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  • L'invité

    Raphaël Esrail

    Invité : Raphaël Esrail, président de l'Union des déportés d'Auchwitz.

    Raphaël Esrail publie "L'espérance d'un baiser. Le témoignage de l'un des derniers survivants d'Auschwitz".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    C’est un témoignage exceptionnel, ancien déporté d’Auschwitz, président de l’Union des déportés d’Auschwitz, Raphaël ESRAIL est notre invité aujourd’hui. Merci beaucoup, Monsieur ESRAIL, pour ce témoignage qui s’appelle "L’espérance d’un baiser", publié chez Robert Laffont. L’espérance d’un baiser parce que c’était l’espérance de revoir celle dont vous étiez tombé éperdument amoureux, que vous aviez rencontrée lorsque vous étiez dans le camp de Drancy, arrêté à l’âge de 18 ans parce que vous éti (...)

    C’est un témoignage exceptionnel, ancien déporté d’Auschwitz, président de l’Union des déportés d’Auschwitz, Raphaël ESRAIL est notre invité aujourd’hui. Merci beaucoup, Monsieur ESRAIL, pour ce témoignage qui s’appelle "L’espérance d’un baiser", publié chez Robert Laffont. L’espérance d’un baiser parce que c’était l’espérance de revoir celle dont vous étiez tombé éperdument amoureux, que vous aviez rencontrée lorsque vous étiez dans le camp de Drancy, arrêté à l’âge de 18 ans parce que vous étiez résistant.

    Tout à fait. J’avais été arrêté parce que je faisais des faux papiers. Peu de temps après, je vois arriver une jeune fille magnifique, qui pour moi était magnifique, qui me dit, il y a mes deux jeunes frères. Est-ce que vous voulez bien vous en occuper, nous sommes…

    Vous tombez immédiatement amoureux !

    D’un seul coup. C’était le coup de foudre. J’avais 18 ans, j’étais jeune, je savais beaucoup de choses de la vie, mais beaucoup de choses que je ne connaissais pas. Par conséquent, vraiment le coup de foudre.

    Vous lui dites, Mademoiselle, est-ce que je peux vous embrasser ?

    Ah non, je ne le lui dis pas tout de suite parce que nous sommes restés pratiquement six jours au camp de Drancy, ensemble. Nous sommes arrivés pratiquement à la même date et tous les trois, nous partons dans le même convoi qui nous amènera à Auschwitz. Avant de partir, je lui dis : "Mademoiselle, est-ce que vous permettez que je vous embrasse ?" C’était un baiser platonique que je lui demandais, bien entendu. Elle me dit : "oui, mais pas maintenant, lorsque nous serons arrivés". C’est ainsi que j’ai toujours espéré ce baiser.

    C’est ça qui vous a aidé à survivre, puisque vous allez être déporté à Auschwitz, d’abord dans les wagons la mort.

    Imaginez un seau d’eau, un seau pour les toilettes, et là-dedans, toute une série de gens qui ne se connaissent pas, avec des enfants qui pleurent, qui ne peuvent pas s’installer, et des femmes qui veulent aller faire leur toilette. On ne fait pas ça à des bêtes.

    Vous arrivez à Auschwitz et là, d’abord, vous êtes dépouillé. On vous met nu, réellement.

    Pas tout de suite. Lorsqu’on arrive à Auschwitz, c’est-à-dire sur ce que les Allemands appellent la rampe, le quai, on nous fait mettre par colonne par cinq, les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre, avec une obligation absolue de laisser toutes les affaires dans les wagons. Les gens disent, ce n’est pas possible, j’ai mes affaires. Imaginez, les personnes qui sont parties avec tout ce qu’ils pouvaient, que l’on peut considérer comme leur propre richesse. Même pour ceux qui n’avaient pas d’argent, la richesse, ce sont les photos, ce sont les bien sûr lesquels on a à cœur dans la famille, et il faut tout abandonner. Et puis, on ne sait pas, on ne sait pas ce qui va se passer. Les hommes sont d’un côté, les femmes de l’autre, les enfants, et à l’extrémité, il y a un homme, un officier. On saura, après, que c’est un médecin, toujours tiré, impeccable. C’était extraordinaire parce qu’il était toujours vraiment impeccable. Autour, c’est vraiment l’affolement. On vous presse. On presse les gens. Il faut le sentir, il faut le vivre. C’est pratiquement indescriptible, son fils ou son enfant qui va d’un côté, l’autre… Nous passons cinq par cinq, en colonnes, en rang par cinq, les uns après les autres devant un médecin, ce qui est un médecin et qui, de la main droite ou de la main gauche, en vous regardant, suivant ce que vous êtes ou ce que vous paraissez être, et vous fait mettre à droite ou à gauche.

    D’un côté, c’est la mort.

    D’un côté, c’est la mort et de l’autre côté, c’est le sursis à la mort.

    Évidemment, vous ne le savez pas. Vous avez l’intuition, vous comprenez à ce moment-là, qu’on va tuer tous les juifs.

    Ceux qui sont partis pour la plupart dans des camions entre la rampe d’arrivée du train. Il faut tout de même le dire, l’expliquer, parce qu’il y a des camions de la Croix rouge et les Allemands disent, ceux qui sont fatigués, prenez les camions. Ça donne une espèce de courage en disant, on va se retrouver. Et tout ça va directement… Et l’on apprend très vite que tous ces gens sont immédiatement gazés, immédiatement gazés et on meurt. Et les femmes, il y a un tri d’hommes et un tri de femmes, mais les femmes qui sont seules. Et les femmes qui ont des enfants, elles vont mourir parce qu’elles ont un enfant. Vous vous rendez compte ? L’enfant va mourir parce que sa mère a gardé cet enfant. C’est terrible.

    Et ensuite, à la libération des camps, c’est la marche de la mort, pour survivre, qui commence.

    La marche de la mort commence le 18 janvier 1945. Il y a 60 000 personnes des camps d’Auschwitz et de Birkenau et de l’ensemble des sous-camps parce qu’il y avait un complexe militaro-industriel qui entoure Auschwitz Birkenau. Ils sont jetés sur les routes, par un froid absolument glacial, -20 °, -10 °. Partir sur des routes gelées. Nous avions, pour la plupart d’entre nous, des chaussures qui étaient des galoches. Et puis petit à petit, ça n’est pas possible. Les pieds gèlent, les jambes gèlent. Je les revois comme si c’était aujourd’hui. Ils tombent en prière, comme s’ils étaient en prière. Ils sont là, même sans tomber, ils restent pratiquement à genoux et ils sont abattus d’une balle dans la tête en fin de colonne. C’est ainsi que tout au long de notre marche, on voit, sur les chemins des hommes et des femmes morts.

    Ce qui est extraordinaire, Raphaël ESRAIL, c’est cette volonté, cette force de témoigner, cette nécessité de témoigner, ce livre incroyable est là aussi pour ça. Pourquoi il faut toujours, toujours témoigner ?

    Il faut toujours, toujours témoigner parce que ce qui s’est passé a transgressé l’universel. Des hommes, par idéologie, se sont arrogé le droit de dire qui devaient vivre ou qui devraient mourir. À cela, ils se sont pris pour des dieux qu’ils ne sont pas.

    Merci beaucoup, Raphaël ESRAIL, pour ce témoignage exceptionnel de l’un des derniers survivants d’Auschwitz, publié chez Robert Laffont et qui s’intitule "L’espérance d’un baiser". C’est un livre qu’il faut lire et faire lire, partout, dans les écoles, et bien sûr au-delà, pour ne jamais oublier. Merci beaucoup, Raphaël ESRAIL d’avoir été avec nous.

    Je vous en prie.

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