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  • L'invité

    Claude Askolovitch

    Invité : Claude Askolovitch.

    L'une des grandes plumes du journalisme politique dresse un véritable constat de décès dans un livre implacable pour le bilan de François Hollande au lendemain de la primaire de gauche.

    Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Claude Askolovitch, journaliste politique. "Comment se dire adieu", votre livre publié chez Lattès, fait l'événement. C'est le socialisme qui est mort, dites-vous dans ce livre. Vous, l'observateur de la vie politique, avez bien connu Manuel Valls, vous dites, après le retrait de François Hollande. Aujourd'hui, la gauche est au bord de l'explosion ?

    Ce n'est pas l'explosion. Les années Hollande ont été l'aboutissement d'un processus qui est l'annihilation, la maison Usher, (...)

    Bonjour Claude Askolovitch, journaliste politique. "Comment se dire adieu", votre livre publié chez Lattès, fait l'événement. C'est le socialisme qui est mort, dites-vous dans ce livre. Vous, l'observateur de la vie politique, avez bien connu Manuel Valls, vous dites, après le retrait de François Hollande. Aujourd'hui, la gauche est au bord de l'explosion ?

    Ce n'est pas l'explosion. Les années Hollande ont été l'aboutissement d'un processus qui est l'annihilation, la maison Usher, comme dans la nouvelle d'Edgar Poe. Ça n'existe plus. Ce qui a été un courant politique, un courant philosophique, une manière d'être au monde. Et ce que j'explique dans le livre, ce n'est pas un livre de journaliste, j'en viens, j'en fus, ma famille en fut, et je constate, et je déplore et j'analyse aussi ce que me fait cette disparition.

    Vous êtes socialiste dans le cœur, vous avez été - je le disais - très proche des socialistes, du mouvement socialiste.

    C'est au-delà. C'est une adhésion familiale, philosophique et intellectuelle qui remonte à très loin. Tout ceci n'existe plus, ça s'est perdu dans le refus de la pensée, dans le refus de la dialectique. Au départ (inaudible), on pense, on réfléchit. Hollande est un homme qui ne pense pas, qui n'a pas de mots. On dit toujours qu'il ne tranche pas, ce n'est pas vrai, il prend des décisions, mais les décisions n'ont pas de corps, pas de chair, pas d'âme.

    Vous dites que le socialisme est une poésie essoufflée.

    Il y avait une vague musique qui a disparu. On va faire très simple : la seule chose qui a donné de la consistance au quinquennat de François Hollande est la chose la plus horrible qui nous soit arrivée depuis des années, c'est-à-dire les attentats. François Hollande n'a donné le sentiment d'exister, de remplir son vide que quand il parlait des attentats, que quand nous subissions des attentats. Et du coup, il s'est mis à les commémorer et à en faire une espèce d'idéologie de substitution que Valls, qui lui aussi était vide dans la primaire, a fini par reprendre.

    Vous dites qu'il n'avait pas l'air triste, il était mû par une espèce d'énergie incroyable pendant les attentats. Vous dites qu'il vivait au temps des cadavres. C'est terrible ce que vous dites.

    Je ne dis pas qu'il n'avait pas l'air triste ni qu'il n'était pas triste, je dis qu'à côté de cette tristesse, qui est évidente - Hollande, par exemple, connaissait bien l'équipe de Charlie Hebdo - je dis qu'à côté de ça, il faut bien le comprendre d'un point de vue politique et philosophique, le vide idéologique, les abandons successifs, économiques, sociétaux, moraux étaient remplacés par cette litanie des commémorations et ce discours sur le 11 janvier, sur la France, elle est debout.

    Vous dites qu'il nourrissait son vide intérieur des cadavres des attentats, c'est horrible.

    Non, ce qui est horrible, c'est qu'il l'ait fait. Ce n'est pas de l'écrire qui est horrible, c'est la situation dans laquelle un courant politique, un homme politique réputé, père de la nation, remplit quelque chose qui n'existe plus, remplit sa vacuité avec un autre drame qui nous a tous touché. C'est affreux. Le rapport à l'Histoire, le rapport aux commémorations, l'utilisation de l'Histoire, puisqu'on n'a plus rien à dire au présent, a été une marque continuelle de ce quinquennat. On a vu François Hollande, par exemple, aller commémorer le centième anniversaire de la bataille de Verdun et expliquer devant les tombes des soldats, des poilus, des Allemands qu'il avait sauvé l'euro avec Angela Merkel. On a vu François Hollande amener des héros de la résistance à Panthéon, expliquer dans son discours d'hommage à Brossolette, qu'il était en train de faire la réforme territoriale et que c'était bien. C'est-à-dire que tout ce qui était de l'ordre du sacré - on n'y touche pas, ça appartient à tous - était trivialisé. Ça, c'est la marque de Hollande. À côté de ça, il y a un autre homme - à mon corps défendant parce que j'ai échangé avec lui, et plus que cela, longtemps - qui a transmuté, transformé ce qu'était le socialisme, il en a été rejeté, c'est Manuel Valls qui, lui, adoptait une posture verticale, d'autorité, de dureté, de normes sociétales, alors que le socialisme est une idée de liberté. Ce qui est arrivé dans l'impossibilité pour Hollande de défendre son bilan et dans le rejet de Manuel Valls à la primaire montre que dans l'opinion, dans le pays, des centaines de milliers de personnes, peut-être des millions, se sont dit "mais en fait, ce mot, "socialisme", ne leur appartient pas". Ce que j'explique dans le livre, ça ne leur appartient pas, ce qu'ils en ont fait ne peut pas être le point final de cette histoire, c'est - sans préjuger les qualités ou les défauts de Benoît Hamon - ce sursaut-là que l'on vient de voir. Mais avant il y a la disparition, c'est une disparition avant tout philosophique et morale.

    Vous dites à un moment, je reprends vos mots, "nul ne meurt sous Hollande, on ne se suicide pas comme Pierre Bérégovoy l'a fait, nul ne meurt de honte".

    Non, mais sous Hollande, on est mort autrement. Il y a un moment qui est un tournant du quinquennat, qui est la marque du quinquennat et qui survient avant les attentats, c'est pour ça que c'est aussi intéressant parce qu'il dit une vérité sur ce que sont devenus ces gens-là. À l'automne 2014, au mois d'octobre, 2 hommes, pour le coup, vont mourir de manière concomitante. Le premier est un grand patron de droite pro-russe qui faisait des affaires avec la Russie de Poutine, Margerie, qui faisait des affaires avec la Russie en dépit de la politique du gouvernement. Tout le pouvoir, Hollande en tête, va enterrer solennellement Margerie, qui était leur ami. Pourquoi pas. Au même moment pratiquement, un jeune homme chevelu, frisé, bouclé, militant écolo, l'archétype du jeune homme de gauche, révolté contre les injustices, meurt à cause d'une grenade lancée par des gendarmes à qui on avait demandé de protéger un barrage dans le Tarn, à Sivens, ce qui était illégal, il s'appelle Rémi Fraisse. Ce mort-là, qui est exactement normalement de la famille de la gauche et du socialisme, n'intéresse personne. Qui plus est, on suggère dans les milieux du pouvoir, un moment, qu'il avait peut-être un cocktail Molotov et que c'est de sa faute. Après, ils ne le diront plus. Aller enterrer et pleurer Margerie, oublier totalement un jeune homme révolté qui est la quintessence de la gauche, ça a été cela le socialisme au pouvoir et c'est à cela qu'essayent d'échapper les gens qui, en dépit du mot socialisme abîmé, ont voulu sauver l'idée.

    Oui alors, quand vous dites que ça a été le temps des syndicalistes traités de voyous, vous dites que ça a été le temps d'une laïcité dévoyée, vous dites tout ça. Finalement, c'est un bilan terrifiant que vous dressez de ce quinquennat.

    J'ai vécu (inaudible) D'abord, on est journalistes, donc on regarde ça au jour le jour. C'est le défaut et la qualité de notre profession parce qu'après on a de la mémoire. Le sentiment d'étrangeté est devenu un malaise, le malaise est devenu indignation, l'indignation est devenue tristesse, la tristesse est devenue introspection. Qu'est-ce que nous avons été ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Là, je dis nous, c'est au-delà du journalisme. Qu'est-ce qu'il nous est arrivé pour que le socialisme, quand il exerce le pouvoir, non seulement ne soit plus transformateur social, mais épouse complètement les desiderata, les demandes, l'idéologie, la musique du patronat ? Pourquoi pas, mais dans ce cas-là il fallait nous dire qu'on nous avait menti. Et dans le même temps, abandonne complètement l'idée de liberté, d'émancipation, de tolérance et se met à courir après les courants les plus durs de la société française dans la méfiance contre l'islam, dans la répression de tout ce qui est un petit peu dissident, dérangeant, protestataire ? Qu'est-ce qui est arrivé pour que ça devienne tout simplement un accompagnateur du libéralisme économique avec un discours d'ordre dans la société, c'est-à-dire le contraire de ce que nous étions ?

    Mais le socialisme n'est pas maudit ? On peut le dire, Claude Askolovitch, on voit bien la victoire de Hamon, c'est un autre socialisme aujourd'hui qui peut triompher. Et puis il y a Macron aussi qui peut être le successeur.

    Macron, qui dit qu'il n'est pas socialiste, va au bout d'une évolution. C'est un libéral. C'est une catégorie politique qu'on connaît mal en France. C'est un libéral économique et c'est un libéral sur le plan de la société et des mœurs, ça change un petit peu, il a des qualités. Ce qui est intéressant avec l'histoire de Macron, normalement l'opinion de gauche devrait le détester parce qu'il a trahi. Pas du tout, on le remercie de nous avoir débarrassé de ce rien qu'était devenu le hollandisme. Normalement, jamais dans les choix, les arbitrages intérieurs au parti socialiste, le courant de gauche incarné par Hamon ne pouvait l'emporter. Mais Hamon était le seul qui avait l'air, d'abord, de parler normalement et qui se réclamait d'une tradition socialiste très ancienne. Tout ce qui a été un abandon, tout ce qui a été l'annihilation a été à un moment donné rejeté, pas par des millions de personnes, 2 millions de personnes au deuxième tour de la primaire, ce n'est pas énorme, mais il y a suffisamment de gens qui se sont dit "il y a toute une histoire, il n'y a aucune raison de l'abandonner à la mollesse de penser au refus de l'intelligence, à la paresse, à la brutalité qui ont été ce que nous avons vécu pendant 4 ans et demi".

    Merci beaucoup Claude Askolovitch. "Comment se dire adieu", publié chez Lattès, votre livre. Merci d'avoir été notre invité.

    Merci.

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    00:08:20
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