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  • L'invité

    Emmanuel Gras

    Invité : Emmanuel Gras, réalisateur.

    Dans « Makala », le réalisateur Emmanuel Gras suit un jeune charbonnier de la région du Katanga, en République démocratique du Congo. Un film poignant sur la réalité quotidienne des jeunes Congolais, contraints à tous les sacrifices pour faire vivre leur famille. Le long métrage a été récompensé au dernier festival de Cannes.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Emmanuel GRAS.

    "Makala", le film présenté au Festival de Cannes, sort sur les écrans en France.

    C'est un film étonnant, un film au cœur du continent africain,

    en RDC plus exactement, au cœur du quotidien d'un jeune homme

    qui doit survivre et surtout faire vivre sa famille.

    Oui. En fait, ça raconte l'histoire de Kabwita

    qui est un villageois à côté de la ville de Kolwezi,

    et qui est un charbo (...)

    Bonjour Emmanuel GRAS.

    "Makala", le film présenté au Festival de Cannes, sort sur les écrans en France.

    C'est un film étonnant, un film au cœur du continent africain,

    en RDC plus exactement, au cœur du quotidien d'un jeune homme

    qui doit survivre et surtout faire vivre sa famille.

    Oui. En fait, ça raconte l'histoire de Kabwita

    qui est un villageois à côté de la ville de Kolwezi,

    et qui est un charbonnier, et donc il fabrique du charbon,

    il va dans la brousse, il fabrique son four dans la brousse,

    et ensuite il doit aller le vendre en ville, et pour ça il doit traversé vraiment une…

    Il y a une route très longue, qui est assez périlleuse,

    et c'est ça que j'avais envie de filmer.

    Oui. Vous avez suivi le parcours de ce jeune homme au cœur de sa réalité.

    Oui. C'était vraiment de…

    l'idée c'était de faire vivre l'expérience que ça pouvait être de voir en fait…

    le charbon de bois, c'est un produit qui est largement utilisé dans toute l'Afrique,

    et en même temps qui ne vaut pas grand-chose,

    mais derrière, il y a un travail énorme,

    et moi je voulais que le spectateur puisse vraiment rentrer dans la vie de quelqu'un

    qui fait ce métier là.

    Un film récompensé dans de très nombreux festivals. " Makala " d'Emmanuel GRAS.

    Regardez.

    (langue étrangère)

    On est au cœur de la réalité, c'est presque un suspense quelque part,

    ce parcours là, semé d'embûches.

    Oui, il y a quelque chose d'assez…

    En fait, on est un peu comme dans un paysage à la "Mad Max",

    pour moi quand j'ai découvert cette région-là,

    j'avais l'impression d'être dans un endroit quasiment post-apocalyptique ou post-capitaliste,

    c'est-à-dire où tout…

    Voilà, et vraiment, il y a la nature qui est très abîmée,

    et il y a des gens qui réussissent à trouver des ressources là-dedans pour continuer à vivre.

    Oui. Il s'agit, je le disais de faire vivre sa famille,

    au bout du chemin, il y a ça, il y a cet enjeu vital.

    Oui, c'est ça qui m'a touché moi.

    En fait, quand j'avais eu l'idée du projet de suivre l'histoire d'un charbonnier,

    mais quand j'ai rencontré Kabwita, ça s’est vraiment intégré après,

    parce que j'ai découvert sa famille,

    il a une femme, il a 3 enfants dont une petite fille, dont une toute petite fille je veux dire,

    et une autre qu'il a envoyé chez sa belle-sœur pour pouvoir être mieux éduquée,

    et moi c'est quelque chose qui ma beaucoup touché quand je l'ai rencontré.

    Oui. On voit que ce parcours est difficile avec un vélo, une charge très lourde,

    il doit affronter des obstacles liés à la nature, liés aussi aux rencontres qu'il fait.

    Oui. C'est-à-dire, qu'en fait à travers son parcours,

    moi je m'étais fait le pari, et je crois qu'il est tenu,

    qu'en fait en suivant un parcours qui est très simple,

    puisque c'est donc l'histoire d'un villageois qui part de son village pour aller en ville,

    qu'on allait avoir un aperçu de l'Afrique,

    et vraiment au cours de ça, il doit négocier,

    il rencontre aussi des policiers, si on veut, corrompus,

    il fait toute une série de rencontres, je pense qu'ils sont assez représentatives,

    si vous voulez, des tensions qui peuvent exister,

    des tensions sociales qui peuvent exister, en tout cas en RDC,

    et je pense aussi dans pas mal des pays d'Afrique.

    Oui. Au bout du chemin, il y a la vie, il y a la musique,

    il y a aussi la religion, il y a aussi la spiritualité.

    Oui. C'est un film qui est à la fois très matériel, très concret,

    puisque Kabwita sait qu'il doit travailler pour nourrir sa famille.

    Après, il y a aussi tout un environnement qui est celui aussi de la RDC

    où la religiosité très présente, les gens sont très croyants,

    et je pense que ça…

    moi je voulais que ça transparaisse aussi dans le film qu'il y a toujours cette…

    que ça tire vers une forme de transcendance qu'on ressent,

    qu'on n'est pas uniquement dans le concret des choses,

    mais qu'il y a ce désir humain, notamment de Kabwita,

    de s'élever vers quelque chose d'autre.

    Oui. On va regarder encore des images de cette bande-annonce.

    L'esthétique est extraordinaire, parler de cette nature,

    cet environnement presque mystique que l'on voit à l'écran.

    Vous voyez, le soleil là qui se lève,

    on vit au cœur de cette Afrique qui nous transcende.

    Oui. Après, j'ai essayé de travailler, c'est moi qui fait l'image, qui filme,

    je sais que j'avais envie qu'il y a un souffle épique en tout cas, qui parcourt le film,

    parce que ce que je le voyais accomplir, avait quelque chose,

    vous voyez, c'est comme un héros de légende en fait qui part de chez lui,

    qui doit accomplir des hauts faits, combattre un dragon,

    bon là, il ne doit pas combattre un dragon

    mais il doit transporter un vélo surchargé avec du charbon,

    et il y a quelque chose de légendaire là-dedans.

    Regardez.

    L'émotion, parce que ça c'est le mot qui a été écrit,

    parce qu'au fond, c'est provoquer l'émotion.

    Oui. En fait, au final quand on fait du cinéma,

    il faut que ça soit une émotion intelligente,

    mais par contre, pour moi, il n'y a pas de film qui me marque

    sans qu'il y ait une émotion, et je pense que là l'émotion elle arrive

    parce qu'on a vraiment, on est en compagnonnage avec Kabwita,

    parce qu'on souffre avec, on souffre dans la durée aussi,

    et de là, en fait, naît une empathie et une empathie humaine,

    je pense… pour moi en tout cas, j'ai essayé de rester dans une grande pudeur.

    Mais en fait, par contre, comme on partage son destin,

    il y a quelque chose qui se passe.

    Oui. Il y a une force des silences aussi.

    On le suit comme ça, dans une forme de solitude.

    Oui. Parce qu'en effet, moi je suis.. il y'en a d'autres qui travaillent à plusieurs,

    moi j'ai préféré rester sur l'histoire de quelqu'un

    parce que je trouvais que justement..

    enfin, c'est le cas d'un certain nombre comme lui,

    mais je trouvais qu'il y avait quelque chose qui était plus directe,

    qui était plus simple, il y avait une simplification un peu plus essentielle

    de ce que ça peut être la vie dans cet endroit-là.

    Oui. Quand on le voit abattre un arbre,

    on voit la difficulté aussi, le courage qu'il faut.

    Finalement, c'est une ode à tous ces Africains qui se battent pour vivre.

    Alors. En tout cas, je ne peux pas parler de toute l'Afrique,

    mais parce qu'il y a quelque chose qui m'avait touché en fait,

    c'est quelqu'un qui avait… un congolais qui avait vu le film,

    et qui m'a dit ah oui, mais en fait,

    parce qu'on parle souvent du Mythe de Sisyphe quand on voit le film

    puisqu'il pousse un chargement,

    il m'a dit : Mais tu sais en fait, au Congo il y a énormément de Sisyphe,

    c'est-à-dire des gens qui doivent accomplir des…

    qui doivent pousser des montagnes,

    et sans être jamais sûr de ne pas retomber au départ.

    En fait, tous, régulièrement,

    ils doivent refaire des choses énormes pour avoir un petit objectif,

    en fait, il faut déplacer des montagnes.

    Donc, le Congo est rempli de gens qui sont vraiment très courageux

    et qui n’ont pas nécessairement le fruit de leurs efforts.

    Oui. Parce que derrière, évidemment, vous le disiez, il va falloir négocier,

    le travail, cette difficulté, ce parcours,

    et à la fin, il ne va peut-être pas finalement récolter tout le mérite qu'il aurait pu avoir.

    Oui.

    Il y a aussi finalement un message contre l'injustice.

    Il y a un message contre aussi…

    Pour moi, j'ai filmé une situation de capitalisme très basique, très essentielle,

    où finalement, tout le fruit, tout l’effort qu'on peut mettre dans un produit,

    et après ça se résume à un prix qui est vraiment bas, et je voulais qu'on ressente en fait la disproportion entre la valeur économique d'un produit et le travail humain qu'il y a à l'intérieur de ce produit.

    Merci beaucoup Emmanuel Gras. "Makala", donc le film événement au cœur du quotidien africain, au cœur de l'émotion. Très beau film. Merci d'avoir été notre invité.

    Merci beaucoup.

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