a vu en Irak. On a engagé une spirale de violence en abattant l'Etat irakien et en créant…

    On a fait le lit du terrorisme aujourd'hui.

    En créant une matrice nouvelle pour le terrorisme qui s'est répandu et qui a essaimé au Proche-Orient, à partir de la crise libyenne, au Sahel. On voit bien, le terrorisme se nourrit de cette destruction des états, de ces sociétés abîmées, de ces sociétés qui ne se sentent pas protégées et qui veulent croire qu'avec le terrorisme, elles pourront retrouver une identité, une reconnaissance. Ce n'est pas le bon chemin. Il y a un autre chemin qui est un chemin de coopération sur la scène internationale, un chemin qui ne reste pas sans rien faire face aux terroristes, ce serait absurde et dangereux.

    Je vois ce que vous dites. Il ne faut pas rester sans rien faire, c'est le risque aussi.

    Il ne faut pas croire que les armes, que la guerre contre le terrorisme peut nous permettre d'avancer. Mais nous avons un autre chemin qui est celui de l'asphyxie du terrorisme. Séparer le noyau dur des terroristes de ceux qui les soutiennent politiquement. Et ça, c'est possible à condition d'avoir une stratégie politique, par exemple vis-à-vis des tribus sunnites en Irak ou des tribus sunnites en Syrie. Si le terrorisme est ramené à ce noyau dur, il devient déjà beaucoup moins fort, un noyau dur beaucoup plus étroit. A partir de là, les coopérations que nous pouvons engager en matière de renseignements, en matière policier, en matière judiciaire, voire des interventions militaires ponctuelles, peuvent devenir très efficaces.

    Vous dites : "Je ne crois pas à cette guerre contre le terrorisme". Aujourd'hui, la France est en guerre. Vous n'y croyez pas ?

    Ce déluge de feu que nous avons engagé au Proche-Orient, en croyant nous protéger, aimante le terrorisme et attire le terrorisme chez nous. D'un côté, nous recrutons davantage de terroristes dans notre propre pays, nous en recrutons davantage au Proche-Orient et nous aimantons ces terroristes à agir chez nous parce que nous représentons une cible idéale. Ne l'oublions pas, le terrorisme cherche l'écho maximal, le plus grand bruit possible. A partir du moment où nous nous raidissons et déclarons la guerre aux terroristes, nous devenons la cible privilégiée de cette action.

    Par exemple la une du Monde : "L'inquiétude des autorités françaises face au retour des djihadistes de Syrie".

    Il y en a environ 300.

    La France peut dire qu'elle est protégée face à ce retour ou pas ?

    Pas du tout. Il y a environ 300 terroristes qui sont aujourd'hui dans la nature et qui cherchent, d'une façon ou d'une autre, à retrouver les voies du territoire français. Il y a bien une menace. Nous arrivons, parce que nous avons un renseignement de qualité, parce que nous avons une mobilisation de nos forces, nous avons la capacité de déjouer un certain nombre d'attentats, mais pour un attentat déjoué, est-ce qu'il n'y en aura pas un autre qui arrivera à ses fins. Nous n'avons pas aujourd'hui fait tout le travail nécessaire pour rassembler nos forces face au terrorisme, en particulier la coordination face au terrorisme, la coordination nationale est insuffisante, la coordination européenne est insuffisante, et la coopération internationale n'est pas assez forte parce que nous croyons pouvoir nous reposer sur l'intervention militaire pour réduire le risque. Je le répète, je crois, au contraire, que ce risque l'accroît.

    Vous dites : "La paix est contagieuse tout autant que la guerre. Il faut faire le choix de la paix". On a l'impression qu'on n'a pas le choix. On n'a pas le choix.

    Il y a un choix qui commence très tôt. Il y a le choix de faire des interventions militaires qui puissent engager ce cercle vertueux de la paix. Aujourd'hui, nos interventions militaires font le pari qu'une fois que les armes auront cessé, une fois que nous aurons gagné, la paix s'installera. C'est faux. La paix ne peut s'installer que si les Etats et les sociétés se reconstruisent. Intervenir à Mossoul sans n'avoir aucune stratégie politique sur la façon dont nous allons gérer ce territoire. Qu'allons-nous faire avec les forces kurdes qui aujourd'hui occupent une partie de cette région ? Qu'allons-nous faire avec les forces sunnites qui existent aussi dans cette zone ? Comment allons-nous gérer ces territoires, humanitairement et politiquement ? Il y a là, une réflexion qui n'est pas engagée. Il y a des pays, des états, des forces, qui prennent des gages territoriaux en Syrie et en Irak, mais c'est une nouvelle épreuve de force qui se prépare. Merci

    "Mémoires de paix pour temps de guerre" est publié chez Grasset. C'est un livre événement. Merci beaucoup d'être venu sur notre plateau.

    Merci à vous.

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    00:08:11
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