Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Walter Benjamin

    Invité : Walter Benjamin.

    Walter Benjamin, grièvement blessé lors de l'attentat du 22 mars 2016 à l'aéroport de Bruxelles, sort « J'ai vu la mort en face. Une vie après l'attentat » (édition du Rocher).

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Walter Benjamin.

    Bonjour.

    Le 22 mars, il y a deux ans, vous étiez à l'aéroport de Bruxelles,

    et vous avez vu la mort en face.

    C'était les attentats de Bruxelles, vous avez décidé de témoigner.

    Une vie après l'attentat.

    07h58 ce jour-là, où étiez-vous ? Que faisiez-vous ?

    Ce jour-là, j'étais dans le hall de départ de l'aéroport,

    prêt à faire mon check-in pour aller voir ma fille (...)

    Bonjour Walter Benjamin.

    Bonjour.

    Le 22 mars, il y a deux ans, vous étiez à l'aéroport de Bruxelles,

    et vous avez vu la mort en face.

    C'était les attentats de Bruxelles, vous avez décidé de témoigner.

    Une vie après l'attentat.

    07h58 ce jour-là, où étiez-vous ? Que faisiez-vous ?

    Ce jour-là, j'étais dans le hall de départ de l'aéroport,

    prêt à faire mon check-in pour aller voir ma fille en Israël.

    Et il y a une première explosion dans le premier terminal.

    J'ai cru qu'en fait c'était quelqu'un qui jouait avec un pétard, mais en fait non.

    C'était un terroriste qui venait de se faire sauter

    avec une ceinture d'explosifs et une valise.

    Vous voyez cette lumière.

    Vous n'avez pas le temps, dites vous, de réagir,

    que soudain un bruit strident retentit.

    Oui. En fait, il s'est passé exactement 9 secondes entre les deux explosions.

    Et le temps que je me rende compte qu'en fait c'était un attentat,

    il y a un deuxième terroriste islamiste qui se fait sauter

    à plus ou moins trois mètres de là où je suis.

    Je me retrouve à terre, ma jambe droite a été déchiquetée.

    Donc elle est en face de moi à quelques mètres.

    Moi, je suis assis, hébété.

    Et on voit, évidemment, les lambeaux de corps,

    ma jambe gauche est grièvement blessée.

    À côté de moi, il y a un monsieur qui est couché, qui n'a plus de tête.

    Sa tête a explosé.

    Et il y a une dame également qui était venue voir sa fille à Bruxelles.

    Elle est d'origine suédoise, et elle est morte.

    Vous assistez à ces scènes d'horreur.

    Et là, vous vous dites "Ma vie est finie. "

    Vous avez le visage de votre fille dans votre tête

    puisque c'est elle que vous alliez voir, cette fille que vous aimez tant.

    Maurane.

    Exactement.

    Et ce qui est terrible, c'est que je perdais le contrôle sur ma vie,

    sur ce que je voulais faire.

    Et j'ai vu cette mort qui m'appelait, qui me disait "Viens vers moi, viens vers moi. "

    Et moi, je luttais contre ça, je ne voulais pas mourir.

    Et quelques minutes après, il y a un homme qui travaille à l'aéroport,

    Hassan, qui est un technicien,

    qui est venu me secourir le temps qu'un militaire vienne 20 minutes après.

    Il faut savoir aussi que les secours ont été très lents.

    Les premiers secours sont entrés dans le terminal, il était déjà à 08h35.

    J'ai cru que je rêvais parce que le temps…

    On n'a plus la notion de temps, mais en fait, tout ça s'est avéré vrai ensuite.

    Hassan, c'est un prénom que vous n'oublierez jamais.

    Non, c'est un prénom que je n'oublierai jamais

    parce que cet homme a tout fait pour que je reste éveillé

    le temps que les secours arrivent.

    Mais ensuite, il aurait pu partir

    parce qu'il m'a donné son téléphone pour appeler ma maman.

    J'ai demandé à ce qu'elle appelle mon ex-femme en Israël, qu'on protège la petite.

    Parce que la petite se faisait un plaisir, elle allait être heureuse de voir son papa,

    mais en fait son papa n'allait jamais arriver.

    Et cet homme aurait pu partir.

    Et en fait, il est resté.

    Mais ensuite, il a aidé un des pompiers à me transporter

    vers la sortie de l'hôpital, vers le… du terminal, pardon.

    Et à l'hôpital, il est venu chaque jour me voir durant mon hospitalisation.

    Oui, c'est une histoire d'amitié qui va naître, incroyable histoire.

    C'est une histoire d'amitié, oui.

    C'est aussi la preuve que dans des événements pareils,

    et bien il y a des choses extraordinaires qui peuvent en ressortir.

    Vous le retrouvez donc à l'hôpital.

    Oui.

    Avec une jambe en moins, une autre trouée, on peut le dire.

    Oui, il y avait un gros trou dans la jambe parce qu'on ne voyait plus que l'os.

    Il y a des clous qui ont pénétré dans la jambe.

    Et durant deux mois,

    et bien le dilemme, c'était : Est-ce qu'on allait pouvoir sauver cette jambe ?

    Vous faites une interview à ce moment-là.

    Et vous dites dans cette interview :

    "Il y a 99,99999% de la population musulmane qui sont des gens formidables. "

    Oui, et je le pense, et aujourd'hui, je le maintiens encore

    parce que nous avons en Belgique

    une communauté de 700 000 à 800 000 personnes d'origine musulmane,

    principalement du Maroc.

    Et si on fait le calcul, effectivement on a quoi ?

    On n'a même pas 0,1% de cette population, je dirais, de cette communauté

    qui est mauvaise.

    Donc le chiffre ne parle que de lui-même.

    Et il faut savoir aussi que la population musulmane s'est retrouvée très mal

    après ces attentats.

    C'est un regard par rapport à elle,

    c'est aussi une sorte d'introspection

    de se dire "Mais, c'est quelqu'un de notre communauté qui a fait ça. "

    C'est quelqu'un qui est né à Bruxelles, en Belgique,

    qui est quand même d'abord de nationalité belge,

    qui a semé la mort dans la ville, dans le pays,

    mais qui a figé la communauté musulmane.

    J'ai voulu tendre la main à cette communauté,

    mais j'ai voulu aussi qu'elle fasse son examen de conscience.

    Et de se dire "Voilà, où est-ce que vous voulez vivre, dans quelle Europe ?"

    Vous voulez vivre et vous voulez en faire partie aussi ? C'est ça.

    Dans ce livre, vous y racontez évidemment la rééducation, l'hôpital.

    Vous dites aussi combien vous auriez aimé

    que le Premier ministre belge vienne vous voir, mais qu'il ne viendra jamais.

    Il l'avait promis, effectivement, sur une chaîne belge.

    Il n'est jamais venu.

    On ne sait plus qui on est aujourd'hui.

    Et personne ne s'occupe de savoir ce qu'on va devenir demain,

    parce qu'il y a aussi l'après-attentat.

    Que vont devenir les victimes des attentats ?

    On ne va quand même pas les laisser, je veux dire, dans un coin,

    sur la mutuelle, la sécurité sociale, toute leur vie.

    Il n'y a pas de plan de réinsertion, il n'y a rien.

    Le roi et la reine Mathilde viennent vous rendre visite parce que vous les contactez.

    Vous dites au roi, je vous cite :

    "Je pense qu'il est temps que vous attrapiez les politiciens par la peau du cul. "

    Vous dites ça au roi.

    Oui, effectivement.

    Parce que d'abord il faut savoir que j'avais écrit sur ma page Facebook

    que je souhaitais voir le roi.

    Et il a entendu mon appel.

    Il m'a téléphoné dans ma chambre d'hôpital.

    Il m'a dit : "Monsieur Benjamin, comment allez-vous ?"

    Il a été très à l'écoute.

    Il m'a dit : "Je viens vous voir, fin de semaine. "

    Et en fait le mardi, on m'annonce que le roi et la reine arrivent.

    Et je lui dis : "Oui, il est temps de prendre le taureau par les cornes,

    de prendre ces politiciens, les asseoir et de leur dire :

    Les gars, la récréation, elle est terminée.

    On va faire quoi demain, si il y a un attentat devant une école, un parc d'attraction,

    que des enfants vont mourir ?"

    Il faut savoir que les gens vont perdre la raison et ça va être quoi ?

    Et ça va être la guerre civile dans les rues de Bruxelles, tout simplement.

    Je pense qu'on est arrivé à un point où il faut, aujourd'hui, ne plus être dans le déni.

    Et malheureusement depuis le 22 mars, rien n'a changé,

    ni dans les écoles à Molenbeek, ni dans la rue à Molenbeek, ni au niveau de la sécurité.

    Aujourd'hui, ils ont beau dire : "Mais à Brussels airport…"

    La sécurité, c'est 0, c'est un aéroport qui est très dangereux.

    Je n'ai pas honte à le dire, et je peux le prouver par A + B.

    Il n'y a pas de sécurité.

    D'ailleurs, les policiers me le disent chaque fois qu'ils me voient l'aéroport

    "Parle pour nous parce qu'on ne nous écoute pas. "

    Et comme ils n'ont pas le droit de parler, forcément ils doivent passer par quelqu'un.

    Vous avez vu La Mort en Face, c'est le titre du livre.

    Aujourd'hui, la vie est encore plus forte.

    C'est très important de dire à ces gens qui veulent semer la mort,

    ils ne gagneront jamais sur la vie.

    Parce que la vie, c'est quelque chose de formidable.

    Merci Walter Benjamin. C'est un témoignage exceptionnel, il s'appelle J'ai Vu la Mort en Face, une Vie Après l'Attentat, publié aux éditions du Rocher. Nous étions ravis de vous accueillir aujourd'hui.

    Merci à vous.

    Voir plusmoins
    00:08:24
    Tous publics
    Tous publics