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  • L'invité

    Hanane Charrihi

    Invité : Hanane Charrihi

    Au lendemain de l'attaque contre une mosquée à Québec, la fille de la première victime de l'attentat de Nice témoigne au nom des musulmans victimes de l'amalgame et du terrorisme.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Hanane CHARRIHI.

    Bonjour.

    Vous êtes la fille de la première victime de l’attentat de Nice. Vous témoignez pour votre maman dans un livre bouleversant, on va en parler. D’abord, quelques mots de ce qui s’est passé au Québec. Plusieurs victimes tuées dans une mosquée dans la capitale du Québec. 6 personnes attaquées par 2 individus, notamment, qui ont été arrêtés. Ces 6 personnes s’ajoutent à la longue liste des victimes du terrorisme. Hanane CHARRIHI, vous ress (...)

    Bonjour Hanane CHARRIHI.

    Bonjour.

    Vous êtes la fille de la première victime de l’attentat de Nice. Vous témoignez pour votre maman dans un livre bouleversant, on va en parler. D’abord, quelques mots de ce qui s’est passé au Québec. Plusieurs victimes tuées dans une mosquée dans la capitale du Québec. 6 personnes attaquées par 2 individus, notamment, qui ont été arrêtés. Ces 6 personnes s’ajoutent à la longue liste des victimes du terrorisme. Hanane CHARRIHI, vous ressentez quoi en ce moment.

    La colère forcément, c’est là qu’on voit que l’amalgame peut faire mal et à quel point il peut mener à la haine et à la violence, et du coup, l’assassinat. Malheureusement, ils ont touché des personnes qui étaient pratiquantes et qui pratiquaient juste leur religion. Et voilà, à cause de ça, elles ont été tuées injustement.

    Vous dites, c’est la haine, l’amalgame qui mène à cela.

    Oui, c’est sûr oui. J’en suis persuadé puisque forcément… Je n’ai pas encore des informations sur les tueurs, mais c’est sans doute un crime racial. Enfin, voilà pourquoi ces gens ont été tués. Je pense que l’amalgame en dit long et en fait beaucoup.

    Vous dites aujourd’hui, une forme de haine contre les musulmans ?

    Oui, c’est ce que je ressens personnellement et ce que j’ai ressenti aussi après les attentats de Nice. Je pense que oui, ça mène à la haine. Forcément, l’amalgame mène à la haine.

    Vous avez ressenti cette haine monter depuis tous ces attentats.

    Oui. En tant que musulmane, je l’ai ressenti clairement.

    Elle se manifeste comment cette haine ?

    Tout d’abord, après chaque attentat c’est… On va dire, un peu les commentaires sur internet, etc. Et puis ensuite il y a eu les discours politiques qui ont alimenté tout ça. Puis, malheureusement je l’ai vécu aux premières loges après le décès de ma mère.

    Oui, votre maman, Fatima CHARRIHI, c’est la première victime du tueur de Nice. Elle était, ce soir-là, sur la promenade des Anglais pour aller voir le feu d’artifice, manger une glace avec sa famille. Elle est morte ce jour-là.

    Oui c’est ça. Elle est décédée, voilà, pour être allé avec mon père, mon frère et mes neveux manger une glace et profiter, essayer de passer une bonne soirée. Elle y a laissé sa vie.

    Elle était voilée, vous avez le sentiment que le tueur l’a visé particulièrement.

    Je ne sais pas encore, mais en tout cas, c’est vrai que d’après les dires de ma belle-sœur, oui le camion a foncé directement sur eux en premier, il est monté sur le trottoir très peu avant le lieu où ma mère est décédée. Donc, il a commencé par elle et il n’a pas raté ma mère, et puis voilà.

    Votre maman, vous lui rendez hommage, Fatima CHARRIHI, issue du Maroc, milieu très pauvre, une femme extraordinaire, parcours extraordinaire.

    Oui, je la décris de sa naissance à sa mort malheureusement. Et c’est vrai que je parle d’elle, comment elle est arrivée en France, d’abord comment elle a grandi, ensuite son arrivée, ensuite l’éducation qu’elle nous a donnée. Et voilà, comment elle nous a quittés aussi, malheureusement.

    Elle était pour l’ordre, l’organisation, elle voulait que ses enfants réussissent.

    C’est ça.

    Elle aimait la France.

    Oui, bien sûr. Elle a toujours été là : "Étudier, trouver votre place dans la société". C’était ses mots, vraiment : "Trouver votre place". Voilà, pour elle, il fallait qu’on étudie, qu’on avance en fait dans le milieu social. Elle ne nous a jamais mis en retrait ni mis à l’écart. Elle nous a toujours poussés à aller de l’avant.

    Elle était musulmane, pratiquante.

    Pratiquante, oui, elle le pratiquait, elle était voilée. Ça ne l’a jamais empêché de travailler aussi. Voilà, le pratiquer correctement et ça s’est toujours bien passé.

    Qu’est-ce qu’on ressent de penser que le tueur a agi, de ses dires, au nom de l’Islam, puisque cet attentat était revendiqué par Daesh ?

    On va dire que ce n’était pas une surprise lorsqu’on l’a appris. Et pour moi, tout simplement, ces gens-là ne sont pas musulmans puisque l’Islam interdit le meurtre. Il y a un verset qui dit : "Ceux qui tuent un humain a tué l’humanité". Donc, pour moi ces gens-là agissent tout simplement au nom de la folie et préfèrent se cacher derrière une religion. Et du coup, ils mettent en otage toute une communauté. C’est leur mode d’action, malheureusement.

    Le lendemain vous allez sur la promenade des Anglais vous recueillir, et vous êtes insultée par des gens qui vous disent : "Rentrez chez vous, tout ça, c’est à cause de vous". Et vous dites : "Nous, on a perdu notre mère". Ils vous répondent : "C’est bien fait".

    Ils m’avaient répondu : "Tant mieux, ça en fait une en moins". C’est ce qu’il nous a répondu. Ensuite à ce moment-là on lui a dit : "Mais vous n’avez pas honte ? On vient de perdre notre mère…" Il nous a crié dessus, il nous a dit : "Non, non, ce n’est pas vous qui êtes en deuil, c’est nous". J’ai perdu ma mère, donc, même avoir un deuil correct, on n’y a pas le droit. Selon les dires de ce monsieur, eh bien, on ne devrait pas être en deuil, c’est lui qui est en deuil. On a perdu ma mère, mais ça ne lui suffit pas. C’est une personne, on le voit, complètement indisciplinée, en fin de compte il n’y a aucun respect et voilà. Malheureusement, ça n’a pas été la seule agression qu’on a vécue.

    Oui, en tant que femme voilée, vous avez senti finalement cette intolérance monter en France ?

    Je l’ai senti, mais, personnellement, j’ai plus senti de soutien que d’intolérance. Voilà, un message on va dire qui s’adressait directement à moi, j’ai eu beaucoup, beaucoup de soutien, beaucoup de personnes de toutes origines qui m’ont défendu et qui me soutiennent, et qui ne comprennent pas comment des personnes comme ça ont pu se comporter avec moi.

    Vous vous dites : "Je ne veux pas choisir entre ma religion et ma nationalité, ni la hiérarchiser".

    C’est ça.

    "Je veux les deux, être Française et musulmane".

    C’est ça, parce que ce sont 2 choses qui n’ont rien à voir. D’un côté, on parle d’une nationalité, d’un autre on parle d’une religion et voilà, ce sont 2 choses qui peuvent cohabiter et voilà. Pour moi, elles sont à part égale, elles font partie de ma vie et je n’en passe pas une avant une autre, voilà.

    Quand vous voyez ce qui s’est passé au Québec, Nice, votre maman, vous dites qu’aujourd’hui il faut se réconcilier, c’est quoi le message ?

    C’est surtout un appel à la tolérance. Il faut être tolérant, il faut être respectueux et surtout, le plus grand message, c’est il faut apprendre. Le savoir est le seul moyen de sortir de l’ignorance parce que certains, à cause de l’ignorance, sont atteints par la haine et par… Enfin voilà, ils sont atteints par la haine tout simplement parce qu’ils n’en savent pas grand-chose, ils ne voient seulement que ce qu’on leur montre à la télé. Donc, ce n’est pas une manière d’agir. Il faut apprendre.

    Vous diriez dans ce cas que votre maman ne serait pas morte pour rien. C’est ce qu’elle aurait voulu.

    Oui, c’est ce qu’elle aurait voulu.

    Merci beaucoup Hanane CHARRIHI pour ce témoignage aujourd’hui, sur TV5 Monde.

    Merci à vous.

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    00:08:13
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