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  • L'invité

    Céline Sciamma, Adèle Haenel, Noémie Merlant

    Invitées : Céline Sciamma, Adèle Haenel, Noémie Merlant.

    Céline Sciamma a reçu le Prix du scénario au 72e festival de Cannes pour son film « Portrait de la jeune fille en feu ». Un drame, porté par Adèle Haenel et Noémie Merlant, qui traite d'un amour impossible entre deux femmes au XVIIIe siècle.

    Présentation : Patrick Simonin. Émission enregistrée au festival de Cannes.


    Transcription

    "Votre mère est d'accord pour que vous sortiez seule demain ? Vous serez libre? 

    Être libre, c'est être seul. 

    Vous ne croyez pas? 

    Je vous dirai demain."

    "Portrait de la jeune fille en feu" en compétition pour la Palme d'or au Festival de Cannes, on a les marches tout à fait à côté. Bonjour Céline Sciamma réalisatrice, Adèle Haenel actrice et puis Noémie Merlant qui est dans ce film incandescent, romantique qui nous amène au XVIIIe siècle (...)

    "Votre mère est d'accord pour que vous sortiez seule demain ? Vous serez libre? 

    Être libre, c'est être seul. 

    Vous ne croyez pas? 

    Je vous dirai demain."

    "Portrait de la jeune fille en feu" en compétition pour la Palme d'or au Festival de Cannes, on a les marches tout à fait à côté. Bonjour Céline Sciamma réalisatrice, Adèle Haenel actrice et puis Noémie Merlant qui est dans ce film incandescent, romantique qui nous amène au XVIIIe siècle avec un portrait de femme. Céline Sciamma, c'est un cinéma qui nous plonge dans un univers inattendu.

    Inattendu ? Oui. Vous ne m'attendiez pas là ?  Non, pas forcément.  Eh bien, je suis ravie. Je suis ravie de vous avoir surprise. Oui. Je ne sais pas quoi dire sur ce truc d'inattendu ! Vous m'avez séchée.  Ce n’est pas grave, on coupera. 

    Non, mais je vois ce que vous voulez dire quand vous dites inattendu, c'est inhabituel, on va dire. Disons que c'est une histoire qui n'est pas souvent racontée et pas souvent racontée du point de vue des femmes. C'est peut être l'endroit où ça peut être surprenant. Après, moi j'ai l'impression d'être totalement sur mon terrain de jeu qui est un terrain de fiction globalement et que ce soit une fiction qui soit contemporaine ou au passé, ça reste une construction mentale, des décisions de mise en scène et surtout des choses à dire et à vivre. 

    Oui. Alors, si on peut raconter un peu l'histoire. Adèle interprète Héloïse, c'est une jeune fille qui sort du couvent. Vous voulez que je vous pitche le film, c'est ça ? Vous êtes très forte pour ça, Adèle. Alors, attention : Adèle va nous pitcher le film, première ! Mince, non, mais pour de vrai je vous pitche le film ? Oui, oui, mais alors très court. Scène de ce film. En deux mots. Tu te rajoutes du travail, toi ! Non, mais c'est parce que…. Bref, peu importe. Oh là, là, mince, je me souviens plus… Alors non, l'histoire c'est une jeune femme sort du couvent, rencontre une peintre qui est venue faire son portrait et c'est l'histoire de cette espèce de parenthèse de suspension entre un moment où on l'a empêchée de vivre et un autre où elle va se marier en fait, et c'est cette bulle de liberté-là. Voilà, ça parle de ce moment-là.  "Je vais aller à la messe. Vous voulez communier?  Je veux entendre de la musique.  L'orgue, c'est beau, mais c'est la musique des morts. C'est la seule que je connaisse. Vous n'avez jamais entendu un orchestre ?  Non." On dirait des peintures, c'est une image incroyable, ce film. Noémie, il y a ce personnage qui va peut être permettre à Héloïse de sortir de cette sorte de condition, de soumission quelque part. En fait, c'est vraiment un partage cette relation entre ces deux femmes. Héloïse va permettre à Marianne de se découvrir en tant que peintre aussi, de faire ce portrait, elle va réussir à faire ce portrait une fois qu'elle aura installé une relation, des regards entre elles deux. Et à la fois, le regard que je porte sur Héloïse lui permet aussi petit à petit de se laisser aller, de faire tomber le masque. Ça va dans les deux sens. Il y a vraiment un pied d'égalité entre elles deux. 

    Oui quelque chose comme ça qui va faire que ces personnages vont se transformer, découvrir aussi une relation amoureuse. Il y a ça aussi, Adèle, hein ? 

    Dans le film ? Oui, c'est vrai, enfin, ça parle d'amour dans un sens large et d'amour amoureux aussi c'est vrai. C'est une histoire d'art et d'amour mêlés et de réflexion, de vie, quoi. 

    Il y a beaucoup beaucoup de choses. Céline, y a il y a aussi le mari à qui elle est promise et il faut lui offrir ce portrait.

    C'est pour ça que le portrait libère, le portrait libère les esprits, mais le portrait les condamne. Elle collabore à ce qui les séparera éventuellement puisque le portrait est destiné à marier Héloïse. Donc c'est toute la tension parce que le film n'est pas théorique. J'ai essayé de construire un récit avec du secret, avec aussi une dynamique d'infiltration au départ. Elle l'observe, elle la peint sans qu'elle le sache. Donc c'est cette double dynamique là en réalité, ce qui nous libère c'est aussi ce qui peut nous séparer. Ce n'est pas si mal de se séparer de temps en temps par ailleurs.  Il y a une force romantique, il y a une force à travers les images. Finalement, c'est un hommage à l'art. C'est un hommage à la peinture parce qu'on se fabrique, on fait l'esquisse des personnages, les personnages se transforment. Il y a ça ? C'est un hommage aussi à l'art dans nos vies. Le fait de situer le film à ce moment -là, un endroit où l'art n'est pas aussi disponible que dans nos vies aujourd'hui où on peut écouter de la musique quand on veut dans le téléphone. Là, un livre c'est précieux, c'est rare. Écouter de la musique, entendre de la musique, il faut aller la chercher là où elle est. Et j'avais envie de plonger le spectateur dans ce même état de frustration, frustration amoureuse et puis frustration par rapport à l'art qui nous aide à vivre et parfois aussi nous console de ce qu'on a vécu.

    Ce que dit Céline, vous l'avez ressenti dans le film, c'est ça qui vous a donné envie de faire ce film, d'être dans ce film ?  Ce qui m'a donné envie de faire ce film, c'est beaucoup cette histoire de désir qui est lié à l'art, lié au fait de montrer aussi l'intimité de ces femmes qui sont promises à un destin, qui sont souvent enfermées dans des règles et en fait, on leur laisse un moment de liberté et elles le saisissent et elles en font quelque chose de merveilleux, de beau, ce qui est un hyper intéressant je trouve dans le film ; et moi (ce) qui me trouble et qui me marque énormément, c'est la résonance qu'il y a après. Dans le film, on est vraiment avec leur regard, leur respiration, leur souffle et leur échange évidemment sur l'art, mais aussi ensuite quand le temps passe, tout ce qui reste et l'amplitude que ça a au fur et à mesure des années. Et ça, je… voilà.

    Je suis d'accord. Le film est politique. Mais je dirais qu'il est d'autant plus politique qu'il ne l'est pas. C'est une sorte de… Pour moi le film nous parle de… C'est une sorte de déni du monde. On a reconstruit un monde clos sur une île où on n'est pas confronté en tout cas en l'espace de quelques jours, de quelques semaines. On n'est pas immédiatement confronté à l'ordre général du monde qui nous empêche. Cet ordre qui est dans le couvent, cet ordre qui est dans le mariage, etc. Et que c'est dans cette suspension-là, qui ne peut être qu'une suspension parce qu'on est ravalé par le monde après, c'est dans cette suspension qu'il y a de la vie et c'est en ça que le film est politique. Il n'est pas politique parce qu'il a un tract, ce n'est pas parce que c'est un tract, mais parce qu'il montre qu'en fait ce serait si simple, en fait, c'est si simple : il y a une force intérieure et que si cette force ne peut pas toujours éclore, n'est pas toujours possible, c'est parce qu'il y a une contrainte à l'extérieur. Voilà ce que je veux dire.

    C'est le film d'un amour possible. Pas d'un amour impossible.  Oui, voilà, c'est ça.  Merci beaucoup Noémie, Adèle, Céline. Ça s'appelle "Portrait de la jeune fille en feu". Merci infiniment d'avoir été nos invitées. Merci.

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    00:07:53
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