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  • L'invité

    Gaspard Ulliel, Niels Schneider

    Invités : Gaspard Ulliel, acteur et mannequin français ; Niels Schneider, acteur franco-canadien.

    Gaspard Ulliel et Niels Schneider sont à l'affiche de « Sibyl », réalisé par Justine Triet. Un film qui était en compétition pour la Palme d'or.

    Présentation : Patrick Simonin. Une émission enregistrée au festival de Cannes.


    Transcription

    "C'est un comédien. Il est connu, je ne veux pas vous dire son nom.

    Tu liquides toutes tes passions pour écrire, mais tu prends cette fille ?

    On a tous un faible pour certains d'entre eux, non ? 

    Arrête d'écrire sur elle.

    J'écris pas sur elle. Cette fille m'obsède. (Il) te manque ?

    L'intensité de l'amour qu'on avait l'un pour l'autre me manque, oui. 

    Il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit. Il est en coupl (...)

    "C'est un comédien. Il est connu, je ne veux pas vous dire son nom.

    Tu liquides toutes tes passions pour écrire, mais tu prends cette fille ?

    On a tous un faible pour certains d'entre eux, non ? 

    Arrête d'écrire sur elle.

    J'écris pas sur elle. Cette fille m'obsède. (Il) te manque ?

    L'intensité de l'amour qu'on avait l'un pour l'autre me manque, oui. 

    Il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit. Il est en couple avec la réalisatrice du film."

    Bonjour, Gaspard Ulliel, Niels Schneider. Vous êtes ici, devant cette vue incroyable au Festival de Cannes avec "Sibyl", Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, en compétition pour la Palme d'or. Évidemment Gaspard, c'est un univers incroyable celui de Justine Triet. C'est un univers de femmes au bord de l'apocalypse et qui vont croiser le parcours des personnages que vous interprétez. Comment on rentre dans une aventure comme ça ?

    On y rentre. Je ne sais pas si on y rentre réellement, en fait. Je dirais qu'on se laisse inviter d'abord et puis après on essaye de s'insérer dans une des multiples facettes de ce récit. Puisque je pense que c'est la force du cinéma de Justine, c'est ce côté un peu foisonnant, multiple, pluriel. C'est-à-dire que le film est construit dans un effet de miroir, entre la réalité et la fiction, entre le personnage de Sibyl et celui de Margot. Et je dirais que chacun des personnages, c'est un peu comme une constellation, un kaléidoscope, est un fragment de ce miroir, en fait. Et notamment les personnages masculins qui viennent s'insérer dans le récit, un peu en filigrane. Et ce n'est pas désagréable d'être comme ça, au second plan d'une histoire. Et je trouve qu'elle a très habilement réussi à entrelacer toutes ces couches, tous ces différents récits et mélanger ces personnages. Et c'est vrai qu'il y a une vraie résonance entre les différentes parties du film, les différents décors. Et c'est vrai que nos personnages ne se rencontrent jamais, mais il y a un écho permanent entre ces deux hommes.

    Ça parle du mensonge, ça parle de la mise en abyme, ça parle d'une sorte de vampirisation entre des personnages, entre la psychanalyse, la romancière qui se nourrit de l'autre. Et puis finalement aussi de ses propres origines, des mystères que tout cela peut comporter. C'est foisonnant, Niels. 

    Oui, oui, oui. Le film justement n'est pas du tout sur une seule ligne, comme disait Gaspard. C'est comme un miroir fragmenté. C'est toute la richesse du film, avec sa part de rationnel et d'irrationnel aussi. 

    De fantasmes aussi.

    De fantasmes, de passé qui resurgit. Oui, de projection, de transfert, de création.

    Oui, ça parle même de cinéma. La captation de l'image, il y a des scènes extraordinaires qui font penser presque au cinéma hollywoodien. Et à un moment donné, il y a quelque chose de fou finalement aussi, dans ce cinéma-là.

    Oui, il y a quelque chose de l'ordre de la folie. Mais c'est vrai que c'est un peu un des thèmes du film. C'est justement cette mise en abyme, puisque le personnage principal se retrouve plongé comme ça, un peu contre son gré, au milieu d'un tournage, sur une île quand même assez emblématique, Stromboli, qui convoque aussi Rossellini. Mais d'ailleurs c'est assez drôle, j'y pensais tout à l'heure, c'est vrai que le personnage de Virginie est enfermé dans son cabinet au départ, parce qu'elle est psychanalyste. Elle est enfermée après dans ses propres narrations, dans ses propres projections. C'est tout le premier côté du film qui est très mental. Et puis à un moment, elle s'en libère pour se retrouver enfermée dans la fiction, puisqu'elle se retrouve sur ce plateau. Moi ça me fait beaucoup penser au Mépris justement. C'est vrai, il y a une référence, y compris dans l'image.  Il y a ce coté-là qui vient montrer le cinéma comme le lieu de toutes les révélations. Et puis un peu aussi, ce que la fiction permet, c'est un monde qui nous offre la possibilité de donner à voir les sentiments à la surface des choses, en fait. C'est un peu comme un miroir grossissant où tout déborde. Donc oui, c'est un film extrêmement riche et dense.  C'est un film sur le mensonge aussi, sur la nécessité de mentir pour gagner l'amour. Il y a de ça aussi.

    Ce qui me paraît le plus prégnant, c'est comment se réinventer, comment s'inventer. Le film parle de ça et aussi par le mensonge et par la fiction, c'est une manière aussi de s'inventer et de se trouver aussi.

    Vous voyez le personnage est romancière et elle va se nourrir de l'autre, c'est une sorte de vampirisation à un moment donné. Il y a de ça finalement dans le film. Ça parle de ça, de la création. Donc c'est un film de vampires pour vous ?  Oui un peu, je trouve. C'est un peu ça finalement, être comédien, être romancier, se nourrir des autres. Évidemment, évidemment. Après est-ce que c'est la fiction qui nourrit la réalité, le réel ou est-ce que c'est le réel qui se nourrit de la fiction ? Je pense que c'est un jeu permanent d'interdépendance de l'un, de l'autre. Et notamment là, comme on ressent quand même l'histoire sur un personnage central, qui est à la base psychanalyste, il y a aussi toute une démarche un peu psychanalysante sur justement un effet cathartique de la fiction, qui permet peut-être justement de donner à voir ses fantasmes, ses maux, ses troubles, ses névroses de manière plus exacerbée et potentiellement de les dépasser et de s'en libérer.

    Elle va enregistrer les propos d'une jeune femme qui est interprétée par Adèle Exarchopoulos qui est complètement à la dérive et finalement, elle va se mettre elle-même en abîme, et finalement au bord du précipice. On est toujours à la limite. Il y a une scène qui me fait penser aussi à la scène avec Delon dans le film de René Clément, avec Maurice Ronet. Comment ça s'appelle ?  "Plein Soleil", peut-être.  "Plein Soleil", "Plein Soleil".  Oui voilà, dans "Plein Soleil", quand Delon se met à s'habiller comme (Ronet), il y a une scène un peu qui fait écho à ça, quand Sibyl se met à reprendre la même manière de parler qu'Adèle Exarchopoulos. Ouais ouais, bien sûr. Il y a un jeu de miroirs, de doubles, un peu comme dans "All About Eve", aussi. C'est pareil. Ou même dans "Opening Night", Cassavetes. C'est un sujet assez… 

    C'est un cinéma dans lequel on entre, il y a des jeux, des personnages, des interactions. Vous prenez un plaisir fou, non ?  Bien sûr, on entre sans en sortir, en fait. Et puis c'est vrai qu'il y a quelque chose qui nous renvoie forcément à notre propre exercice, puisqu'il s'agit de filmer l'exercice d'un tournage. En même temps pas pour toi, puisque tu ne fais pas partie de cette section du film.

    De cette temporalité. C'est vrai. Mais en même temps, c'est vrai qu'on est en train d'en sortir parce que Justine dirige aussi pendant les prises, et parfois, c'est des prises qui durent très longtemps. Et elle nous fait refaire. Refaire, refaire, refaire.  Refaire, refaire, refaire et ça a dû être une galère énorme à monter son film parce qu'il y a des prises où il y a, j'imagine, cinquante fois la même réplique.

    Ouais. Et cette recherche a abouti à ça, ce film formidable. Merci à tous les deux, Gaspard Ulliel, Niels Schneider. Ça s'appelle "Sibyl", merci à tous les deux.  Merci à vous.

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    00:08:24
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