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  • L'invité

    Barbara Lefebvre

    Invitée : Barbara Lefebvre, ancienne professeure d'histoire-géographie française.

    Quinze ans après son livre collectif "Les territoires perdus de la République", Barbara Lefebvre publie "La France soumise", sous la direction de l'historien Georges Bensoussan et avec une préface d'Élisabeth Badinter.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Barbara LEFEBVRE,

    vous êtes enseignante et coauteur avec Georges BENSOUSSAN

    d'"Une France soumise" publié chez Albin Michel,

    c'est un livre qui fait l'inventaire de cette France

    que vous dites soumise notamment à l'islam politique, que vous dénoncez.

    Georges BENSOUSSAN est historien auprès du mémorial de la Shoah,

    et à ses côtés, vous avez recueilli un certain nombre de témoignages.

    Qu'est-c (...)

    Bonjour Barbara LEFEBVRE,

    vous êtes enseignante et coauteur avec Georges BENSOUSSAN

    d'"Une France soumise" publié chez Albin Michel,

    c'est un livre qui fait l'inventaire de cette France

    que vous dites soumise notamment à l'islam politique, que vous dénoncez.

    Georges BENSOUSSAN est historien auprès du mémorial de la Shoah,

    et à ses côtés, vous avez recueilli un certain nombre de témoignages.

    Qu'est-ce que vous dites aujourd'hui ?

    Vous dites aujourd'hui cette France-là a abdiqué ?

    Oui, et comme l'article défini le montre,

    nous ne disons pas que c'est la France qui est soumise,

    mais il y a une partie effectivement de la France,

    certains territoires qui sont effectivement perdus,

    on le disait déjà il y a 15 ans avec les territoires perdus de la République.

    Là on a voulu étendre un petit peu le spectre de notre enquête

    qui ne se veut pas sociologique,

    mais qui est une enquête faite de témoignages de ces acteurs de terrain,

    et qui nous disent que la situation s'est considérablement aggravée

    et qu'il y a aujourd'hui effectivement, une pression de l'islam politique,

    nous ne parlons pas de l'islam en soi,

    l'islam est une religion qui a sa place en France comme toutes les religions,

    et surtout aussi comme ceux qui n'ont pas de religion ont aussi leur place en France,

    mais il y a un islam politique extrêmement actif

    depuis plus de deux décennies dans ce pays,

    et qui a lentement fait un travail de terrain

    qui lui a permis de conquérir un grand nombre de populations,

    et d'exercer une pression sur ceux qui sont encore insoumis

    à leur vision de l'islam radical.

    Parce que là, effectivement, c'est une religion,

    on a le droit de pratiquer une religion, quel que soit finalement le territoire,

    même si cette religion-là est majoritaire dans certains endroits du territoire.

    En quoi ça pose un problème ?

    Ce qui pose un problème c'est la vision politique,

    l'enjeu politique, théocratique de la pratique de cet islam radical,

    ce n'est pas l'islam en soi qui est peut-être vécu

    comme le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme,

    je dirais quasiment dans le secret de votre cœur,

    et d'une façon tout à fait intime et personnelle,

    là, on a une religion qui au contraire est une religion spectacle,

    une religion qui prône l'ostentation permanente,

    et justement, cette pression sur le terrain dans certains quartiers

    s'exerce au contact justement de ces populations,

    et en particulier la pression sur les femmes

    qui progressivement, on le voit, se voilent dans les quartiers,

    pour certaines pas tellement par conviction,

    mais plus parce que ça devient un habitus,

    un code culturel qui s'est imposé dans ces quartiers,

    et qui s'est imposé tout doucement.

    Et en particulier aussi, il y a une soumission de la part de certains élus locaux

    qui ont préféré sous-traiter la paix sociale dans ces quartiers

    en particulier après les émeutes de 2005,

    et on a finalement accepté de céder une partie du territoire

    à une certaine partie de la population française,

    qu'on a peut-être pas considéré avec assez d'égard,

    qu'on a peut-être même pas considéré vraiment comme des Français,

    qui ne méritait pas la loi de 1905,

    qui ne méritait pas l'attention de la République,

    et finalement les a jetés dans les bras des islamistes

    qui aujourd'hui, parfois sous couvert de discours soi-disant modérés,

    en réalité prônent un islam politique avec un projet qui finalement…

    Vous ne confondez pas une pratique religieuse,

    voire même un islam politique, avec le djihadisme ?

    L'islam politique est le soubassement théorique du passage à l'acte djihadiste.

    La plupart des acteurs du terrorisme aujourd'hui

    que nous avons pu connaître en France,

    ont commencé dans la petite délinquance, sont passés par la case prison,

    s'y sont radicalisés tout d'abord en ayant une pratique rigoriste de leur religion

    qui est après tout leur choix,

    et puis de cette pratique rigoriste ils en sont passés à des appels à la haine,

    à des envies de tuer du kouffar à tous les coins de rue,

    et finalement, un passage à l'acte

    avec un rattachement souvent même sans contact direct avec l'Etat Islamique,

    donc oui, il y a bien une continuité,

    et d'ailleurs, les Frères Musulmans, lorsqu'ils ont été fondés en 1923,

    avaient véritablement une ambition politique et djihadiste,

    donc le djihadisme n'a pas rien à voir avec l'islam politique,

    il a tout à voir avec l'islam politique.

    Alors je vous cite, je vais vous demander si vous n'allez pas trop loin,

    vous dites "combattre le djihadisme,

    vouloir le combattre, sans abattre l'islam politique",

    vous dites "c'est comme vouloir combattre la SS sans abattre le troisième Reich".

    Est-ce que vous n'allez pas trop loin ?

    Moi, je considère que non, on est dans une certaine parole de vérité.

    Il y a aujourd'hui un projet totalitaire qui s'exprime dans le monde

    avec une volonté exterminatrice, une volonté hégémonique,

    il s'agit d'abord effectivement,

    de s'attaquer aux esprits et aux corps de nos concitoyens

    qui sont de culture musulmane,

    mais qui n'ont peut-être pas forcément envie d'adhérer à cet islam politique.

    Et ensuite, cet islam politique a des dérives qui sont mortifères pour la République,

    mortifères pour la démocratie, et ne pas le condamner,

    vouloir s'aveugler sur des questions socio-économiques

    ou des questions de post colonialisme ou je ne sais quoi,

    c'est complètement s'aveugler sur les 20 ou 30 prochaines années.

    Et on nous a assez dit à l'époque des territoires perdus de la République

    "hors, comment voyez-vous l'avenir ?".

    On disait qu'on voyait les choses d'une façon extrêmement pessimiste.

    On est 15 ans après "Les territoires perdus de la République",

    je crois que si aujourd'hui il n'y a pas une réaction collective dans ces quartiers,

    il y en a, il y a des gens… les associations de quartier laïques…

    Oui mais votre discours est récupéré, peut être récupéré,

    notamment par l'extrême droite, le Front National.

    Alors l'argument habituel, vous faites le jeu de…,

    ça fait 20 ans qu'on l'entend,

    je crois que ça ne marchera absolument plus aujourd'hui.

    Ce n'est pas parce que Madame LE PEN s'est permise de récupérer

    le principe de laïcité,

    qu'on va décider de ne plus être laïc, déjà premièrement.

    Donc Madame LE PEN n'a absolument aucune solution au problème qu'elle soulève.

    Après, elle soulève un certain nombre de problèmes.

    Soulever le problème de l'islam politique,

    ça n'est absolument pas une prérogative de Madame LE PEN,

    et ça n'est absolument pas faire son jeu parce qu'au contraire, nous,

    nous sommes pour une vision républicaine,

    universaliste et laïque de la République,

    et nous voulons justement, ne plus abandonner ces populations

    entre les mains des boutiquiers de l'islam politique,

    que ce soit l'UOIF, le CCIF ou les indigènes de la République.

    Nous voulons au contraire, pouvoir retisser un vrai lien républicain, laïc et humaniste

    avec ces jeunes qui sont d'abord des Français,

    avec toutes ces populations qui d'ailleurs sont en France,

    y sont bien puisqu’elles y demeurent, et qu'elles y font des enfants,

    et que visiblement, elles ont envie d'y rester.

    Une préface de Elisabeth BADINTER qui accompagne ce livre.

    Elle a été taxée, comme vous pouvez l'être aussi, d'islamophobie.

    On vous sert ce mot, et vous dites "c'est une manipulation".

    Oui, le concept d'islamophobie est pour nous une imposture,

    c'est un concept d'ailleurs, qui a été inventé par l'OCI,

    l'Organisation islamique mondiale saoudienne,

    et donc pour nous, c'est vraiment quelque chose

    qui sert aujourd'hui à impressionner l'adversaire, à le taxer de raciste

    dès qu'il émet une critique,

    non pas une critique sur l'islam mais une critique sur l'islam politique,

    sur la dimension politique de l'islam.

    Pour nous, nous ne sommes absolument pas impressionnés

    par cette accusation d'islamophobie, car pour nous déjà elle n'a pas de sens,

    et en l'occurrence, en ce qui nous concerne,

    nous serions heureux qu'on nous démontre que nous avons eu chacun d'entre nous,

    dans notre arrière ou dans nos écrits, des propos qui soient à caractère raciste,

    et on continuera, nous, de défendre notre livre

    parce que nous savons que nous servons d'abord ce qu'on appelle le vivre ensemble,

    enfin nous, on essaye surtout de servir le être ensemble,

    et pour essayer enfin de faire nation dans toute sa diversité,

    et dans le respect justement des valeurs de la République.

    Merci beaucoup. Ce livre s'appelle donc Une France soumise et donc publié chez Albin Michel. Merci d'avoir été notre invitée.

    Merci.

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