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  • L'invité

    Philippe Couillard

    Invité : Philippe Couillard, Premier ministre du Québec

    Un entretien exclusif à l'occasion de la visite de Philippe Couillard en France, pour la 20e rencontre alternée entre les Premiers ministres français et québécois. Focus sur les grands enjeux de la relation franco-québécoise : économie, jeunesse, francophonie, le protectionnisme de Trump, le renforcement de la coopération vers l'Afrique et la Journée internationale de la femme.

    Présentation : Patrick Simonin
     


    Transcription

    Bonjour, Philippe Couillard, Premier ministre du Québec. C'est la vingtième rencontre alternée en France. Merci infiniment, Monsieur le Premier ministre, d'être sur le plateau de TV5 Monde, la chaîne de la francophonie. Vous avez annoncé un événement important lors de votre rencontre avec Emmanuel Macron : il va venir au mois de juin lors du G7. Il fera un discours historique devant l'Assemblée nationale du Québec. Ça veut dire que la relation aujourd'hui est très forte ?

    Elle est (...)

    Bonjour, Philippe Couillard, Premier ministre du Québec. C'est la vingtième rencontre alternée en France. Merci infiniment, Monsieur le Premier ministre, d'être sur le plateau de TV5 Monde, la chaîne de la francophonie. Vous avez annoncé un événement important lors de votre rencontre avec Emmanuel Macron : il va venir au mois de juin lors du G7. Il fera un discours historique devant l'Assemblée nationale du Québec. Ça veut dire que la relation aujourd'hui est très forte ?

    Elle est forte. Elle demeure privilégiée. Elle est maintenant qualifiée, par Emmanuel Macron, de stratégique. Ce que je crois est tout à fait un bon choix des mots, parce que c'est la porte d'entrée de l'Amérique pour la France, le Québec. Ça a toujours été ça, et ça l'est encore plus maintenant avec cet accord de libre-échange qui est entré en vigueur, et les perspectives que nous offre la jeunesse maintenant. La jeunesse, parmi lesquels il y a beaucoup de femmes. C'est la Journée internationale de la femme, aujourd'hui. Les femmes ont fait un chemin incroyable au Québec. Vous diriez que c'est un exemple peut-être à suivre ?

    Il ne faut pas se qualifier soi-même d'exemple. Je dirais qu'on est fortement mobilisé dans notre société, depuis longtemps, et toujours maintenant aujourd'hui, sur cette question de l'égalité de fait, non pas de l'égalité de mot, l'égalité de fait entre les hommes et les femmes. Et bien sûr, les défis particuliers contre lesquels on lutte… Prenez la violence conjugale, par exemple, pour laquelle on vient d'annoncer une initiative. Mais au-delà de ça, multiplier les actions, concerter avec d'autres gouvernements comme le gouvernement de la République française, pour parvenir à un véritable état d'égalité dans la société, entre les hommes et les femmes. La jeunesse, on a compris que c'était le ciment de cette relation entre la France et le Québec. Il y a les 50 ans de l'Office franco-québécois pour la jeunesse, en ce moment. Vous dites qu'il faut qu'il y ait davantage d'étudiants français qui aillent au Québec, et inversement.

    Oui, je dirais plus inversement. Parce qu'il y en a beaucoup d'étudiants français qui viennent chez nous, on en est très, très heureux. Mais on veut également qu'il y ait plus de jeunes Québécois et Québécoises qui viennent étudier, travailler, même faire mettre leur jeune entreprise en France, avec des partenaires d'ici, de l'Hexagone. Vous savez, dans les années 60, quand cette relation a commencé vraiment à éclore dans la modernité, il s'est noué des liens des jeunes à ce moment-là qui ont duré toute la vie. Donc, il faut continuer ce mouvement qui nous amène vers les prochaines générations : par l'éducation, par des voyages thématiques, les partenariats, et également le monde des affaires.

    Et puis, le défi de l'avenir, les défis du monde, notamment le dérèglement climatique : là aussi, i l y a une coopération possible entre la France et le Québec. Vous avez lancé le marché du carbone avec plusieurs États américains. Est- ce que ça aussi, ça peut servir d'exemple ? Avec la Californie et avec l'Ontario, notre voisin. Au Québec, c'est 60% de l'économie canadienne couverte par un marché du carbone, mais on s'était inspiré également du marché du carbone européen. Je crois qu'on a peut-être corrigé certains éléments structurels pour qu'ils soient plus solide. Et je crois que c'est un grand succès, maintenant. Ça nous donne des ressources financières pour lutter, prévenir, mitiger les changements climatiques, mais également agir sur le plan international. On a une initiative du Québec sur la francophonie, en Afrique pour les pays les moins favorisés, qui visent à financer des projets conjoints de lutte pour le changement climatique. Et ça, c'est un exemple d'engagement international du Québec, qu'on fait avec la France au sein de l'OIF.

    La relation économique entre le Canada et l'Europe, selon cet accord de libre-échange, le CETA, que vous appelez l'AECG. Et ça suscite des polémiques, ça suscite des interrogations. Est-ce que le Président Macron vous a assuré de son soutien très fort pour l'adoption de cet accord ? 

    J'ai senti le soutien. Évidemment, il y a une étape législative à traverser au cours des prochains mois ici. Mais vous savez, l'accord est actuellement appliqué. En pratique, il est appliqué pour 95% des clauses. On en a eu un exemple, hier, à la Chambre de commerce, ici à Paris, où Décathlon a expliqué qu'il vient de s'implanter au Québec pour y faire des affaires, parce qu'il n'y a plus de tarifs maintenant sur leurs exportations. Et à l'inverse, une compagnie québécoise, Faber, a le même avantage de venir s'installer en France. C'est le bénéfice mutuel très bien démontré. Oui, il y a des craintes, il y a toujours des craintes quand un marché s'ouvre, mais ça fait des gagnants au bout. Et l'important, c'est le mot "partenariat". Il faut que les gens d'affaires, surtout des petites et moyennes entreprises, qui sont un peu craintives devant ces grands marchés, s'allient avec un collègue, un partenaire de l'autre côté de l'Atlantique. Et ensemble, on tire parti du marché.

    Vous diriez, comme l'a dit le Président Macron, que cet accord a été amélioré ? Il a dit qu'il a été rendu plus transparent. C'est qu'aujourd'hui, vous allez avancer sur cette route ?  Oui. Mais les peuples veulent bien sûr qu'on parle de commerce, mais ils veulent savoir exactement de quoi il s'agit. Et c'est tout à fait légitime. Sur des détails comme le droit des travailleurs, les programmes sociaux des pays, les programmes de lutte contre le dérèglement climatique, par exemple. Il ne faut pas que ça se soit mis en veilleuse, ou même fragilisé par les accords de commerce. Et je dirais que c'est l'une des qualités principales de cet accord, on peut dire, de nouvelles générations, qui devrait servir de modèle pour les prochains. Et c'est d'inclure et d'incorporer ces points à la question du commerce. Et les peuples, avec raison, le demande. Vous vous êtes rendu à Toulouse. Là, on parlait d'aéronautique. Il y a évidemment ce soutien entre Airbus et le groupe Bombardier. C'est un exemple, ça aussi ?

    On est très, très heureux. Airbus, maintenant, va prendre cet appareil formidable, la CSeries, qui est fabriquée, qui va continuer d'être fabriquée à Mirabel, chez nous au nord de Montréal, et à en assurez vraiment la vente et la diffusion dans le monde entier. C'est un avion de grande qualité, et qui complète la gamme d'Airbus. Airbus, avec cette transaction, obtient maintenant un pied à terre en Amérique du Nord. Ils ont quatre points d'implantation en Europe, ils ont maintenant un cinquième point d'implantation à Montréal, en Amérique du Nord. On a, nous, une grappe aéronautique, un cluster aéronautique qui est très enchanté de la venue de ce joueur de calibre mondial.

    C'est gagnant-gagnant. Ce n'est pas l'un au détriment de l'autre.

    Nous, on voulait absolument que les travailleurs aéronautiques, chez nous, et les fournisseurs, continuent à travailler et à prospérer. Ce sera le cas parce que cet avion, il faut le vendre. Si on veut fabriquer des pièces, si on veut le faire progresser, il faut que des compagnies aériennes partout sur la planète l'achètent. Et avec la force de vente d'Airbus, son organisation, ça nous donne des perspectives de confiance beaucoup plus élevées.  Dans cette relation économique entre la France et le Québec, on peut faire plus, par exemple, dans le domaine numérique ? Ça c'est une piste ? 

    Entre autres, toutes ces jeunes entreprises également, quand on veut amener à travailler ensemble. Et vous savez, on en a pour un peu plus de quatre milliards de dollars canadiens d'échanges. On pourrait faire plus. Il y a de la place pour faire plus parce qu'on commerce plus avec d'autres États américains, par exemple, ou des provinces voisines, qu'avec la France ; ce qui est un peu surprenant. On a encore beaucoup de place pour augmenter ces échanges, à la faveur de l'accord de libre-échange. Mais je vois beaucoup d'avenir dans la mise en contact de nos jeunes entrepreneurs, de part et d'autre de l'Atlantique, pour des projets communs. Vous savez, sur ces jeunes pousses, comme on dit, il y a forcément une ou deux entreprises qui vont devenir de grandes entreprises, qui auront été créées au Québec et en France, ensemble par des partenariats. Il y a le domaine aussi de l'intelligence artificielle. C'est une priorité au Québec. Oui, c'est déjà depuis quelques années un système, un écosystème comme on dit, qu'on a mis en place. Il y a maintenant 9 000 étudiants, des centaines de chercheurs là-dedans, des grandes firmes. Et régulièrement, on a des propositions d'installation à Montréal parce que c'est véritablement une technologie qui va guider l'avenir du siècle, mais qui doit également être étudiée sur le plan social, des retombées sociales et de la société, de l'intelligence artificielle sont importantes. J'en ai parlé d'ailleurs avec le président Macron. On aura un colloque à l'automne, à Montréal, sur cette question spécifique des impacts sociaux de l'intelligence artificielle.

    La France est le pays qui investit le plus au Québec. Ça reste quelque chose, dans la relation, qui reste très fort ?

    Absolument. On est très heureux de ça parce qu'il faut que cette relation soit centrée bien sûr sur la langue qui nous unit, sur la culture, mais également le domaine économique, le domaine environnemental, les jeunes. Tous ces secteurs d'avenir font en sorte que la relation, qui demeure exceptionnelle et privilégiée, se projette dans l'avenir et change tout le temps à mesure que la société change.

    Vous étiez un peu uni, un peu contre Donald Trump, pour le coup, par rapport à cette taxe contre l'acier ou l'aluminium. Vous exportez plusieurs tonnes d'aluminium au Québec. Ça va impacter votre économie, ce protectionnisme de Donald Trump ? D'abord, le protectionnisme ça peut donner un peu de confort à court terme pour ceux qui en font la promotion. Mais ça finit toujours, toujours par être négatif pour l'État qui l'a mis en place. Pourquoi ? Parce que ceux qui souffrent, ce sont les citoyens. Par exemple, on a eu une petite bataille sur le bois d'œuvre, qu'on a encore avec le bois de construction, avec les États-Unis. On avait prédit aux Américains : "Tout ce que vous avez réussi à faire avec votre tarif, c'est de faire augmenter le prix des maisons chez vous." C'est exactement ce qui est arrivé. C"est-à-dire que ce sont les Américains qui vont payer ? Oui, c'est le consommateur américain, qui est le client final,  qui ramasse la note. Ce sera la même chose pour l'aluminium. Il y a plus d'inquiétudes en Ontario pour l'acier, parce qu'il y a une grosse industrie automobile en Ontario. Mais on en verra au cours des prochains jours. Ce n'est pas clair ce que Monsieur Trump veut faire. Vous pensez qu'il peut reculer ? Je pense qu'il ne voudra pas de l'appeler un recul, mais il pourrait peut-être disons moduler ça, son annonce de façon qu'elle ne nuise pas à sa propre économie.

    Les mots du Président Macron étaient très forts. Il a dit : "Le nationalisme, c'est la guerre."

    On parle de guerre commerciale. Une guerre commerciale, ça ne fait que des perdants, de part et d'autre. Il faut vraiment éviter ça. Il faut continuer à prospérer ensemble. Est-ce qu'on peut améliorer les échanges, ou des traités d'échanges plus ouverts ? Oui, certainement. Il faut certainement éviter de se replier vers le protectionnisme, le populisme qui a envahi nos sociétés un peu partout. On le voit en Europe, également ailleurs. Il faut vraiment développer une politique et un discours sincère et profond et vertueux. Marché ouvert ?

    Marché ouvert.

    La menace, vous dites que c'est ce protectionnisme à vos frontières au Québec ? Oui, le marché ouvert crée de l'emploi. Le marché fermé tue l'emploi. Et ça, c'est vrai partout, autant en Europe qu'en Amérique.

    Il y a cette langue commune. Ça a été, dans votre rencontre avec Emmanuel Macron. L'amitié entre la France et le Québec, c'est une langue, et ce sont des valeurs communes. Vous avez dit, Monsieur le Premier ministre, à Emmanuel Macron : "Cette langue, il faut la défendre." Vous dites aujourd'hui qu'elle est encore menacée.  Chez nous, en Amérique, vous savez, on est le peuple francophone d'Amérique. Ce n'est pas juste qu'on parle français, on a édifié une société moderne en français, au Québec, qui est florissante, dont on est très fiers. Mais étant donné la nature du continent américain, qui est toujours sous pression, il y aura toujours des pressions qui vont s'exercer sur la langue française. C'est la responsabilité de toute la société, et bien sûr du gouvernement, d'en faire la promotion. Il ne faut pas juste être défensif. Je rejoins Emmanuel Macron là-dessus, il ne faut pas se réfugier la tête basse en pensant qu'on est toujours attaqué et qu'on doit toujours se défendre. Il faut faire la promotion active de notre belle langue, de cette grande culture… Il ne faut pas avoir peur du plurilinguisme. Emmanuel Macron a dit : "Défendre le français, ce n'est pas refuser de parler d'autres langues."

    D'abord, affirmer la langue première, la langue commune qu'est la langue française. Et bien sûr, s'ouvrir au monde et apprendre d'autres langues. Moi, je souhaite que nos enfants au Québec soient au moins bilingues, et peut-être même plus. D'ailleurs, on a plusieurs familles au Québec, à cause de l'immigration, qui sont maintenant trilingues. Et c'est la même chose je crois ici.

    Est-ce qu'on peut encore faire plus ? Unir toutes les forces entre la France et le Québec, au sein de l'OIF, a sein de tous les organismes pour faire davantage pour cette langue française, notamment vers l'Afrique ?

    Oui. L'analyse simple des nombres montre que l'avenir de la langue française se situe sur le continent africain. Et là, il y a un devoir, et à la fois une immense opportunité. On a convenu, avec Monsieur Macron, de donner nos forces, avec les tailles respectives bien sûr qu'on la France et le Québec, pour favoriser la diffusion et l'enseignement. Par exemple, par la formation des maîtres en Afrique, pour améliorer la condition et la qualité de la langue enseignée, mais également le contenu numérique francophone qui doit être plus facilement accessible. Voilà des exemples concrets d'actions communes que le Québec et la France peuvent mener. Vous savez, on a le choix pour l'Afrique. Il y a cette population qui augmente de façon exponentielle. On peut soit la laisser à elle-même : et là, on a un enjeu de sécurité, on aura un enjeu de stabilité dans le monde ; ou en faire un nouveau foyer de prospérité, le plus souvent possible en français, et on aura gagné. Toute l'humanité aura gagné à ça. Monsieur le Premier ministre, vous êtes Franco-Québécois.

    Oui. Vous avez la double nationalité. J'ai la double citoyenneté canadienne et française. Vous êtes chez vous ici ?  Oui, bien sûr. Quand vous rencontrez le Président français.  C'est mon Président aussi, d'une certaine façon. Je n'ai pas voté, je tiens à le dire, parce que comme chef de gouvernement, je trouvais un peu embarrassant de voter pour un gouvernement à l'étranger. Mais ma mère est de Grenoble, alors j'ai hérité d'elle ce fabuleux cadeau qu'est la citoyenneté française. J'ai étudié dans un lycée français à Montréal. J'ai passé mon bac…

    Et vous qualifieriez comment, vous, cette amitié entre la France et le Québec ? On dit que c'est la vingtième année de cette rencontre. Au fond, vous allez rencontrer Édouard Philippe aujourd'hui. C'est quoi cette amitié, au fond ?

    C'est une amitié profonde. Et vous avez raison de choisir le mot d'amitié avant tout, parce qu'on parle d'économie, on parle de l'environnement, mais au-delà de tout cela, c'est de l'amitié profonde, de l'affection. Et je dirais même de l'affection au-delà même d'amitié, qui unit les Québécois et les Français, dans les deux directions. Ce que je veux faire, ce que je veux voir au cours des prochaines années, c'est beaucoup de Français venir chez nous, ce qui est le cas, mais je veux également que plus de Québécois et de Québécoises viennent en France pour étudier et travailler, faire grandir leur entreprise en français, ici. 

    Merci beaucoup. Monsieur Philippe Couillard, Premier ministre du Québec, était aujourd'hui notre invité exceptionnel sur TV5 Monde. Merci beaucoup, Monsieur le Premier ministre. Merci et bonne journée. 

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