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  • L'invité

    Hermann

    Invité : Hermann, dessinateur et scénariste belge de bande dessinée.

    Il est le président du 44e Festival de la bande dessinée qui se déroule du 26 au 29 janvier à Angoulême.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bernard PRINCE, Jérémiah COMANCHE, "Les Tours de Bois-Maury", 110 albums, une légende de la Bande Dessinée. Bonjour Hermann.

    Bonjour.

    Vous êtes le président du 44e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême, Grand Prix de ce festival et un monstre sacré d'histoire de la B. D. Mais ça vous fait plaisir tous ces honneurs.

    Oui, oui et non. C'est-à-dire que je ne suis pas tellement naturellement porté par la recherche de l'honneur, ce n'est pas déplaisant, ma (...)

    Bernard PRINCE, Jérémiah COMANCHE, "Les Tours de Bois-Maury", 110 albums, une légende de la Bande Dessinée. Bonjour Hermann.

    Bonjour.

    Vous êtes le président du 44e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême, Grand Prix de ce festival et un monstre sacré d'histoire de la B. D. Mais ça vous fait plaisir tous ces honneurs.

    Oui, oui et non. C'est-à-dire que je ne suis pas tellement naturellement porté par la recherche de l'honneur, ce n'est pas déplaisant, mais enfin, bon, je n'ai pas les chevilles qui enflent.

    Mais quand je dis 110 albums.

    Oui, comme je travaille beaucoup, c'est un peu normal.

    Vous travaillez depuis toujours. Alors, on va raconter un peu votre parcours. Vous êtes né en Belgique.

    Oui, exactement.

    Oui, j’ai même la date, en 1938.

    Oui, tout à fait.

    Voilà, et puis un jour, c'est, je crois, votre frère qui fait une revue scout ?

    Non, non, non. D'abord j'ai quitté mon patelin d'origine dans les Ardennes pour vivre à Bruxelles. Là, j’ai suivi des cours de …, je suis devenu ébéniste, c'est mon seul diplôme. Et puis j'ai suivi également des cours d'architecture, donc j’ai trouvé un boulot, j’ai quitté très vite l'ébénisterie, du moins l'atelier dans lequel j'avais commencé, c'était carrément merdique. Donc, je suis entré en architecture, pendant pas mal d'années, et la décoration d'intérieur. Et puis j’ai migré au Canada, j’avais environ 19 ans, à 22 ans je suis rentré. Et là, j'ai recommencé de nouveau l'architecture et c'est lui qui allait devenir mon beau-frère parce qu'en revenant du Canada j'ai rencontré celle qui allait devenir ma femme.

    Ce n’est pas votre frère, c'est votre beau-frère.

    C’est mon beau-frère, et comme lui il était un peu dans… Il était illustrateur déjà pour les scouts de France par exemple, il avait des amis de ce côté-là, et puis alors il était responsable d'un petit magazine, de revue… Enfin, de magazine scout… Je ne sais pas pourquoi, il a eu envie de me faire un petit récit de bande dessinée et ce récit a été remarqué par Greg…

    Alors, un mot de Greg… Quand même, monstre sacré de l’histoire de la bande dessinée belge.

    Oui, oui. Enfin, monstre sacré, il est un des personnages très importants.

    Et créateur d'Achille Talon.

    Et a surtout donné un grand coup de pied dans la fourmilière et qui a porté du sang neuf, un conseil passé à un autre palier. La bande dessinée belge petit à petit devenait un peu plan-plan, voilà. Et Greg a secoué tout ça et a porté une véritable… Une espèce de perfusion, un sang tout à fait neuf qui a suscité la méfiance de la part des conservateurs et même aussi du patron des éditions du Lombard, mais comme ça s’était traduit par un succès immédiat, on ne s'est pas aventuré à vouloir le pousser sur le côté. Donc, au contraire, on l'a ouvert toutes les portes, et donc j’ai travaillé avec plaisir pendant un certain nombre d'années.

    Alors, ça vous plaisait bien ça quand même, que ça bouscule un petit peu la bande dessinée traditionnelle, un peu enfantine.

    Oui, mais… Avant que je fasse de la bande dessinée, j'avais déjà été séduit, et puis je ne connaissais pas Greg du tout, et j'ai été séduit par quelques pages d'Achille Talon, que je ne connaissais pas. Et figurez-vous que c'est ce bonhomme même, qui est responsable d'Achille Talon, qui me téléphone pour me demander de faire partie de son studio. C’est tout de même… J'ai quand même eu quelques… J’ai eu de la veine quand même, j'ai été aidé par le hasard.

    Vous créez Bernard Prince donc…

    Oui, pour commencer.

    … qui va être une série qui va avoir tout de suite beaucoup de succès.

    Qui a marché tout de suite.

    Oui.

    Alors, il y a eu Comanche quelque temps après. Là, c’est autre chose, en réalité, je ne sais pas si vous connaissez Pierre PELOT, qui est un écrivain français, et qui écrivait des petits romans westerns qui s'appelait "Dylan Stark". Et il avait envoyé du scénario à Greg pour commencer une série de western. Et je dois dire que Greg n’a pas été (inaudible) très, très élégant, et il m’a dit simplement : "Tu sais, j’ai reçu du scénario de western pour vous, mais ce n’est pas très bon", dit-il. "Mais moi je vais vous en faire du western". Donc, ça m'est resté toujours un peu à travers la gorge. Si ça se trouve, j'aurais voulu quand même… J’ai pensé trop tard à réclamer le scénario de Pierre PELOT, parce que je suis persuadé que ça m’aurait beaucoup plu aussi.

    Voici des "Comanche", vous en faites… Vous êtes… Vous travaillez beaucoup.

    Oui, j'en ai fait 10.

    C'est une bande dessinée réaliste avec des personnages, des marginaux, avec la nature qui vous pousse et puis un certain regard sur l'humanité. On dit, votre enfance marquée par la guerre…

    Oui, partiellement, jusqu'à l’âge de 7 ans, c’est vrai. J'ai vu la guerre, mais enfin, la maison n'a pas été bombardée, je n'ai eu personne de tué dans ma famille directement. Écoutez, là je pourrais quand même raconter (inaudible), mais enfin, je n’ai pas envie de passer par là, parce qu’il y a quand même, il y a eu une influence un peu nazie dans certains membres de la famille où j’étais et puis d'autres, hostiles à ceux-là. Donc, à la limite même, ma mère a été à 2 doigts d'être envoyée dans un camp de… Je dirais de vacances, parce que… Ma tante, étant plutôt promachin, et comme elle n'avait pas eu d’enfants, elle avait trouvé peut-être ce moyen-là pour se débarrasser de ma mère et s’emparer des gosses.

    Terrible, terrible.

    Oui, c'est une histoire de famille ça.

    Oui, mais ça, ça donne un certain regard sur l'humanité.

    Oui, mais j'étais trop jeune…

    On dit que vous êtes misanthrope au fond, c’est ça ?

    Il y a une partie chez moi. Je lis de plus en plus BUKOWSKI avec beaucoup d'affection.

    C'est quoi ? C’est un regard sur l'humanitaire, (inaudible).

    Qui s'aggrave avec le temps, mais ça ne m’empêche pas de rigoler, de jouir des choses de l'existence (inaudible). Mais peut-être aussi que je m'enferme énormément dans mon travail pour ne pas trop regarder au-delà du mur.

    Et alors, il va y avoir Jérémiah, des séries cultes. Mais vous ne vous enfermez jamais dans un genre.

    Mais parce que je trouve qu’il y a tellement de choses à faire. Mais ce n’est pas systématique, il se fait que ça arrive très naturellement, il n'y a pas de projets précis.

    Oui, vous passez du pirate au western, la science-fiction, récits politiques.

    Oui, mais le côté, les One shot, c'est des idées de mon fils, qui est mon scénariste. Et moi j’ai tendance à… Plus ça va, plus j’obéis à ses initiatives, c'est plutôt lui le patron de la maison.

    Là vous revenez. Là, c’est le western, avec votre nouvelle série "Duke".

    C'est lui qui a eu surtout l’idée, pas moi.

    Qu'est-ce qui fait une idée, qu’est-ce qui fait un récit de bande dessinée ? Qu'est-ce qui vous emporte Hermann ?

    D'abord, j'ai envie de faire un… Pour ce qui me concerne, pour le scénario par exemple, je vais à peu près dans une direction, mais à peu près, je n’ai rien de particulier, rien de concret. Ça commence par un caillou sur le chemin, c’est 2 fois rien. Bon eh bien, on l'observe de près… Je ne sais pas où je vais dans un scénario. Ça s’impose petit à petit. Professionnellement, je n'ai pas appris à faire du scénario, mais c'est à force de travailler avec Greg, j’en ai tiré quand même quelques enseignements. Greg était quand même un type qui savait découper, qui savait bien raconter ; à force de travailler avec lui, vous savez, on finit par acquérir une partie de ses penchants, dans le bon sens du terme.

    Oui, il y a une fascination pour les détails. On dit, alors, vous avez été sculpteur, on dit que vous sculptez une page quasiment. C'est ça un peu votre…

    Mais une page, c’est quelque chose qui doit se concevoir dans la totalité. Il doit avoir une sorte d'harmonie. C’est parce qu’il y a des gens qui pensent que peut-être sur une tablette on peut lire une bande dessinée et case après case. Ce n’est pas vrai. Parce que quand vous lisez une partie de… Vous êtes comme influencé par toute la page. Donc, on ne peut pas les séparer, les cases, on ne peut pas les séparer les unes des autres. Vous savez, comme je vous dis, j'ai fait de l'architecture, il y a chez moi un concept architectural de la page. Mais inconsciemment, ça vient naturellement. Mon œil enregistre et mon petit cerveau travaille. Je n'y pense pas. Mais physiquement, je sens qu’il y a quelque chose… Je ne peux pas faire n'importe quoi… Les cases se tiennent plus ou moins.

    Merci beaucoup Hermann. Grand Prix de la Bande Dessinée du Festival de l’Angoulême, le 44e du nom. Et coup de chapeau à une œuvre exceptionnelle.

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    00:08:18
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