Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Christiane Lambert

    Invitée : Christiane Lambert, syndicaliste agricole française, présidente de la FNSEA

    Elle est la première femme à la tête du plus grand syndicat agricole français et a été récompensée par le prix de l'Excellence française, en partenariat avec TV5MONDE.

    Présentation : Patrick Simonin

    Transcription

    Bonjour Christiane Lambert.

    Vous êtes la présidente de la FNSEA, le plus grand Syndicat Agricole français,

    et vous faites partie de ces femmes de l'excellence française,

    en partenariat avec TV5 Monde à l'occasion de la Journée Internationale de la Femme hier,

    qui était célébrée parce que vous êtes la première femme à diriger la FNSEA

    depuis toujours.

    Oui.

    71 ans, et c'est la première fois qu'une fem (...)

    Bonjour Christiane Lambert.

    Vous êtes la présidente de la FNSEA, le plus grand Syndicat Agricole français,

    et vous faites partie de ces femmes de l'excellence française,

    en partenariat avec TV5 Monde à l'occasion de la Journée Internationale de la Femme hier,

    qui était célébrée parce que vous êtes la première femme à diriger la FNSEA

    depuis toujours.

    Oui.

    71 ans, et c'est la première fois qu'une femme est présidente.

    Ça veut dire quoi en fait ? C’est un changement radical pour le monde agricole ?

    C'est un changement visuel,

    mais à l'intérieur, il y a eu de plus en plus de femmes depuis pas mal d'années,

    qui ont pris des responsabilités départementales, puis régionales, nationales aujourd’hui.

    J’ai 16% de femmes dans mon conseil d'administration de 70 personnes,

    et c'est vrai que ça donne une image moderne de l'agriculture,

    qui sait intégrer des femmes et leur faire des places au sein de notre organisation.

    Mais l'originalité de la FNSEA, c'est qu'il y a une vice-présidence féminine statutaire.

    Dès la création, les hommes ont prévu une place pour les agricultrices

    parce qu'ils savaient le rôle important joué dans les fermes par les agricultrices.

    Donc vous avez été élue, désignée,

    ça s'est fait… passé comment ? ça a été bien accepté ?

    Les conditions ont été particulières

    puisque Xavier Beulin, mon prédécesseur est décédé subitement,

    j'étais première vice-présidente, donc j'ai assuré l'intérim ;

    je travaillais à ses côtés depuis 7 ans.

    Et naturellement, ils m'ont encouragé à poursuivre,

    et à passer d'intérimaire à candidate élue,

    et j'ai été élue à 98% donc une très belle élection.

    La confiance.

    Et au bout de presque un an, on travaille dans de très bonnes relations,

    et les choses se passent bien.

    C’est une manière de reconnaitre la place des femmes dans le monde agricole ?

    Oui, qui joue un rôle très important depuis toujours.

    On a souvent tendance à citer ce qui s'est passé pendant la guerre

    ou quand les hommes étaient partis au combat, les femmes tenaient les exploitations,

    tout comme elles ont travaillé dans les usines pour les faire fonctionner,

    et les femmes ont toujours une place très importante dans les exploitations agricoles.

    Mais c'est seulement en 1961 que le mot agricultrice est rentré dans le Petit Larousse.

    C'est seulement en 1988 que pour la première fois

    les femmes ont pu être chef d'exploitation,

    et c'est seulement en 2004 qu'elles ont pu avoir les mêmes droits que leurs conjoints

    dans une société appelée groupement agricole d'exploitation en commun.

    Donc ça a été un long chemin de militantes qui ont porté cette reconnaissance.

    Aujourd’hui, un quart des exploitations agricoles sont dirigées par des femmes.

    Oui. 25% des chefs d'exploitation sont des femmes,

    et au moment de l'installation, les…

    de plus en plus de jeunes femmes deviennent agricultrices.

    L’agriculture va se féminiser par l'installation de nouvelles femmes,

    et elles sont dans des métiers très différents,

    dans le maraîchage, la viticulture, l'élevage.

    Elles sont professionnelles, elles sont formées,

    aussi bien formées que les hommes,

    mais ce qui est original aussi,

    c'est que 40% d'entre elles aujourd'hui n'étaient pas passées par des études agricoles,

    c'est à dire qu'elles sont venues aller à l'agriculture après,

    donc par choix, et par la formation continue ou des compléments de formation.

    C'est un métier qui attire les femmes aujourd'hui.

    Ces femmes, elles apportent quoi ? Un autre regard ?

    Déjà du temps Raymond Lacome, mon anté-anté-prédécesseur qui était de l'Aveyron,

    son épouse qui était agricultrice avait beaucoup apporté aussi

    un regard nouveau sur le développement et la place des femmes dans les exploitations.

    Aujourd'hui, les agricultrices sont très attachées

    à la reconnaissance du métier d'agriculteur et d’agricultrice,

    elles sont beaucoup impliquées dans des métiers de transformation des produits,

    que ce soit le vin, le maraîchage, l'accueil à la ferme, les gîtes etc.

    mais elles sont aussi très professionnelles dans les productions animales,

    par exemple dans les élevages de porcs,

    il y a beaucoup de femmes agricultrices et même de salariés agricoles

    parce qu'elles ont une constance, elles ont de la patience, elles ont l'instinct maternel,

    ce qui est très précieux quand on travaille au contact des animaux,

    et on les retrouve aussi dans des métiers auprès du cheval.

    Mais on voit aussi des femmes qui conduisent des moissonneuses batteuses,

    des grandes machines bourrées d'informatique, et qui aujourd'hui maîtrisent parfaitement.

    La technique et le machinisme ont permis d'alléger

    la pénibilité et la nécessité d'avoir des gros muscles.

    Donc aujourd'hui, ce n'est pas seulement des bras qu'il faut,

    c'est aussi une tête pour piloter une exploitation.

    90% des agriculteurs ont un Smartphone,

    et pilotent quelque part quelque chose dans leur exploitation sur la base de leur Smartphone,

    donc le numérique va aussi faciliter le travail,

    et peut-être faire plus de place et de possibilités pour les femmes.

    Oui, parce que vous à l'âge de 8 ans, vous vous êtes dit : je veux être agricultrice.

    A 8 ans !

    Alors moi je suis tombée dedans quand j'étais petite

    parce que j'avais des parents passionnés.

    Je suivais ma maman partout, notamment dans l'élevage,

    et j'ai appris à traire les vaches à la main très jeune,

    et à l'âge de 8 ans je m'en souviens, j'adorais faire ça.

    Et, je me suis dit ça c'est un métier que j'aime, le contact avec les animaux,

    donc les bovins, les chiens, les chats, les porcs.

    Ensuite, dans l'exploitation, travailler avec du vivant,

    avoir cette relation privilégiée avec les animaux,

    les convaincre, co-construire une relation avec eux, les apprivoiser,

    tirer le meilleur d'eux-mêmes puisqu'on veut produire du lait, on veut produire de la viande,

    et travailler dans la nature;

    faire les travaux saisonniers était quelque chose qui me plaisait beaucoup.

    Donc, mes parents m'ont confié le tracteur dès l'âge de 15-16 ans,

    et j'adorais faire les foins, travailler dans les champs.

    Et c'est vrai que la relation avec les animaux,

    cette relation bi-quotidienne, la traite le matin, la traite le soir, soigner les animaux,

    développent quelque chose qui est particulier, difficile à dire,

    mais c’est une espèce d'attachement,

    une attirance pour ces tâches auprès des animaux et auprès d'un métier de création.

    Chaque année, on sème,

    on a l'espoir que la récolte va être aussi bonne ou meilleure que l'année précédente,

    c'est quelque chose qui est assez exaltant.

    Alors, le climat peut être à la fois le meilleur ami ou le pire ennemi, un orage…

    Et on l’a vu encore récemment.

    Oui, un orage la veille de la moisson, et la récolte est par terre.

    Ce qui fait dire à un de mes collègues :

    "la récolte est bonne que quand elle est dans le grenier ou dans le hangar aujourd'hui".

    Cette fragilité vis à vis du climat

    fait que les agriculteurs sont viscéralement attachés à leur métier,

    mais sont aussi parfois très anxieux de ce qui peut se passer le lendemain.

    Anxieux aussi parce qu'ils ne sont pas toujours reconnus comme ils le devraient,

    on voit par exemple sur la question de la retraite,

    c'est extrêmement difficile pour les agriculteurs.

    On vient de voir encore le Sénat

    qui vient de retarder l'adoption de la possibilité pour les agriculteurs d’avoir 80 combien ?

    85% du SMIG pour la retraite, et c’est reportée en 2020.

    Les agriculteurs retraités, les agricultrices retraitées ont des retraites extrêmement basses,

    c’est 780 euros de moyenne pour un homme,

    et 500 euros de moyenne pour une agricultrice retraitée.

    Alors que c'est 1300 euros pour la moyenne des français,

    donc on est à un niveau extrêmement bas,

    et c'est encore pire dans les départements d'outre-mer où ils sont en dessous de 300 euros.

    Donc c'est quelque chose que nous portons, nous avons obtenu 75% du SMIG.

    Là, il était porté le souhait d'arriver à 85%, malheureusement ça n'est pas allé au bout

    essentiellement pour des raisons de financement et de budgets nécessaires.

    Mais ce n'est pas satisfaisant de laisser des gens qui ont travaillé autant

    dans des conditions difficiles parce qu'aujourd'hui les conditions se sont améliorées,

    mais ceux qui sont à la retraite ont eu des conditions de travail difficiles,

    et avoir une si faible retraite,

    c’est considéré comme un manque de reconnaissance pour ces agriculteurs.

    En tout cas nous, nous continuons à porter la nécessité

    d'une vraie refonte du régime de retraite pour les agriculteurs et les agricultrices.

    Oui, et Christiane Lambert, je dirais, vous êtes fière aujourd'hui,

    je reviens à ça, d'être l'une des femmes de l'excellence française.

    Finalement de dire au fond l'agriculture, c'est l'excellence française.

    Oui, parce que nous sommes dans un pays qui fait rayonner l'alimentation.

    Vous allez à l'autre bout du monde, tout le monde connaît la gastronomie française.

    Bon nombre de produits sont cités partout à l'étranger.

    La gastronomie à la française est connue pour les produits agricoles,

    pour les grands chefs aussi qui bonifient nos produits.

    Aussi parce que nous avons une industrie agroalimentaire

    qui sait concilier l'innovation et la sécurité alimentaire,

    et parfois quand l'agriculture est brocardée, ça me fait mal,

    parce que ce n'est pas la réalité,

    et le fait d'avoir été choisi dans l'Association de l'Excellence Française,

    ça m'a permis de porter cette voix-là.

    Et je suis très heureuse d'être à côté de grands médecins,

    de grands chefs, de grands patrons qui portent leur domaine.

    L'agriculture mérite d'être connue, et mérite plus de reconnaissance qu'elle n'en a parfois.

    Mes agriculteurs, les agriculteurs, les agricultrices souffrent parfois de cette mauvaise image. Et, quand ils voient qu'on peut en parler et le porter sur différents plateaux ou à différents endroits, ça leur fait énormément de bien. Donc, pour moi c’est une grande fierté d'être leur représentante.

    Merci beaucoup Christiane Lambert présidente de la FNSEA, d'avoir été l'invitée de TV5 Monde, merci.

    Merci.

    Voir plusmoins
    00:08:18
    Tous publics
    Tous publics