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  • L'invité

    Cécile Pivot, Bernard Pivot

    Invités : Cécile Pivot, Bernard Pivot, auteurs de "Lire !"

    Bernard Pivot, président de l'Académie Goncourt, et sa fille Cécile nous entraînent dans un dialogue passionnant entre un lecteur professionnel et une lectrice amatrice. Il en résulte "Lire !".

    Présentation : Patrick Simonin

    Transcription

    Je vous présente Bernard Pivot, lecteur professionnel, et à ses côtés Cécile Pivot, lectrice amateur. Les deux sont rassemblés, quel bonheur Bernard Pivot de vous recevoir, président de l'Académie Goncourt et auteur d'un livre avec votre fille Cécile, c'est une première. L'échange de l'amour pour les livres, de l'amour pour la littérature que vous partagez tous les deux, Bernard.

    Ce n'est pas une découverte. Je sais qu'elle lit depuis très longtemps, mais ce livre est une sorte de (...)

    Je vous présente Bernard Pivot, lecteur professionnel, et à ses côtés Cécile Pivot, lectrice amateur. Les deux sont rassemblés, quel bonheur Bernard Pivot de vous recevoir, président de l'Académie Goncourt et auteur d'un livre avec votre fille Cécile, c'est une première. L'échange de l'amour pour les livres, de l'amour pour la littérature que vous partagez tous les deux, Bernard.

    Ce n'est pas une découverte. Je sais qu'elle lit depuis très longtemps, mais ce livre est une sorte de plaisir familial, et en même temps c'est une invitation aux gens de lire, de les inciter à lire à travers l'exemple d'une amateur et d'un professionnel, mais l'amateur ayant beaucoup plus de mérite que le professionnel, ça va de soi.

    L'amateur a grandi dans un milieu professionnel avec les livres de Bernard qui s'empilaient du temps d'Apostrophes, vous avez connu tout ça Cécile, les odeurs du papier.

    Les odeurs du papier, absolument, les étagères qui s'écroulaient dans l'appartement, les livres omniprésents, dedans comme dehors puisque dès qu'on sortait de la maison, on entendait parler de Bernard Pivot. On a grandi avec les livres, vraiment.

    C'est ce qui est extraordinaire, avec la concierge en bas qui montait les paquets. Bernard ne voulait pas qu'on ouvre les paquets de livres avant.

    Je n'ai laissé aucune secrétaire et aucune de mes filles le soin d'ouvrir les paquets de livres. C'est un grand plaisir d'ouvrir le paquet, un petit paquet ou un énorme, et de découvrir l'oeuvre que l'éditeur vous propose, lire le quatrième de couverture. Déjà, le livre est votre possession. Vous pouvez le lire tout de suite ou remettre sa lecture à plus tard ou bien le négliger totalement, peu importe, mais cette découverte du livre est un des plaisirs essentiels pour moi de la lecture.

    On voit une photo par exemple, parce qu'il y a beaucoup de photos dans ce livre. On va dire que c'est une photo de Robert Doisneau. C'est Bernard Pivot avec ses livres, envahit par les livres.

    Il n'y a aucune composition, c'était comme ça. Doisneau n'a pas dit, on va mettre des livres, pas du tout, on l'a fait comme ça.

    Les livres, vous les touchez, c'est charnel. Bernard les classe par ordre alphabétique, vous, Cécile, c'est plutôt en fonction des éditeurs. Cécile, vous dites qu'un livre, ça se respecte, on ne peut pas l'abîmer.

    Je ne suis pas maniaque non plus avec mes livres, je les abîme mes livres, mais je n'aime pas qu'on les écartèle par exemple. J'ai un compagnon qui souvent oublie de mettre un marque-page et les écarte, alors ça, j'ai beaucoup de mal, mais je ne suis pas non plus totalement maniaque avec mes livres. Il y a des tâches. Ils peuvent être cornés. J'ai un rapport très charnel, très sensuel avec les livres. J'aime aller en librairie pour ça aussi, pour les toucher, pour les feuilleter. Pour moi, c'est vraiment un compagnon objet. Je trouve que c'est le plus bel objet de décoration qui soit dans une bibliothèque.

    Je leur porte le plus grand respect puisque j'écris dessus.

    Il prend des notes, Bernard.

    Je prends des notes, des traits dans la marge, des "Oh ! Ah !". À la fin du livre, je prends des notes sur les faits importants du roman, le caractère des personnages, du temps d'Apostrophes des questions que je poserai à mon invité… Etc. Respecter les livres, c'est s'en servir pour son plaisir, pour son meilleur usage.

    Vous dites Bernard, on ouvre un livre comme une boîte de bonbons et on le referme comme une boîte aux trésors. C'est magnifique ça.

    C'est un slogan : "Offrez des livres, ils s'ouvrent comme des boîtes de chocolats et ils se referment comme des coffres à bijoux. " C'est vrai. C'est l'un des plus beaux éloges du livre qu'on peut faire. C'est pour ça que ce livre, d'une certaine manière, on l'ouvre aussi comme une boîte de chocolats, le nôtre. Et on aime les chocolats tous les deux.

    Il y a toutes les photos qui défilent, où on voit des gens qui lisent.

    On s'est aperçu en choisissant avec les gens des éditions Flammarion les illustrations, à quel point les lecteurs et le livre sont photogéniques. Les lecteurs, les photos qu'on voit ou les tableaux, il y a toujours quelque chose de mystérieux à voir, des gens plongés dans un livre, ils sont dans un monde à part. Donc c'est toujours très beau. De même que les tableaux de bibliothèque, c'est magnifique aussi. C'est très, très beau.

    Vous en parlez, que lire peut rendre heureux. Mais Bernard dit : "Quand je suis heureux, je ne peux pas lire. "

    Je ne peux pas lire parce que le bonheur vous envahit tellement, le bonheur est impatient. Là, je ne peux pas lire. En revanche, si j'ai du chagrin, le livre va me couper de ce chagrin-là, va me retirer du monde qui n'est pas très sympathique à mon égard à ce moment-là, et m'envoyer vers des malheurs beaucoup plus importants que les miens. Quand vous lisez des romans où c'est terrible, vous lisez Anna Karénine, la malheureuse qui va disparaître sous un train, c'est plus grave que le petit chagrin que je viens d'avoir.

    Vous dites qu'une bibliothèque, c'est un peu comme une autobiographie personnelle. C'est ça au fond ?

    Ça en dit beaucoup de vous. Ça en dit énormément. Quelqu'un qui ne vous connaît pas, qui arrive chez vous et qui regarde votre bibliothèque, il va quand même savoir déjà si vous lisez ou pas, ça en dit beaucoup d'une personne.

    J'ai toujours refusé aux journalistes de venir piocher dans ma bibliothèque. "On va aller dans votre bibliothèque, on va regarder ce qu'il y a. " Je leur dis : "Je vous l'interdis. " Vous voulez demander aussi ma garde-robe, voir aussi mes slips, mon maillot de corps, mes chemises ? Mais attendez, c'est incroyable.

    C'est une vraie carte d'identité.

    Cécile dit d'ailleurs que dans un couple, il faudrait avoir la garde partagée de la bibliothèque. Ça, c'est un motif.

    Absolument. Quand on n'est pas d'accord sur le rangement de la bibliothèque, il faut arriver à négocier, tout à fait.

    Je vais citer Bernard dans ce livre, c'est extraordinaire. Il dit : "Lire, c'est prendre Voltaire comme professeur, Proust comme oncle, Vialatte comme Tonton Deschamps. C'est prendre Duras comme cousine, La Fontaine et Vincenot comme garde-chasse". Vincenot, vous l'avez bien connu, Bernard. La Fontaine, moins, même si ça a été votre premier livre.

    La Fontaine, je le connais très, très bien. Non, je suis aussi ami avec La Fontaine qu'avec Vincenot. Je le connais très bien.

    Prendre Louise Labé comme amante.

    Dans un précédent livre, j'ai raconté que Louise Labé avait été mon amante alors que je faisais Apostrophes et que je l'interrogeais pour Apostrophes, mais à l'insu des gens.

    C'est ce fameux texte "Baise mon corps".

    Ce que vous citez-là, comme ça c'est rigolo, mais ce que je veux dire par là, c'est que les gens dont vous aimez les livres deviennent vos amis. Vous les enrôlez chez vous. Ils entrent dans votre famille. Ils entrent dans votre cercle d'initiés, dans votre cercle d'amis, donc tous ces gens, La Fontaine est mon copain depuis bien longtemps, depuis ma jeunesse.

    Vous partiriez avec quel livre, Cécile, sur une île déserte ? Vous choisiriez quel livre de votre bibliothèque ?

    Je choisirais… Je change, je n'ai pas un livre comme ça.

    Non, mais il y a plusieurs îles désertes.

    Je choisirais Philippe Roth dans La pléiade.

    Et vous Bernard ?

    Ou un dictionnaire ou le livre de Bocuse sur la cuisine.

    Un livre sur la cuisine.

    De toutes façons, ce sont deux livres qui vous font saliver. Les mots vous font saliver et les recettes vous font saliver. Finalement, j'emporterai les deux.

    J'emporterai peut-être celui-là. C'est Lire, Bernard et Cécile pivot, publié chez Flammarion. C'est formidable, ça vous donne envie de lire et c'est jubilatoire. On était très heureux de vous recevoir tous les deux, merci.

    Merci.

    Merci.

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