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  • L'invité

    Matthieu Ricard

    Invité : Matthieu Ricard.

    Depuis 50 ans, Matthieu Ricard a trouvé sa philosophie du bonheur dans l´Himalaya. Devenu moine tibétain, il publie les plus belles photos de son paradis terrestre pour répéter aux hommes combien leur terre est belle.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Moine bouddhiste, interprète français du Dalaï-lama,

    photographe, Matthieu RICARD.

    Une conscience à travers le siècle.

    Il publie un livre tout à fait étonnant,

    c'est "un demi-siècle dans l'Himalaya" aux éditions de La Martinière,

    j'allais presque dire, ce livre de photos, c'est presque l'oeuvre d'une vie.

    Ben oui, parce que un demi-siècle ça se refait pas quand on a 70 ans,

    donc c'est vrai que c'est (...)

    Moine bouddhiste, interprète français du Dalaï-lama,

    photographe, Matthieu RICARD.

    Une conscience à travers le siècle.

    Il publie un livre tout à fait étonnant,

    c'est "un demi-siècle dans l'Himalaya" aux éditions de La Martinière,

    j'allais presque dire, ce livre de photos, c'est presque l'oeuvre d'une vie.

    Ben oui, parce que un demi-siècle ça se refait pas quand on a 70 ans,

    donc c'est vrai que c'est sympathique d'avoir passé une belle vie

    auprès de personnes extraordinaires, inspirants,

    des hommes et des femmes de sagesse et de bienveillance.

    Et de témoigner de cela.

    50 ans, un demi-siècle. On va avoir quelques-unes de ces photos,

    ça remonte à quand cette rencontre avec l'Himalaya ?

    1967, c'est pour ça que ça fait un demi-siècle cette année,

    où je suis parti à un peu plus de l'âge de 20 ans

    pour rencontrer des maîtres spirituels du côté de Darjeeling dans le Bengale,

    et je rencontrais ces grands maîtres,

    j'étais très impressionné par leur présence,

    je suis revenu cinq ou six fois tout en faisant une thèse à l'Institut Pasteur,

    et en 1972, je me suis établi pour de bon,

    d'abord à Darjeeling, ensuite au Népal, puis au Bhoutan.

    Je suis allé une vingtaine de fois au Tibet,

    et donc voilà, il y a toutes sortes d'activités qui se sont développés,

    des activités humanitaires.

    Maintenant on aide 250,000 personnes en Inde, au Népal, au Tibet,

    donc toute une activité de préservation

    de l'héritage de la culture spirituelle tibétaine et himalayenne.

    Un monastère où il y a 600 moines etc.

    Oui, c'est votre monde, et quand vous dites c'est une rencontre,

    c'est presque dire c'est une rencontre spirituelle,

    mais c'est une vraie rencontre physique,

    on le voit avec ces visages, avec ces personnes.

    Oui, c'est surtout une rencontre spirituelle,

    je serais pas resté là-bas

    si ce n'était pas pour étudier auprès de ces grands maîtres,

    et pratiquer leurs enseignements.

    C'est eux qui inspirent chaque instant de mon existence,

    et qui ont fait que j'ai passé tout ce temps

    avec une immense gratitude et une immense joie.

    Sinon, j'ai pas forcément une vocation d'explorateur,

    je pense que je serais resté pour faire la recherche scientifique.

    Là, c'est une autre forme de recherche,

    c'est la recherche sur comment fonctionne l'esprit,

    quels sont les mécanismes du bonheur et de la souffrance,

    comment développer, cultiver la bienveillance,

    comment mieux se mettre au service des autres,

    donc tout ça, ça s'apprend.

    Et donc voilà, c'est ce que j'ai appris auprès des maîtres spirituels.

    Ouais, et on voit quelques-uns de ces visages,

    il y a quelque chose dans les regards, c'est quoi ce qu'il y a dans ces regards ?

    Si vous voulez, quand on est pas uniquement préoccupé par soi-même,

    par son image, par l’ego, par le narcissisme,

    et qu'on est préoccupé par la sagesse pour soi et la bienveillance pour autrui,

    ça donne une dimension, une force qu'on trouve pas dans le monde

    parfois un peu superficiel de tous les signes extérieurs de la réussite,

    que sont la célébrité, la richesse, le pouvoir, l'image,

    la beauté physique qu'il faut garder à tout prix quelque soit l'âge.

    Donc, ça c'est évidemment des notions qui leur paraissent enfantines,

    et infantiles je dirais même.

    Donc voilà, c'est une autre priorité dans l'existence

    c'est de devenir un bon être humain pour mieux se mettre au service des autres.

    Vous direz que vous êtes devenu quelqu'un d'autre,

    après cette rencontre avec l'Himalaya ?

    Vous savez, c'est une continuité, heureusement.

    Mais c'est sûr que tous les quelques petits progrès

    parce que j'ai encore des milliers de kilomètres à faire sur le chemin spirituel,

    mais je le dois à ces maîtres,

    et je suis persuadé que c'est grâce à ces 50 ans de pratique,

    plus ou moins assidue,

    j'aurais pu faire mieux, bien sûr, on est toujours un peu paresseux.

    Mais ceci, dit j'ai une immense gratitude

    pour ces 50 ans passés auprès de ces maîtres.

    Et cette vie spirituelle, ce regard spirituel,

    vous l'exprimez à travers un appareil photo,

    on découvre ces photos qui datent d'il y a 50 ans,

    on voit d'ailleurs des personnalités vieillir, les 50 années qui passent.

    Bien sur, il y a des personnes que j'ai suivi sur 50 ans, j'ai pas prévu ça au départ.

    C'est un regard spirituel, cet appareil photo ?

    Oui et pour moi c'est une offrande, si voulez,

    c'est comme si on avait…

    on serait tellement content d'avoir un portrait de Saint François d'Assise

    ou de Socrate, quelle tête il avait Socrate ?

    C'est quand même formidable de pouvoir voir ces grands maîtres,

    on connaît le Dalaï-lama en Occident,

    mais il y a des maîtres qui étaient les maîtres du Dalaï-lama lui-même,

    auprès de qui j'ai vécu pendant des années.

    Oui, ces gens sont fascinants. On voit par exemple,

    j'ouvre le livre, (inaudible) les choses comme ça.

    Évidemment.

    On vit dans un dans un monde intérieur, et en même temps dans un cadre,

    on voit aussi des photos de paysages, un cadre somptueux, inspirant.

    Ben il faut dire que l'Himalaya, la dimension, vous êtes déjà 4,000 mètres,

    et puis vous regardez en l'air, il y a 4,000 mètres au-dessus,

    je veux dire, c'est quand même une dimension colossale.

    Au Tibet, vous avez des plateaux qui s'étendent sur 100 kilomètres

    comme ça, avec des animaux sauvages,

    de moins en moins maintenant,

    parce que des chinois ont beaucoup fait le ménage sur la faune.

    Mais ceci dit, là vous voyez une image, il faisait -25 le matin,

    sans chauffage évidemment, sur un lac gelé,

    au mois de février dans le Tibet de l'Est.

    Voilà, c'est un monde magnifique, inspirant, les gens sont inspirants,

    les lieux sont des lieux où ont tous vécu des ermites,

    des grands sages du passé.

    Ces lieux sont habités, voilà un paysage, vous voyez,

    je vous disais, vous êtes déjà à 3,000 mètres,

    et vous regardez au-dessus, et vous avez encore 4,000 mètres au-dessus.

    On a l'impression qu'il y a deux paysages superposés l'un sur l'autre.

    C'est quand même assez étonnant, on voit pas ça ailleurs, je veux dire.

    C'est un monde spirituel, j'allais presque dire, tout est du domaine spirituel.

    Et oui, parce que chaque lieu est souvent un lieu de pèlerinage,

    sur ce rocher, c'est pas marqué buvez Coca Cola,

    c'est marqué "OM MANI PADME HUM", c'est le mantra de la compassion.

    Donc tout vous rappelle à ces valeurs fondamentales, au lieu de vous distraire,

    la publicité, c'est un truc qui essaye de vous voler votre esprit.

    Ici, on essaye de nourrir votre esprit, et de l'inspirer,

    encore une fois, pour avoir davantage d'ouverture à l'autre.

    C'est quoi la recherche ? C'est une recherche du bonheur, tout simplement ?

    C'est une recherche pour trouver les causes de la souffrance,

    qui elles-mêmes sont causées par l'ignorance,

    donc c'est tout un ensemble pour finalement s'apercevoir

    que beaucoup d'êtres aspirent au bonheur, mais lui tournent le dos,

    redoutent la souffrance, mais se précipitent vers elle.

    Nous avons une forme d'addiction à la souffrance, par ignorance.

    Oui, c'est terrible ça, ce que vous dites, Matthieu RICARD.

    Une addiction à la souffrance.

    Mais c'est pour ça que le Bouddha, son premier enseignement,

    c'était quelles sont les causes de la souffrance ?

    Quel est le chemin qui mène à se libérer des causes de la souffrance ?

    Comme si vous allez voir un médecin,

    si vous êtes malade vaut mieux le savoir,

    c'est pas la peine de fermer les yeux, de faire la politique de l'autruche.

    Mais une fois qu'il y a une possibilité de vous guérir,

    ça serait idiot de ne pas suivre les prescriptions du Docteur.

    Tout ça, évidemment, c'est cette rencontre, on le dit encore,

    et au delà de ça, il y a ce peuple menacé, il y a ce peuple en difficulté et qui résiste.

    Il y a toutes sortes de menaces : il y a le génocide culturel au Tibet,

    il y a le Népal où nous travaillons beaucoup,

    il y a des tremblements de terre, des inondations.

    Lors du tremblement de terre de 2015, il y en a eu deux importants,

    nous avons réussi a aider quand même 220,000 personnes dans 600 villages,

    on a apporté 15,000 tentes, 600 tonnes de riz.

    Donc voilà, on essaye aussi d'être au service de cette population

    que nous aimons de tout notre coeur.

    Oui, vous diriez quoi, le message là, il va y avoir bientôt une année nouvelle,

    le message, c'est quoi finalement ?

    L'année nouvelle, c'est de faire place à plus de bienveillance, de solidarité,

    de travailler dans la coopération, et pas dans la compétition,

    et que savoir que tous dans le même bateau,

    notamment pour la question de l'environnement qui est le grand défi du XXIe siècle,

    et en Himalaya, c'est le troisième pôle.

    On voit l'Himalaya fondre à vue d'oeil, il y a 4,000 glaciers au Tibet dans l'Himalaya,

    le Tibet a du permafrost qui peut libérer du méthane

    qui va considérablement contribuer au réchauffement global.

    40 % des forêts ont été coupé par les Chinois.

    Le Tibet, tous les grands fleuves d'Asie viennent du Tibet,

    ça nourrit 35 % de la population du monde, vient de l'eau qui vient du Tibet.

    Donc, préserver l'environnement du troisième pôle qui est Tibet,

    c'est essentiel pour la planète.

    Merci pour tout. Merci beaucoup Mathieu RICARD,

    un demi-siècle dans l'Himalaya aux éditions de la Martinière. On était ravi de vous accueillir aujourd'hui.

    Merci.

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