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  • L'invité

    Biyouna

    Invitée : Biyouna Avec sa gouaille légendaire, l'artiste algérienne raconte, sur scène, son parcours dans "Mon Cabaret". Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Biyouna.

    Bonjour Patrick.

    Quelle belle invitation dans "Mon cabaret", c’est le spectacle à Paris, donc ça se passe au Palais des Glaces et c’est tous les soirs un triomphe avec finalement l’invitation au public de venir dans votre univers Biyouna.

    Oui, dans mon univers parce que, tu sais, le cabaret, j’y ai passé la moitié de ma vie, on peut dire. Le cabaret avait de tout.

    C’était le cabaret à Alger, donc on imagine.

    T (...)

    Bonjour Biyouna.

    Bonjour Patrick.

    Quelle belle invitation dans "Mon cabaret", c’est le spectacle à Paris, donc ça se passe au Palais des Glaces et c’est tous les soirs un triomphe avec finalement l’invitation au public de venir dans votre univers Biyouna.

    Oui, dans mon univers parce que, tu sais, le cabaret, j’y ai passé la moitié de ma vie, on peut dire. Le cabaret avait de tout.

    C’était le cabaret à Alger, donc on imagine.

    Tu peux l’imaginer partout. Je raconte sur Alger aussi et même il y avait le cabaret El Djazaïr ici, à Paris. C’est le même truc, mais je te parle des cabarets avant où il y avait des spectacles, où il y avait…

    Ça permet de raconter tout, de parler de la vie.

    Voilà, parce qu’il y a plusieurs histoires dans un cabaret. Moi j’ai vécu dans un cabaret, il y a beaucoup de personnages, chacun sa vie et tu sais quand ils prennent le comptoir ou commencent à se défouler, à raconter leur vie et tout ça, c’est pour ça que… Il y a beaucoup d’émotions aussi et surtout je parle de la décennie noire quand on s’enfermait avec le couvre-feu.

    La décennie de terroristes en Algérie.

    Oui, on avait les mêmes horaires que le couvre-feu, 22 h - 6 h du matin, alors on s’enfermait et puis il y avait tout le monde dedans.

    Et en même temps, il y avait l’envie de se distraire, même s’il y avait la menace.

    Oui, même s’il y avait la menace, ce qui est formidable c’est que quand on est enfermé dedans, on raconte des blagues, peut-être que c’est ça qui nous a sauvé. Et puis, il y avait les intellectuels, il y avait les policiers, il y avait les artistes, on était tous ensemble et ça, j’ai voulu le faire dans mon spectacle.

    Oui, il y a de la musique, il y a la danse du ventre, il y a de l’émotion, ça se passe comme ça, c’est naturel. Vous êtes en liberté, comme toujours. Vous êtes une femme libre Biyouna.

    Ah, trop libre. Trop, trop libre. Je suis née libre et je finirai libre.

    Et personne ne vous fera jamais… On ne vous a jamais fait taire, même pendant cette fameuse décennie noire.

    Non, ma gueule, personne ne me la ferme parce que je ne peux pas. C’est inné. Je ne peux pas être hypocrite, je ne peux pas faire semblant, je suis comme je suis, c’est pour ça que les gens m’aiment et il y a d’autres que je dérange pour mon franc-parler.

    Pourquoi ? Parce que vous êtes trop libre aux yeux de certains ?

    Oui, trop libre. Parce que moi je suis née au milieu de femmes soumises. Et quand j’ai vu ça, même ma mère une fois, j’étais toute petite, je lui ai dit : "Jamais je ne serai comme toi". Et voilà, et j’ai tenu parole et ma mère y est pour quelque chose parce que ce qu’elle n’a pas fait à elle, c’est sur moi, c’est elle qui m’a poussé à faire ce que je veux. Elle m’a dit : "Tu veux danser ? Vas-y, danse". Et quand on m’a appelé pour la comédie, elle m’a dit : "Fais-le, si ça va, ça va, sinon…", c’est elle qui m’a toujours aidé, qui m’a protégé aussi.

    Oui, et on peut tout dire dans un spectacle. On peut parler aussi d’ailleurs du voile, des femmes.

    Oui, moi je respecte les femmes qui mettent le voile, mais avec le cœur, pas avec la peur. Voilà, parce que je suis née au milieu de femmes qui mettaient le foulard et tout ça, mais normal. Elle faisait la prière, mais normal, sans se montrer ou sans… Et voilà, moi je respecte beaucoup le voile parce que ma grand-mère mettait le voile, mais elle le mettait avec le cœur, pas avec la peur, tu vois.

    Et dans le spectacle, on ne nomme pas l’organisation terroriste qui a fait les attentats en France. Mais on parle aussi de ça.

    Parce que moi je… Je leur dis : "Je ne sais pas qui vous êtes". La mafia ou bien… Parce que vraiment, ce sont des gens qui profitent de la situation et voilà, de faire du mal comme ça, à crédit comme on dit, c’est de tuer des personnes qui n’y sont pour rien comme en Algérie. Bon, je ne vais pas pleurer sur mon sort, il y a beaucoup de gens qui ont été tués pour rien.

    Et face à ça, les artistes ont un rôle à jouer Biyouna.

    Ah oui, oui, oui. La période pendant la décennie noire, il y avait beaucoup d’artistes, il y avait beaucoup de courage et rien ne les arrêtait, il y avait des réalisateurs qui sont morts, il y avait des intellectuels aussi. Mais rien ne les arrêtait. La marche arrière était cassée de l’avant.

    Il y a une force incroyable dans le peuple algérien.

    Oui, surtout les femmes algériennes, les femmes algériennes vraiment… Moi je leur ai dit : "Si moi je m’appelle Biyouna, elles c’est des baïonnettes". Ce sont des femmes courageuses et voilà.

    Ça a commencé par un feuilleton à la télévision l’aventure, Biyouna. Immensément populaire. Vous êtes la représentante d’Alger, avec son parler.

    (inaudible), ça a été le feuilleton, moi j’y suis allée comme visiteuse et puis après d’un coup le réalisateur… Parce qu’il y a eu… On s’est accroché un petit peu, j’ai dit : "Il est facile ce rôle, pourquoi il se casse la tête ?" Et là, il se tourne vers moi parce qu’il était tellement énervé pour trouver le rôle de (Omar) et de (Fatma). Et là, il se lève et me dit, toi la grande-gueule, montre-nous ce que tu sais faire. Et moi je ne me laissais pas faire, j’ai fait ça. Et là, il leur a dit : "C’est elle". "C’est moi quoi ?" "C’est elle qui prendra ce rôle".

    Il y a la gouaille algéroise. On pourrait dire ça.

    La sauvage, la disjonctée, l’emmerdeuse, elle emmerdait tout le monde, les voisins et tout. Mais elle était sympa quand même.

    Oui, mais cette gouaille algéroise, vous l’avez toujours eu vous, Biyouna, des quartiers où vous êtes né.

    À Belcourt, quartier populaire, (inaudible).

    C’est quoi finalement les quartiers populaires, c’est l’Algérie profonde ? C’est l’Algérie qu’on aime ?

    Vous voyez, tu peux dire Belcourt, Bab El Oued, tout ce qui est en bas, c’est le quartier populaire et ces quartiers-là en sont sortis des intellectuels, des artistes… Tu vois, parce qu’ils n’ont pas eu la vie facile.

    Mais toujours eu l’envie de rire. Ils ont ça dans le sang.

    Ils l’ont dans le sang. En Algérie, je crois que l’humour est sorti de là-bas. Parce qu’en pleine décennie noire, le lendemain ils te font sortir des blagues et ça te fait rire. Des fois quand il y a des amis à moi, des Français, je leur raconte les blagues sur la décennie noire et tout ça, ils me disent : "Oh, mon dieu !", ils dramatisent beaucoup. Là-bas, tu vois peut-être, on s’en est sorti grâce à cet humour et…

    Merci, l’actrice que vous êtes et la générosité. Merci Biyouna.

    Merci mon ami.

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    00:08:10
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