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  • L'invité

    Bertrand Tavernier

    Invité : Bertrand Tavernier, réalisateur, producteur et écrivain français.

    Le cinéaste Bertrand Tavernier rend hommage aux compositeurs de musique de film qui ont marqué le cinéma français, à l'occasion d'une masterclass soutenue par la Sacem et par TV5MONDE.

    Présentation : Patrick Simonin. Une émission enregistrée au festival de Cannes.


    Transcription

    Une musique, c'est "Coup de torchon" signé Philippe Sarde, un des films de Bertrand Tavernier, "Le Juge et l'Assassin", "Que La fête commence". Ce sont des musiques qui ont changé l'histoire du cinéma. Bertrand Tavernier en est un amoureux fou et il leur rend hommage, ici, au Festival de Cannes. Bertrand Tavernier, l'hommage de la Sacem, la musique de film. Enfin, on rend hommage à la musique de film. C'est un combat que j'ai voulu mener. C'est onze heures un quart consacré au cinéma français. U (...)

    Une musique, c'est "Coup de torchon" signé Philippe Sarde, un des films de Bertrand Tavernier, "Le Juge et l'Assassin", "Que La fête commence". Ce sont des musiques qui ont changé l'histoire du cinéma. Bertrand Tavernier en est un amoureux fou et il leur rend hommage, ici, au Festival de Cannes. Bertrand Tavernier, l'hommage de la Sacem, la musique de film. Enfin, on rend hommage à la musique de film. C'est un combat que j'ai voulu mener. C'est onze heures un quart consacré au cinéma français. Un voyage à travers le cinéma français, ce documentaire incroyable. Ce voyage, une fois au singulier, c'est le long-métrage, une fois au pluriel, c'est la série qui n'a rien à voir avec le long-métrage, mais qui parle d'autre chose. Dans ce voyage, j'ai voulu rendre hommage à ceux qui font partie des héros méconnus de l'histoire du cinéma. Ce sont les compositeurs dont on parle rarement, dont on joue trop rarement les œuvres en France parce que pendant très longtemps, il y a eu une sorte de mépris vis-à-vis de la musique de film. C'était une musique de saltimbanques. Ce n'était pas digne des orchestres, cette musique, alors qu'aux États-Unis, très tôt, tous les orchestres de Philadelphie, de Chicago, les orchestres prestigieux, les chefs d'orchestre prestigieux jouaient des musiques de film, enregistraient des musiques de film. En France, c'est vrai, il y a quelques exceptions auxquelles il faut rendre hommage, Serge Baudot, Michel Plasson. Maintenant, ça commence un peu à se multiplier parce que récemment, l'Orchestre des Pays de Loire a enregistré un très beau disque sur Dutilleux dans la musique de "La Fille du diable", mais ça faisait que des pans entiers de la musique de film et d'une musique souvent exigeante, passionnante,  riche, étaient indisponibles, ne pouvaient pas être joués. Parfois, les partitions qui auraient dû être préservées par les éditeurs, on touche du doigt quelque chose parce que normalement, le producteur doit préserver les négatifs des films. Les éditeurs devraient préserver le matériau. On ne les trouvait pas. "La Vérité sur Bébé Donge", "La Grande illusion", c'était introuvable. Il a fallu que Bruno Fontaine reconstitue "La Grande illusion" à l'oreille. La partition sublime de Joseph Kosma pour le film français le plus célèbre de toute l'histoire du cinéma, on ne pouvait pas la jouer. C'est incroyable. Elle n'avait jamais été enregistrée. Elle ne faisait pas partie du patrimoine. Pareil pour "La Vérité sur Bébé Donge". Une partition extraordinaire de Jean-Jacques Grünenwald, quand vous l'écoutez, vous vous dites : "ça avait quinze ans d'avance sur Philip Glass". Je parle après d'Arthur Honegger, mais ça avait été enregistré pour "Regain", de Jacques Ibert, voire de Michel Legrand, la première partition jazz pour grand orchestre de jazz, "Rafle sur la ville", il y avait juste un conducteur d'orchestre. Incroyable, incroyable. De toute cette histoire, aujourd'hui on se dit que ces musiques étaient absolument indispensables, portaient les images, portaient les histoires. Elles étaient indispensables. Elles étaient aussi en symbiose avec le travail des metteurs en scène. Georges van Parys et René Clair font une équipe formidable. Maurice Jaubert et Jean Vigo ou Marcel Carné ou Duvivier, on a l'impression à chaque fois que la musique est au cœur des émotions des films. Vous avez Georges Delerue avec Antoine Duhamel, avec Godard, mais avec d'autres compositeurs aussi, avec d'autres metteurs en scène. Delerue, il y a des musiques merveilleuses avec De Broca. Delerue a écrit tellement de musiques sublimes, dans le cinéma et le cinéma français. Yannick Bellon, certaines de ses musiques étaient disponibles, d'autres pas. Mon travail a été de jeter un coup de projecteur sur l'accord qu'il pouvait y avoir entre des metteurs en scène et des compositeurs, et de montrer que pour des gens comme Henri Decoin, comme Duvivier, la musique, c'était quelque chose d'important. Duvivier a écrit une vingtaine de chansons. Il écrit par exemple les paroles de "Quand on se promène au bord de l'eau", qui est un tube. Chanté par Jean Gabin. Chanté par Jean Gabin. Il écrit d'autres paroles dont notamment une extraordinaire goualante chantée par Damia, qui est dans la tête d'un homme et qu'on entend en off pendant que Harry Baur, qui joue Maigret, regarde le principal suspect, Radek, joué par Inkijinoff, et tous les deux s'observent. Ça a remplacé une séquence d'interrogatoire, une séquence muette où ils écoutent une chanson. C'est là qu'on sent que Maigret devine qu'il a affaire au coupable. C'est simplement comme ça, au feeling. La musique est intéressante quand elle n'est pas pléonastique. Jaubert le décrivait très bien. Il y avait toute une musique hollywoodienne qu'il détestait. Il disait : "C'est la musique qui consiste à mimer de manière sonore ce qu'on voit à l'image", c'est-à-dire un type boit, la musique fait des glouglous. Un ivrogne titube, la musique titube. Ça, c'est le contraire de ce que devrait être la musique de film. La musique de film, ça consiste à mettre un air inattendu, un air tendre et nostalgique sur un passage terriblement dur. Ça consiste, à la fin de "Doctor Strange Love", à terminer ce qui va peut-être être l'apocalypse par une chanson d'amour, tout d'un coup. C'est d'opposer ou de trouver un petit ostinato qui va revenir au piano, dans "La Vérité sur Bébé Donge", piano, orgue et de revenir. Vous avez tout d'un coup l'impression que la musique vous amène au cœur du mystère du personnage féminin que joue Darrieux. La musique épouse le ton profondément féministe du film. C'est quelque chose de très, très important. La musique n'est pas simplement belle parce que, comme le disaient les producteurs, vous pouvez la fredonner après ça. C'est quand tout d'un coup, elle apporte un supplément d'âme.  Merci beaucoup, Bertrand Tavernier. Si on choisit une musique pour se quitter, qu'est-ce qu'on mettrait ?  Prenons une musique d'un de mes films. J'en ai marre de faire la leur. Mettez "L627". On met "L627" pour se quitter. Merci, Bertrand Tavernier, au Festival de Cannes. Coup de chapeau à tous ces immenses compositeurs. Merci. Merci.

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    00:08:18
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