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  • L'invité

    Abdelaziz Alaoui

    Invité : Abdelaziz Alaoui.

    Alors que la France rend hommage au lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, une autre victime du terrorisme, la photographe franco-marocaine Leila Alaoui, est l'objet d'un livre témoignage très émouvant écrit par son père Abdelaziz Alaoui.

    Présentation : Patrick Simonin.



    Transcription

    La France fête son héros. Il y a aussi une héroïne et on pense beaucoup à elle, bonjour Abdelaziz Allaoui. Vous publiez aujourd'hui un témoignage incroyable. Il s'appelle Off to Ouaga pour parler de votre fille Leïla Allaoui qui nous a quittés après un attentat qui avait eu lieu le 18 janvier 2016 à Ouagadougou. Vous écrivez ce livre aujourd'hui, pourquoi ?

    Merci de m'avoir invité. Excusez l'émotion qui prend le dessus. Ce livre, comme son nom l'indique, c'est l'histoire d'un deuil (...)

    La France fête son héros. Il y a aussi une héroïne et on pense beaucoup à elle, bonjour Abdelaziz Allaoui. Vous publiez aujourd'hui un témoignage incroyable. Il s'appelle Off to Ouaga pour parler de votre fille Leïla Allaoui qui nous a quittés après un attentat qui avait eu lieu le 18 janvier 2016 à Ouagadougou. Vous écrivez ce livre aujourd'hui, pourquoi ?

    Merci de m'avoir invité. Excusez l'émotion qui prend le dessus. Ce livre, comme son nom l'indique, c'est l'histoire d'un deuil impossible.

    C'est comme ça que vous l'avez intitulé, mais vous avez eu tout de même envie de l'écrire, envie de raconter.

    Oui, parce que beaucoup de gens me posaient la même question. Beaucoup de gens voulaient savoir. Donc c'est resté imprimé dans ma tête. Vous savez, je ne suis pas écrivain, mais je suis un conteur, c'est dans ma tradition. Donc j'ai raconté ce qui nous est arrivé. Le récit démarre dès la minute, dès la seconde même où on a reçu par message, en Whatsapp "Appelez Monsieur X pour me sauver, je viens de faire l'objet d'un attentat".

    Leïla était avec Amnesty International à Ouagadougou pour faire des photos de femmes pour quelques jours. Elle rentrait de ses photos le soir. Elle est prise pour cible par des terroristes devant le café Cappucinno. Un homme à moto vient lui porter secours, un jeune Burkinabé qui passe.

    Tout à fait. Nous lui serons à jamais reconnaissant. C'est grâce à lui, si on peut dire, qu'elle a eu une mort au moins décente. Autrement, elle serait laissée sur le trottoir. Comme c'était le chaos total, elle aurait perdu tout son sang et serait morte comme un animal devant cet hôtel. Elle a eu la force d'ailleurs de monter avec lui à moto. Elle a eu le réflexe de nous appeler, de nous tranquilliser "Ne vous en faites pas, je suis légèrement blessée, mais appelez, téléphonez à ce numéro. " Elle nous a envoyé le numéro, to help me.

    Ce chauffeur qui la conduisait meurt.

    Il était dans la voiture. La voiture a flambé, il était totalement calciné. Elle, on l'a transportée. De là, c'est toute une histoire. On l'achemine vers l'aéroport parce qu'il y a un dispensaire, ensuite on l'achemine vers un hôpital, et finalement, elle atterrit dans la clinique de la Paix. Elle a une opération qui dure six heures, et le lendemain il y avait un volet d'espoir. On nous disait que les nouvelles étaient bonnes, que son urine était moins dense, donc les reins fonctionnaient, des indices médicaux comme ça. Et elle ne s'en est pas sortie.

    Vous apprenez évidemment que le coeur de Leïla cesse de battre définitivement. Vous racontez dans ce livre, des pages extraordinairement émouvantes, comment vous devez vous battre à ce moment-là, administrativement, le rapatriement du corps de Leïla à Marrakech.

    Nous avons dépêché Souleymane tout de suite pour essayer de…

    Souleymane, c'est votre fils.

    Souleymane, mon fils. Je voulais y aller, mais ma femme a pensé qu'à son réveil de l'opération, elle serait plus heureuse, plus calme si elle voyait son frère plutôt que moi, donc on l'a envoyé. Il a vécu l'horreur en direct parce qu'il était avec nous. Comme je le dis dans le livre, il m'appelle le lundi vers 17 heures. Il me dit "Papa, elle vient de faire deux arrêts cardiaques. Le troisième, s'il ne l'emporte pas, il y aura des séquelles". J'essaie de l'encourager. Je lui dis, des séquelles, on s'en occupera, pourvu que reste en vie et surtout appelle-moi s'il y a quoi ce soit. Il me rappelle. Il me dit "Le troisième a eu lieu, mais elle est encore là. " Ensuite, il me rappelle et il me dit "She did not make it, elle est partie. "

    Leïla, qui était une personnalité lumineuse, tournée vers les autres, qui photographiait les laissés pour compte, que ce soit à travers le monde, à travers des photos. Aujourd'hui, il y a une fondation extraordinaire qui continue de faire vivre son oeuvre au fond pour dire : c'est une héroïne, les terroristes n'ont pas gagné.

    Les terroristes ne gagneront jamais, mais elle non plus ne reviendra jamais. On me pose souvent la question "Et les terroristes, on les a eus, on les a tués". Ça m'est complètement égal dans ce sens. Ce qui comptait pour moi, c'est ma fille qui ne reviendra plus, mais pour arrêter les terroristes, il faut faire autre chose. Ce n'est pas en tuant un terroriste, en abattant un terroriste, il y en aura toujours un autre et on l'abat. On a vu ce qui s'est passé en France, ce qu'il se passe actuellement. Ce volet du terrorisme, j'en parle vers la fin du livre, c'est un autre volet totalement différent.

    Vous vous battez véritablement, notamment la mère de votre femme va se convertir pour pouvoir un jour reposer auprès de sa petite-fille à Marrakech.

    C'est une belle histoire. C'est une femme de 92 ans qui a, à Paris au père Lachaise, un caveau pour être à côté de son mari, et qui tout d'un coup dit "Je veux être enterrée près de ma petite-fille, Leïla". Christine, mon épouse, me le dit. Je dis "Oui, mais ce n'est pas possible. Dans un cimetière musulman, elle ne peut pas être enterrée à côté de sa petite-fille. " Quand mon épouse lui a dit, "Écoutez, je deviens musulmane. " Elle est devenue musulmane, elle a épousé la foi. C'est merveilleux ce chapitre dont je parle d'ailleurs, ça montre combien aussi encore une fois l'islam est flexible.

    Quand certains vous disent pour des raisons administratives : ça n'est pas possible parce que votre femme n'est pas musulmane. Vous dites : mais les terroristes qui ont tué ma fille, vous auriez dit qu'ils étaient musulmans.

    Quand on demande, surtout quand on visite le cimetière, parce que le cimetière a une proximité qui est un petit peu sensible, il y a la maison du Roi, on demande aux gens, êtes-vous musulman ? Un beau jour, je me suis emporté. J'ai dit "Vous auriez demandé au terroriste qui a tué ma fille, est-ce qu'il est musulman ? Il vous aurait répondu, oui. Vous l'aurez laissé rentrer et il aurait tué quelqu'un. " D'ailleurs, quand ils ont tiré sur ma fille, ils ont dit "Allah ouakbar".

    Parlez encore un peu de Leïla Allaoui, qui était tout à fait extraordinaire. Comme je le dis, ces photos restent aujourd'hui, ce visage radieux, que l'on voit ici, ne pourra jamais disparaître.

    Le visage a disparu, mais son oeuvre est là. Sa mission est là. Nous essayons, autant que faire se peut, de continuer son oeuvre. C'est l'enfant qu'elle nous a laissé. C'est l'héritage qu'elle nous a laissé, à nous et à tout le monde.

    Merci beaucoup Abdelaziz Allaoui. Ça s'appelle Off to Ouaga. Ce sont les derniers mots qu'elle vous a dits, "Off to Ouaga" quand elle est partie, quand vous l'avez vue pour la dernière fois, qui s'en allait vers l'aéroport pour aller à Ouagadougou.

    Absolument.

    Merci beaucoup pour ce témoignage.

    Je vous remercie. Excusez-moi pour cette émotion.

    Merci.

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    00:08:30
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