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  • L'invité

    Céline Lévy

    Invitée : Céline Lévy, directrice du fonds de dotation Bernard Buffet.

    2019 marque le 20e anniversaire de la disparition de Bernard Buffet, l'un des peintres français les plus célèbres du XXe siècle, à la fois décrié dans son pays et admiré depuis toujours en Asie. À l'occasion de la grande rétrospective inédite dédiée à son oeuvre, au Seoul Arts Center, en Corée du Sud, nous recevons Céline Lévy, directrice du fonds de dotation Bernard Buffet.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Longtemps banni par la critique officielle mais adoré du grand public, c'est la revanche d'un des plus grands peintres contemporains, Bernard Buffet, bonjour Céline Lévy. Vous êtes la directrice du Fonds de Dotation Bernard Buffet et c'est une grande exposition qui vous amène ici à Séoul, en Corée. On n'avait jamais vu un pays - finalement - offrir à Bernard Buffet une véritable consécration, à travers une rétrospective comme celle qui vient d'ouvrir. Depuis le 10 juin, s'est ouverte à Séoul une (...)

    Longtemps banni par la critique officielle mais adoré du grand public, c'est la revanche d'un des plus grands peintres contemporains, Bernard Buffet, bonjour Céline Lévy. Vous êtes la directrice du Fonds de Dotation Bernard Buffet et c'est une grande exposition qui vous amène ici à Séoul, en Corée. On n'avait jamais vu un pays - finalement - offrir à Bernard Buffet une véritable consécration, à travers une rétrospective comme celle qui vient d'ouvrir. Depuis le 10 juin, s'est ouverte à Séoul une grande rétrospective, au Seoul Arts Center, une exposition de 92 peintures à l'huile, prêtées par le Fonds de Dotation Bernard Buffet, que je dirige.

    Oui. Alors, c'était à la demande des Coréens aujourd'hui ? Oui, c'est une demande qui nous a été faite par l'organisateur coréen, qui souhaitait depuis déjà plus de deux ans, faire une exposition au Seoul Arts Center ; qui est un lieu avec de vastes espaces d'exposition, puisque nous avons dans ce bâtiment - qui regroupe à la fois des salles d'exposition, un opéra et différents musées - plus de 2,000m², consacrés à Bernard Buffet.

    Oui. Oui et parce que je le disais en présentation, il a été longtemps banni par la critique officielle en France. Et aujourd'hui - je veux dire -, c'est une consécration qu'offrent - finalement - les Asiatiques.

    Oui. Alors, il y a quand même eu la rétrospective au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, en 2016/2017 et cette fois-ci, ça se passe en Corée. Plus de 40 ans après l'ouverture du musée Bernard Buffet au Japon, cette fois-ci ce sont les Coréens, qui ont souhaité faire mieux connaître l’œuvre de Bernard Buffet, à un public très friand de culture ; et qui adore Bernard Buffet - de ce qu'on peut voir déjà, au bout de 15 jours d'ouverture -, on voit que les médias relaient cette exposition, que le public est très jeune - ou en tout cas, entre 20 et 35 ans -, ce qui est étonnant pour un artiste qui est mort il y a 20 ans.

    Oui, alors il est mort il y a presque 20 ans - on va célébrer, d'ailleurs, ce vingtième anniversaire au mois d'octobre prochain -, puisqu'il s'est suicidé en 1999, en s'étouffant avec un sac plastique - qui portait sa propre effigie -, parce qu'il ne pouvait plus peindre, atteint de la maladie de Parkinson. En fait, Bernard Buffet ne pouvait pas vivre sans peindre.

    Oui, il avait prévenu, il se savait atteint, depuis plusieurs années, de la maladie de Parkinson, il avait continué à peindre. Et au mois de juin 1999, il est tombé, il s'est cassé le poignet droit - il était droitier - et à partir de là, il n'a plus pu peindre. Et il avait prévenu son entourage - et notamment Maurice Garnier - qui était son marchand attitré et officiel depuis 1948 -, que le jour où il ne pourrait plus peindre, il ne voudrait plus vivre. Oui. Et donc le 4 octobre, il a choisi de mettre fin à sa vie. Effectivement, il a pris un sac en plastique signé Bernard Buffet - c'étaient les sacs de la galerie Maurice Garnier - et il s'est étouffé avec le sac.

    Oui, c'est une histoire incroyable, que celle de Bernard Buffet. Adulé après la guerre, considéré comme le concurrent direct de Picasso, adulé par Andy Warhol et tant d'autres, qui rencontre Pierre Bergé, une histoire d'amour avec Pierre Bergé et qui devient le peintre pratiquement le plus important de la France de cette époque.

    Oui, il était très précoce. Il est rentré aux Beaux-Arts à 15 ans sur dispense - puisqu'il était très jeune -, il a eu le prix de la Critique en 1948 - il avait à peine 20 ans - ex-æquo avec Bernard Lorjou. Et en 1950, il rencontre Pierre Bergé, ils vivent ensemble jusqu'en 1958 et en 1958, sa route croise la route d'Annabel Schwob de Lure, qui deviendra son épouse. Oui, donc ils forment un couple mythique de l'époque. Elle, qui côtoyait Juliette Gréco, Saint-Germain-des-Prés, qui devient donc la femme de ce peintre extrêmement populaire. Mais on voit, ses œuvres abordent des sujets parfois très difficiles, comme la mort, il peint, il représente tout ce qui l'entoure, avec son trait si particulier.

    Oui sa vie, c'était la peinture. Et dès le début, dès ses premiers tableaux, jusqu'à la fin de sa vie - sa dernière exposition s'appelait La Mort - et toute sa vie, il a représenté soit les objets du quotidien, soit ce qui l'entourait, soit des paysages, des personnages historiques, il a touché à tout, des sujets religieux et des villes, des architectures, les natures mortes évidemment. Et on voit ici toute la diversité des œuvres et des sujets abordés par Bernard Buffet. Dont - à un moment donné - on peut dire qu'il y a eu un divorce avec la critique - je le disais -, mais le grand public reconnaît Bernard Buffet. Alors le grand public reconnaît Bernard Buffet, parce que dès le début, dès ses premiers tableaux, il a son style, qui évoluera au fil du temps - et on va le voir avec des tableaux qui sont très simples et très dépouillés au début, jusqu'à des tableaux avec beaucoup plus de matière -, mais son style, il l'a dès le début. Sa signature a évolué avec le temps, mais la signature de Bernard Buffet - qui fait partie de son œuvre -, elle est là dès les premiers tableaux. Son style, son trait noir est là dès le début et en même temps, il s'est renouvelé constamment. C'est aussi pour cela que quand on voit des tableaux comme ça - où ce sont les clowns musiciens -, il a fait des clowns tout au long de sa vie, mais ces clowns-là, ce sont des clowns presque pop art. Et c'est je pense pour ça qu'Andy Warhol considérait que c'était le plus grand peintre français de sa génération.

    Voyez, regardez ça, c'est un des catalogues - et c'est impressionnant, quelque part - et c'est un écorché, c'est-à-dire il était écorché vif lui-même. C'était un homme très introverti, c'était le contraire d'un mondain, peut-être tel qu'on le voyait. Oui, il était assez timide. Il a - je pense - été traumatisé peut-être par la guerre, mais surtout par la perte de sa mère, quand il était jeune. Oui, sa mère qui meurt tout de suite après la guerre.

    Qui meurt tout de suite après la guerre et il était très proche de sa mère, donc il perd sa mère très rapidement. Et ensuite, il est - je pense aussi de nature - écorché et donc tout au long de sa vie, il aura cette tendance, cette fragilité - si on peut dire - d'écorché et en même temps, il s'exprimait entièrement dans ses tableaux. C'est-à-dire qu'il ne commentait jamais ses tableaux, pour lui son travail, c'était de faire les tableaux et il laissait chacun s'exprimer… Oui, il se cachait dans ses tableaux. …il se cachait derrière ses tableaux - tout à fait - et il laissait à chacun la possibilité d'y voir ce qu'il souhaitait voir. Oui, mais on peut voir ce qu'on veut, y compris derrière une peinture réaliste - quelque part - et en tous les cas, le contraire de l'abstrait qu'il détestait, la peinture abstraite. Oui, il avait fait le choix - après la guerre -, à un moment où l'abstraction était très en vogue, où quasiment tous les peintres sont passés à l'abstraction, il avait fait le choix lui, de rester figuratif et c'était plus… Oui, ce qui va lui valoir d'être - on l'a dit - honni, par une critique officielle.

    Oui, tout à fait. Je pense que ce n'était même pas un choix, c'était pour lui une évidence et il ne pouvait faire autre chose, que de rester figuratif. Et effectivement, la tendance a été à l'abstraction et il est resté à l'écart des voies officielles, pendant un certain temps, oui.

    Oui. Merci beaucoup, Céline Lévy. Il serait heureux aujourd'hui, de cette reconnaissance, même s'il donnait l'impression de s'en moquer de son vivant, il serait heureux.

    Oui, il serait certainement heureux - je ne peux évidemment pas parler à sa place -, mais je pense qu'il serait heureux. Parce que même s'il communiquait peu, il était sincèrement touché de l'amour qu'on lui portait ou en tout cas, de l'amour que l'on portait à ses œuvres.

    Oui. Et moi, pour avoir eu la chance de l'interviewer, le rencontrer, sa sincérité était frappante et son dévouement à la peinture absolument exceptionnel. Merci beaucoup, Céline Lévy, d'être venue aujourd'hui, sur le plateau de TV5 Monde. Je vous en prie, merci à vous.

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    00:08:19
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