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  • L'invité

    Anne Nivat

    Invitée : Anne Nivat, journaliste française, reporter de guerre

    Spécialiste de la Russie, Anne Nivat a enquêté plusieurs mois dans la Russie du maître du Kremlin. Il en résulte un livre et un documentaire "Un continent derrière Poutine ?".

    Présentation : Patrick Simonin

    Transcription

    Bonjour Anne NIVAT.

    Bonjour.

    Grand reporter, écrivain, publie un livre étonnant, événement même je dirais, "Un continent derrière POUTINE ?", on peut le dire d'autant plus qu'il est réélu. On s'y attendait évidemment, mais vous dites, aujourd'hui, la Russie, ça n'est pas POUTINE.

    Non, bien sûr que là Russie, ce n'est pas uniquement Vladimir POUTINE. Il y a une obsession en Occident sur Vladimir POUTINE. Il y a des raisons à cela. C'est un homme charismat (...)

    Bonjour Anne NIVAT.

    Bonjour.

    Grand reporter, écrivain, publie un livre étonnant, événement même je dirais, "Un continent derrière POUTINE ?", on peut le dire d'autant plus qu'il est réélu. On s'y attendait évidemment, mais vous dites, aujourd'hui, la Russie, ça n'est pas POUTINE.

    Non, bien sûr que là Russie, ce n'est pas uniquement Vladimir POUTINE. Il y a une obsession en Occident sur Vladimir POUTINE. Il y a des raisons à cela. C'est un homme charismatique, un homme qui fait peur à tout le monde. On est dans la personnalisation du pouvoir, mais ce qui m'intéresse, ce n'est pas POUTINE, je m'excuse, ce qui m'intéresse, ce sont les Russes.

    Pourquoi ? Parce que POUTINE cache la réalité, vous diriez. C'est l'arbre qui cache la réalité.

    Qui élit POUTINE ? Ce sont les Russes. Il faut essayer de saisir qui ils sont. Il faut essayer de saisir dans quel pays ils vivent. J'ai vécu 10 ans dans ce pays. Il faut essayer de comprendre en quoi POUTINE représente ce qu'il y a d'important pour eux ou pas. Parce qu'ils ne votent pas tous tel un seul homme, aveuglément, pour POUTINE.

    Il n'y a pas un empire POUTINE absolu, ce n'est pas une espèce de culte de la personnalité totale, comme on le dit.

    Il y a un culte de la personnalité, mais ça n'est pas la Corée du Nord. Moi, je ne peux pas comparer quand même, la Russie à la Corée du Nord. Ça ne m'intéresse pas cette comparaison. Moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'on essaye de saisir grâce à mon film, puisque j'en ai fait un film, ou mon livre.

    On va en voir un extrait dans un instant.

    Les nuances de ce peuple russe pour essayer de comprendre qui sont-ils ? Est-ce que ce sont des gens avec qui nous pouvons nous entendre ? Est-ce qu'ils peuvent comprendre l'Occident ? Est-ce que nous, nous pouvons les comprendre ou pas ? Parce que je trouve qu'on a beaucoup de stéréotypes les uns sur les autres et que ça empêche le dialogue.

    Vous dites d'ailleurs : "On n'arrive pas à les comprendre, puisqu'au fond, finalement…" Vous comprenez, vous, pourquoi ils ont voté POUTINE? Parce qu'au fond, ils ont besoin de quelqu'un qui les rassure.

    Eh bien, ils le disent eux-mêmes, je n'ai rien inventé. On les a entendus parler de stabilité, parler du fait qu'ils ont beaucoup souffert, et c'est vrai, pendant les dernières décennies, énormément souffert. On ne se rend pas compte à quel point ils ont souffert. C'est-à-dire, il y a eu des bouleversements très rapprochés dans la vie des Russes entre le soviétisme, les 75 ans de dictature communiste soviétique, puis la dislocation de cet empire, puis les années de chaos libéral où on était presque dans le post-capitalisme. Et puis, est arrivé, j'allais dire, sans son cheval blanc presque.

    Zorro POUTINE.

    Ce Vladimir POUTINE que personne ne connaissait, que Boris ELSTINE, son prédécesseur, a quand même sorti de son chapeau. Et puis, il est là. On est à 18 ans plus tard, il est toujours là. Il est toujours là pour plusieurs raisons, mais aussi parce qu'il a réussi lui-même, Vladimir POUTINE, à faire en sorte qu'il n'y ait plus d'opposition à lui-même.

    Vous le dites d'ailleurs très clairement : "Ça fiche la trouille, au fond". Les Russes se disent : "Après POUTINE, mais qu'est-ce qu'on va avoir ?" Ils ont peur.

    Ils sont anxieux. Les Russes sont anxieux. Je voulais montrer cette anxiété-là. Ils sont anxieux de ne plus avoir POUTINE pas vraiment parce que c'est POUTINE, mais parce qu'il n'y a personne d'autre à leurs yeux. Et c'est vrai que de facto, on le voit bien avec le résultat de ces élections, les autres sont loin derrière. Celui qui arrive numéro 2, c'est un communiste. Il n'y a pas une majorité de Russes qui a envie de revenir au communisme.

    La fille d'Anatoli SOBTCHAK, l'ancien maire de Saint-Pétersbourg qui est finalement le mentor de POUTINE.

    Alors, Xenia SOBTCHAK, elle a 1,6 % des voix. Ceci dit, je trouve que c'est quelque chose d'intéressant, qu'une jeune femme de 36 ans comme Xenia SOBTCHAK ait pu être candidate à ces élections. Alors, d'aucuns disent qu'elle a été adoubée par le Kremlin, ce que je pense aussi. C'est-à-dire, je pense que si elle avait été une gêneuse pour le Kremlin, elle n'aurait pas été aussi visible dans tous les médias comme elle l'a été. Il y a une autre personne qui s'appelle, un autre opposant politique, Alexeï NAVALNY qui, lui, n'a pas été autorisé à se présenter à ces élections pour de sombres raisons qu'il récuse d'ailleurs, mais c'est bien parce qu'il faisait peur au Kremlin lui-même. Donc, il y a quand même, je pense, pour l'avenir, pour les années à venir en Russie, des personnes à suivre. Le peuple russe n'était pas prêt, aujourd'hui en 2018, à ne pas aller voter en masse, parce qu'ils auraient pu faire ça aussi, et ils ont voté POUTINE. Ils ont voté POUTINE parce qu'ils ont l'impression, à tort ou à raison, que sans POUTINE, c'est le chaos.

    Ils peuvent finalement se dire, le seul moyen de ne plus avoir POUTINE, c'est que POUTINE s'en aille. Vous dites vous-même qu'il n'ira peut-être pas jusqu'en 2024.

    Pour que POUTINE s'en aille, il faudrait qu'il y ait une relève. Or, le problème des Russes, aujourd'hui, c'est qu'il ne la voit pas cette relève. Alexeï NAVALNY, qui est un homme dont je viens de parler très populaire, est empêché de parler dans les médias d'État. On ne le voit pas à la télévision. Or la Russie est un pays gigantesque. "Un continent derrière POUTINE", c'est le nom de mon livre. C'est très important le mot continent. C'est un continent, ce pays, 9 fuseaux horaires. Si vous n'êtes pas présents dans les médias d'État, à la télévision, vous n'existez pas. Cet Alexeï NAVALNY, il existe dans les médias sociaux, mais les médias sociaux, ce n'est pas une majorité de Russes qui les regardent. Le temps que lui ou quelqu'un d'autre devienne influent, il va falloir du temps. Pour le moment, il n'y a pas cette personne.

    Que pensent, que disent les Russes de la base ?

    POUTINE va peut-être, je pense que c'est une possibilité, je ne suis pas la seule à le dire, se choisir, trouver lui-même son propre successeur.

    Et ne pas aller jusqu'en 2024.

    À un moment où ça l'arrangera. Il n'ira pas jusqu'à la fin de son mandat de 2024 si ça l'arrange de ne pas y aller. Pour le moment, on n'en sait rien. POUTINE est un homme qui réagit, c'est un réactif, donc il va attendre de voir comment se passe son mandat. Pour le moment, tout va bien. Il va bientôt accueillir la Coupe du monde, ça, c'est très important. La Coupe du monde est évidemment un prétexte pour les Russes de montrer leur pays sous un jour positif. Je ne leur jette pas la pierre, tout le monde le fait. Tous ceux qui reçoivent la Coupe du monde, tous ceux qui organisent des Jeux olympiques, c'est une carte de visite, donc on va voir comment ça va se passer.

    Pour l'instant, le côté positif n'est pas tellement évident, notamment en Europe après cette affaire d'empoisonnement où des diplomates russes viennent encore être expulsés de France et de pays européens. Ça, c'est quelque chose qui salit l'image de la Russie.

    Qui la salit, mais ça ne va pas empêcher les fanatiques de football de se rendre en masse, par dizaines de milliers, à cette Coupe du monde de football. Vous voyez, il y a quand même différentes choses à prendre en compte. Ce n'est pas le microcosme qui juge.

    C'est un peu hypocrite au fond. C'est qu'au fond, on critique la Russie de POUTINE, mais on ne peut pas s'en passer.

    Mais comment pourrait-on s'en passer ? De toute façon, on ne peut pas passer de la Russie tout court, POUTINE ou pas POUTINE. C'est un pays important. C'est un des nos voisins, pas très proche, mais quand même pas si lointain, européen sans vraiment l'être tout à fait, en étant différent de par sa nature continentale. Il y a un côté asiatique à la Russie que j'essaie de montrer aussi dans ce livre et dans ce film. Et pour toutes ces raisons-là, nous devons discuter avec ceux qui dirigent la Russie bien sûr.

    Anne NIVAT, c'est ça au fond. Vous dites… Finalement, votre méthode journalistique de grand reporter, prix Albert Londres, c'est d'aller sur le terrain, de sortir des sentiers battus. C'est de rencontrer cette réalité.

    Sortir des studios, sortir des médias virtuels, aller dans le concret, dans le réel, dans la vie. La vie, c'est compliqué. Moi, je suis reporter de guerre. Ma vie, c'était l'Irak, la Tchétchénie, l'Afghanistan. À chaque fois que je reviens du terrain et que je raconte ce que j'ai vu, j'ai l'impression que c'est difficile à croire tellement on est loin de tout ça, mais il faut qu'on entende tout ça parce que sinon on vit dans un bocal, on vit dans un aquarium où on est loin de la réalité. Or, tout ce qui se passe dans la réalité nous touche. Ce qui se passe en Russie aujourd'hui, le fait qu'une majorité de Russes a voté pour POUTINE, a des conséquences sur nous, ici, jusqu'en Occident. Le fait qui s'est passé ce qui s'est passé à Londres avec cet espion qui a retourné sa veste a des conséquences également, ça veut dire des choses. Il faut en prendre conscience et non pas fermer les yeux. Il ne faut pas fermer les yeux sur le monde dans lequel on vit.

    Merci, Anne NIVAT, c'est passionnant. "Un continent derrière POUTINE" est publié au Seuil, en plus du film dont je parlais à l'instant. On était très heureux de vous recevoir Anne, merci.

    Merci à vous.

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    00:07:58
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