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  • L'invité

    Nicole Fontaine

    Invitée : Nicole Fontaine, ancienne présidente du Parlement européen.

    Avec la rencontre May/Trump sur fond de Brexit et de défiance américaine face au Vieux Continent, l'Europe est au pied du mur et l'ancienne présidente du Parlement européen lance un cri d'alarme.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Nicole FONTAINE.

    Bonjour.

    Vous êtes ancienne présidente du Parlement européen, vous aviez publié "Le Brexit : une chance pour l'Europe ?" Alors, ça y est, le projet de loi sur le déclenchement du Brexit vient d’être publié en Grande-Bretagne. Vous dites ça y est, en fait c’est une chance pour nous ?

    Oui, alors tout d'abord, "une chance ?", et surtout "une chance : repenser l'Europe". Alors, vous me permettrez peut-être Patrick SIMONIN, pour plant (...)

    Bonjour Nicole FONTAINE.

    Bonjour.

    Vous êtes ancienne présidente du Parlement européen, vous aviez publié "Le Brexit : une chance pour l'Europe ?" Alors, ça y est, le projet de loi sur le déclenchement du Brexit vient d’être publié en Grande-Bretagne. Vous dites ça y est, en fait c’est une chance pour nous ?

    Oui, alors tout d'abord, "une chance ?", et surtout "une chance : repenser l'Europe". Alors, vous me permettrez peut-être Patrick SIMONIN, pour planter le décor, de rappeler que quelques mois avant le Brexit, nombreux étaient ceux qui dans les milieux politiques, dans les milieux médiatiques et même dans les milieux économiques prédisaient la mort de l’Europe. Et c'est vrai qu’elle était très mal en point, et d’ailleurs dans ce livre…

    Elle est toujours extrêmement mal en point aujourd'hui.

    Absolument. Alors, aujourd’hui je constate que la donne est en train de changer. Non pas que l'Europe ait réussi à trouver les remèdes pour corriger les maux dont elle souffre, mais parce que de plus en plus on a conscience que l’Europe est une nécessité pour affronter les dangers. Une nécessité pour faire face aux dangers qui nous menacent. Et il y a notamment 2 dangers, c’est la mise en œuvre du Brexit, moi j'ai toujours pensé que ça se ferait. Ceux qui disaient : "non, finalement ils ne partiront pas…"

    Ça va être très long malgré tout.

    Oui, justement, ça va être très long et avec une partenaire qui est absolument redoutable, madame MAY, dans son fameux discours à Lancaster House. Qu'est-ce qu'elle a dit ? Elle a dit ce qu’elle ne voulait pas. Elle ne veut pas d’un accord de libre-échange à la norvégienne ou à la suisse. Elle ne veut pas de contributions financières, elle ne veut aucun libre accès des Européens à son territoire.

    Elle menace même de faire un paradis fiscal en Grande-Bretagne.

    Absolument. Et ce qu’elle cherche à obtenir de nous, c'est des phases de transition pour lui permettre pendant ce temps-là de négocier des accords de libre-échange, qui avec les États-Unis, …

    C'est ce qu’elle va faire puisqu’elle rencontre Donald TRUMP, pour négocier cet accord de libre échange dans les prochaines heures.

    Tout à fait, mais elle sait parfaitement que ça va prendre beaucoup de temps. Et moi je peux vous dire que Ivan ROGERS, l'ambassadeur qui a démissionné, l’ambassadeur de Grande-Bretagne auprès de l’Union européenne, lui avait écrit une note confidentielle en décembre dernier en lui disant : "Attention ! Vous allez dans le mur parce que ces accords dont vous vous gargarisez, ils vont mettre des années et des années avant de pouvoir être conclus". Et donc, l'Union européenne est obligée de s'unir et de prendre les dispositions…

    Oui, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. On voit par exemple, il va y avoir une réunion de l'Union européenne pour les pays du sud, sur la manière de traiter les réfugiés. On voit bien qu'il n’y a pas d’accords sur des thèmes fondamentaux.

    C’est vrai qu'aujourd’hui nous sommes très désunis. Vraiment, je vais vous dire Patrick SIMONIN, hier j'étais invitée au Sénat parce que c’est une très bonne initiative, le Sénat a constitué une commission de suivi du Brexit. 20 sénateurs qui vont… Ils avaient souhaité m'auditionner. Je leur ai dit que je pensais qu’il fallait absolument que les citoyens soient associés à cette entreprise et je leur ai fait une suggestion. Je leur ai dit, parce qu’on ne peut pas laisser la commission seule au fourneau. Ce serait extrêmement déraisonnable, on a vu ce que ça a donné pour le TIPP, le fameux traité transatlantique. Il faut que les citoyens soient associés à travers leurs Parlements nationaux et bien évidemment, le Parlement européen. Et vous savez, lorsque nous avons élaboré la charte des droits fondamentaux, on a créé une structure tout à fait nouvelle, une convention avec des parlementaires nationaux, des parlementaires européens, des représentants bien sûr de la Commission et du Conseil. Et tout cela, à l'écoute très fortement de la société civile. Ça a été une grande réussite.

    C’est une participation, vous dites aujourd’hui, il faut que les citoyens soient associés à ce moment déterminant ?

    Et qu'ils disent ce qu'ils veulent.

    Mais de quelle manière peuvent-ils s’exprimer aujourd’hui ?

    Autrement dit, que les peuples s’expriment et que les dirigeants écoutent les peuples parce que dans ces sommets européens, je sais bien comment ça se passe. Aujourd'hui, malheureusement il n’y a plus de possibilités d'efficacité. Alors, ce que l’on constate quand même, c’est beaucoup de progrès. Parlons de TRUMP, si vous voulez bien.

    Oui, parce que TRUMP a eu des mots extrêmement durs pour l’Europe. Il ferme son pays à un certain nombre de pays musulmans, il déclare par ailleurs, alors, est-ce que vous êtes d’accord? Il dit, je le cite : "Le monde d’aujourd’hui est un foutoir". C’est ça la vision de TRUMP.

    Oui, je pense que… Bon, au-delà du personnage qui est assez, quand même, répulsif. Mais laissons cela. Monsieur TRUMP est très inquiétant, ses propositions sont très inquiétantes. Elles nous lancent un double défi. Un défi économique parce qu'avec la politique de relance des investissements et la politique de baisse des impôts, on a un risque d’augmentation de l'inflation et un risque d’augmentation des taux d’intérêt. Et donc, encore une fois, le risque d’une dette qui gonfle et d'un déficit. Et ça, on doit en être bien conscient, ce sont des dangers que nous ne pouvons maîtriser qu'au sol. Et puis, il y a le danger géopolitique. Alors, que monsieur TRUMP ne nous dise pas qu’il va faire un nouvel ordre mondial géopolitique. En réalité, il va faire un nouveau désordre mondial. Et dans ce contexte, je crois sincèrement que nous avons une responsabilité historique. Lorsque l'on entend les menaces sur l'OTAN, la réponse, la seule réponse et d’ailleurs on commence à l’entendre, c'est : "Créons une Europe de la défense. "

    C’est ce que proposent certains candidats en France ?

    Absolument, mais aujourd'hui c’est une idée qui fait son chemin. Madame MERCKEL en est parfaitement convaincue, elle n'est pas la seule dans ce domaine. Nous devons impérativement avoir une politique extérieure commune que nous n'avons jamais eue jusqu'à présent. Mais attendez, est-ce qu'on va laisser les États-Unis, la Russie et l'Iran réglementer le monde et donner leur…

    Oui, mais l’Europe, on le disait, est à la fois divisée, mais très affaiblie. Il y a un certain nombre d’élections attendues, on disait en France, en Allemagne. Et puis la montée du populisme, il y a un certain nombre de dangers qui menacent l’Europe.

    Il y a tout cela, mais aujourd'hui, nous n’avons plus le choix. Tout à l’heure vous me disiez : "Est-ce que Donald TRUMP est une chance pour l'Europe?" Je crois que ce n’est pas seulement une chance, c’est une nécessité de repenser l'Europe. Et maintenant vous entendez, tout le monde dit cela. Alors, ce n’est pas parce que tout le monde dit cela que ça va se faire. Bien sûr, mais je pense aussi à quelque chose de très important. C’est revoir la politique à l’égard de nos amis des autres continents en anticipant. L'Union européenne n’a jamais su anticiper. On n’a pas anticipé ce qui allait se passer au Proche-Orient, au Moyen-Orient. On a eu, lorsque la Grande-Bretagne a soutenu la malencontreuse initiative de Georges BUSH, ne ratons pas les rendez-vous de l’avenir. Et je pense notamment au continent africain. Le rendez-vous avec l’Afrique. Je souhaite qu'on ne le manque pas. Alors, vous allez me dire : "Mais vous avez des structures. Il y a une Assemblée, …"

    Il y a tout finalement qui est en place. Qu'est-ce que l’Europe attend aujourd’hui finalement ? L’Europe ne se fait ni désirer ni aimer.

    Oui, je le sais, elle a déçu. Elle a déçu, c'est vrai. C'est vrai, et lorsque je parle, et ça m’arrive très fréquemment, avec nos amis du Maroc ou de Tunisie, ils constatent que l'Europe n'a pas été à la mesure de leurs attentes et n’a pas su leur apporter un concours au moment où il aurait fallu, par manque d’anticipation. Je crois que nous avons vraiment une chance historique, non seulement de relancer l’Europe, mais de répondre aux attentes de nos amis des autres continents, des autres pays.

    Merci beaucoup Nicole FONTAINE.

    Merci à vous.

    Je rappelle, ce livre qui est publié à Auteurs du Monde, avec François POULET-MATHIS : Une chance ? Le Brexit, repenser l’Europe. Merci d'avoir été notre invitée aujourd’hui Nicole FONTAINE.

    Merci à vous.

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