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  • L'invité

    Hommage à Simone Veil


    En hommage à Simone Veil qui vient de disparaître, TV5MONDE rediffuse "L'Invité" du 23 avril 2004. Au moment du grand élargissement de l'Europe, Simone Veil évoquait ce qui a été l'une des grandes luttes de sa vie : le combat pour l'Europe et ses valeurs.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Elle est l’un des plus grands visages de l’Europe. Simone VEIL a été, en 1979, la première femme présidente du Parlement européen, Parlement élu pour la première fois sur le plan démocratique. Et c’est bien cette Europe, cette Europe ouverte que vous avez symbolisée, que vous symbolisez encore madame VEIL. Merci, en ces journées historiques du plus grand élargissement depuis 1957 de cette grande Europe, d'être avec nous sur le plateau de TV5. Vous diriez aujourd’hui que c’est un grand moment pou (...)

    Elle est l’un des plus grands visages de l’Europe. Simone VEIL a été, en 1979, la première femme présidente du Parlement européen, Parlement élu pour la première fois sur le plan démocratique. Et c’est bien cette Europe, cette Europe ouverte que vous avez symbolisée, que vous symbolisez encore madame VEIL. Merci, en ces journées historiques du plus grand élargissement depuis 1957 de cette grande Europe, d'être avec nous sur le plateau de TV5. Vous diriez aujourd’hui que c’est un grand moment pour vous, pour votre vie finalement d'une certaine façon.

    Oui, tout à fait. Tout à fait parce que je crois que, quand je regarde les 60 ans écoulés, l'Europe a été pour moi peut-être sur le plan des engagements, sur le plan politique en général, si on peut appeler ça politique parce que c’est beaucoup plus… Je dirais, ça va bien au-delà de la politique, quelque chose de très important. Quand je considère le 20e siècle, qui est maintenant terminé, qui a été un siècle de grande barbarie, je pense à la Première Guerre mondiale, qui a été affreuse, maintenant les jeunes ne s'en rendent pas compte sans doute, et tant mieux, puis la Deuxième Guerre mondiale, le totalitarisme, ce qu’on a fait de mieux en définitive c'est l’Europe, c’est la grande aventure. Et ça compense, pour partie à mon avis, ça répare pour partie ce qui a été fait, puisque c’est une Europe qui a été créée, voulue, créée pour justement qu’il y ait à la fois la paix entre les pays qui s’étaient fait la guerre depuis des siècles, et fondée sur des valeurs de dignité de la personne, de respect de la personne, et de démocratie. Puisque pour entrer dans l’Europe, il faut avoir adhéré à la convention européenne des droits de l’homme, il faut avoir pris son engagement et il faut être une démocratie tout à fait incontestable.

    Et est-ce que les frontières de l'Europe, ce sont des frontières de valeurs, des frontières de démocratie ? Alors à ce moment-là, jusqu’où peut aller l’éventuel élargissement au-delà c'est-à-dire de ces valeurs ? Est-ce qu'on doit prendre en compte des critères religieux ? Est-ce qu’on doit prendre en compte d'autres critères ?

    Je dirais, si vous parlez d'un critère religieux, le critère justement de non-discrimination religieuse est un critère de valeur qui est affirmée par les Européens. C'est justement de ne pas faire de discriminations. Il y a dans nos pays d’ailleurs des populations de toutes les religions, il est prévu dans le traité de Rome initial qu'on ne doit faire aucune discrimination ni sur le plan du sexe, ni sur le plan de la religion, ni sur le plan de la nationalité, mais la religion fait partie de ces concepts pour lesquels on ne peut pas faire de discriminations.

    De ce point de vue, le projet de constitution européenne vous paraît satisfaisant globalement ? Il doit être amendé ?

    Je trouve que quand le président GISCARD D'ESTAING a été candidat lui-même et a assumé cette responsabilité, on pouvait dire que… Comment est-ce qu'il va arriver avec ses positions et ses intérêts tellement divergents, comment est-ce qu’il va arriver à sortir quelque chose de cohérent ? Parce que quand vous m'avez posé la question de "est-ce qu'on peut vivre avec un grand élargissement", un saut aussi important, aussi bien qualitatif que quantitatif, c'est difficile. Et je crois qu’il a fait vraiment ce qu'on pouvait faire de mieux comme cohérence et comme soutien de la plupart des pays. Alors, je sais qu’il reste encore deux pays qui sont réticents, parce que ce projet remet en cause certains accords qui étaient intervenus précédemment, mais la situation était différente, je crois qu’il faut lui faire confiance pour essayer de trouver, de concilier les esprits et de trouver un accord. Et je pense qu’en tout cas c'est inespéré. C'est inespéré parce que c’est très difficile. Le problème… Enfin, la question est en elle-même très difficile et qu'on peut regretter bien sûr qu'on ait comment… qu'on ait élargi sans avoir pu se mettre complètement d’accord sur les nouvelles institutions, qui ne peuvent pas être celles d’aujourd’hui parce qu'il faut avoir des institutions encore plus efficaces qu'auparavant, plus on est nombreux, plus il faut chercher à trouver les possibilités de prendre des décisions, mais j’ai bon espoir que ça se fasse.

    Un mot quand même sur la situation des femmes en Europe. Parce que d’ailleurs pour nous, vous symbolisez aussi ce combat, parmi d'autres combats que vous avez menés tout au long de votre vie.

    Ce sont les directives européennes qui ont beaucoup fait progresser les droits de la femme. Non seulement fais progresser c'est-à-dire que sur le plan des droits, il n'y a plus de discrimination. Dans tous nos pays, et ce sera d'ailleurs aussi un des aspects qui sera imposé à ceux qui vont entrer dans l'Union européenne, ce sera justement d’adopter exactement les mêmes principes de non-discrimination à l’encontre des femmes. Maintenant il y a le droit, et puis il y a le fait. Alors, on s’aperçoit que sur le plan du droit les femmes sont en principe totalement égalitaire, aussi bien théoriquement pour leur promotion, pour leur nomination, rémunération, et leur statut politique et civil, en réalité on (inaudible) dans tous nos pays, il y a encore beaucoup à faire pour que cette égalité de droit deviennent une égalité de fait. Mais l'Europe s'en préoccupe beaucoup. Peut-être plus que nos gouvernements.

    Encore simplement un mot de conclusion, je veux dire madame VEIL, évidemment c’est historique, on n’a pas de mots, on parle d’un Big Bang, ce qui est en train de se passer pour l’Europe. Dans vos souvenirs d'enfance j’allais presque dire, de tout ce que vous avez vécu, vous vous dites aujourd'hui "c’est un rêve de ce que nous aurions voulu voir plutôt".

    C’est un très grand événement parce que je dirais que… Ça peut étonner peut-être, mais il y a plus de 50 ans que j'espère que l’Europe sera unie. Alors naturellement il y a 50 ans, dans les années 45-50, le rideau de fer était déjà tombé, on ne savait pas du tout comment ça évoluerait, donc je ne dirais pas du tout que je pensais à une Europe aussi élargie qu'elle va le devenir. Mais c'était en tous cas que nos pays, nos pays d’Europe de l’Ouest qui avaient été tellement martyrisés par les guerres, où à chaque guerre les garçons de 20 ans partaient, se faisaient tuer, dans toutes les familles il y avait des deuils, qui avaient terriblement marqué. Quant à ma propre famille, moi je suis rentrée de déportation en 45, mes parents étaient morts en déportation, mon frère aussi, et un de nos cousins très proches qui était comme un frère venait d’être tué sur le front. Donc, j'avais le sentiment, et d'ailleurs c’était aussi le sentiment de la mère de ce cousin qui venait d'être tué et qui nous a hébergé chez elle, c’est que si nous ne réconcilions pas, nous ne pouvions que continuer à nous battre et que chaque guerre était pire que la précédente. C’était devenu insupportable. J’ai été très marquée une fois par ce qu'a dit Kohl une fois à une émission avec Anne SINCLAIR, quand il a dit "à chaque génération quelqu'un s'appelait Walter, et à chaque génération il était tué, maintenant, moi j’ai un fils qui s’appelle Walter et je l'ai appelé Walter sans arrière-pensée". C'est vrai dans beaucoup de familles comme ça. Et c'était très dur l’idée de se réconcilier après tout ce qui s’était passé, mais en même temps c’était, même si on avait des appréhensions, moi je ne peux pas dire que comme présidente du Parlement européen, je n’avais pas quelquefois des appréhensions, je regardais l'âge qu’avait les gens, je me disais "où est-ce qu'ils étaient, qu'est-ce qu'ils faisaient pendant la guerre ?" Je ne suis pas du tout naïve, mais en même temps je me disais "pour nos enfants nous devons le faire, même si pour nous c’est difficile, nous devons le faire pour nos enfants". Et je trouve que c’est une réussite extraordinaire, même si on s’aime plus ou moins, il y a des pays qui ont plus ou moins d'affinités entre eux, mais tout de même c’est un très grand rapprochement et je crois que c’est un pas considérable qui est fait pour l'avenir. D'ailleurs ce qu'a fait la communauté a inspiré aussi bien les pays d'Amérique centrale, les Asiatiques avec l’ASEAN. Enfin, il y a beaucoup de… les organisations régionales se sont beaucoup inspiré de ce qu’a fait l’Europe, alors elles fonctionnent plus ou moins bien, mais elles ont tout de même une capacité de rapprocher les peuples.

    Merci infiniment, Simone VEIL, d’avoir été notre invitée en ce jour, sur TV5.

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    00:08:03
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