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  • L'invité

    Fabrice Arfi

    Invité : Fabrice Arfi.

    Alors que le président français Emmanuel Macron, en déplacement au Burkina Faso, annonce la fin de la Françafrique et répète que « lui ne serait pas allé bombarder la Libye », le journaliste de Mediapart Fabrice Arfi publie, avec son collègue Karl Laske, les résultats de 6 ans d´enquête sur les relations Sarkozy-Kadhafi et dénonce ce qu´il considère être le grand scandale de la Ve République.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Fabrice ARFI. Vous êtes directeur des enquêtes à Mediapart. Vous publiez "Avec les compliments du guide", avec Karl LASKE. C'est une enquête de 6 ans sur ce qu’on pourrait appeler la relation entre KADHAFI et Nicolas SARKOZY. Vous le dites très clairement, après 6 ans d’enquête, il s'agirait là d’un des plus grands scandales de la cinquième République, finalement au service d’un régime dictatorial corrompu qui aurait servi simplement à financer une campagne électorale en France.
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    Bonjour Fabrice ARFI. Vous êtes directeur des enquêtes à Mediapart. Vous publiez "Avec les compliments du guide", avec Karl LASKE. C'est une enquête de 6 ans sur ce qu’on pourrait appeler la relation entre KADHAFI et Nicolas SARKOZY. Vous le dites très clairement, après 6 ans d’enquête, il s'agirait là d’un des plus grands scandales de la cinquième République, finalement au service d’un régime dictatorial corrompu qui aurait servi simplement à financer une campagne électorale en France.

    Oui, entre autres. On a coutume de dire que pour nous, on est probablement face à la plus grave des affaires de la cinquième République, si ce n’est la plus grave des Républiques qui lui ont précédé, car aux soupçons de corruption que nous documentons dans le livre, très vertigineux, à certains égards protéiforme, venant de plusieurs dignitaires libyens, arrivant dans plusieurs poches en France. À ces soupçons, s’ajoute la guerre, s’ajoute une dimension évidemment personnelle dans la guerre, non pas exclusivement personnelle, mais personnelle dans cette guerre dont on connaît les compromissions financières passées, entre une démocratie, fussent-elles parfois immatures, la France, avec une dictature épouvantable, la Libye, dont on a fait semblant de découvrir, en mars 2011, que c'était une dictature.

    En octobre 2011, KADHAFI est lynché par la foule. Qui a tué le colonel KADHAFI ?

    Le livre n'apporte pas de réponse définitive sur la mort de Mouammar KADHAFI, mais des éléments nouveaux. Tout le monde se souvient de la scène, les convois du colonel KADAHFI qui étaient en cavale, qui sont disloqués par un avion de l'armée française, qui bombarde le convoi. KADHAFI et les hommes qui sont avec lui, dont l’un de ses fils, ne meurent pas. Il est récupéré par la foule de certains insurgés. Il est lynché par la foule. On voit les vidéos. On se souvient d’un KADHAFI en sang.

    Là, il n'est pas mort.

    Non, là, il n'est pas mort.

    Il va être tué par une balle.

    On sait qu’il est exécuté. Très distinctement, on voit son cadavre avec un impact de balle. L'ONU a voulu avoir accès à un rapport d'autopsie. Le Conseil national de transition libyen, le gouvernement intérimaire qui était très dans la main de Nicolas SARKOZY, a refusé ce document à l'ONU. Nous n’avons pas de vérité médicale et scientifique sur la mort de KADHAFI, mais ce qu'on sait, non seulement grâce à nos révélations, mais aux enquêtes d'autres journalistes, je pense par exemple à Claude ANGELI du Canard enchaîné, c'est qu’il y avait au moins une cinquantaine de membres des forces spéciales françaises qui étaient présentes sur place. L'issue, que ce soit un des agents français, comme le disent des gens du Conseil national de la transition libyenne, des anti-Kadhafistes, ce ne sont pas des Kadhafistes. Que ce soit un agent français qui l'ait abattu ou qu'on ait laissé la foule l'abattre, au fond, ça ne change rien. KADHAFI n’avait que deux façons de s’en sortir dans cette affaire, mort ou mort. Il ne pouvait plus parler.

    Parce que, vous le dites, ce serait l'intérêt qu'il soit mort, qu’il se taise, pour ne pas raconter…

    Entre autres.

    Pour ne pas témoigner.

    Entre autres. Je ne suis jamais pour les explications binaires. Je pense qu'il y avait des intérêts divergents à la mort de KADHAFI. Ça ne faisait pas partie des résolutions de l’ONU. La France a toujours refusé l'issue pacifiste dans cette affaire. De fait, nous racontons l’opportunisme très manœuvrier de Nicolas SARKOZY autour des révolutions arabes et de la révolution libyenne qu'il a utilisée pour faire une sorte de prise de judo et du storytelling qui a accompagné l’engagement, notamment des Occidentaux, dans la guerre, qui est faux.

    Vous dites comme en Irak, sur des motifs absolument inventés.

    Pas inventés, mais toutes proportions gardées, il y a une dimension un peu irakienne dans notre guerre en Libye. Comme l'a dit le parlement britannique, qui a fait son examen de conscience, les raisons pour lesquelles et les informations sur la base desquelles nous sommes entrés en guerre, sont erronées. C'est le mot.

    Pourtant, on s'en souvient, KADHAFI est reçu en grande pompe à Paris, auparavant. Ça fait partie de cette histoire que vous nous racontez.

    Bien sûr. La venue et l'accueil, qu'aucune autre démocratie n’a fait dans cette mesure-là au tyran, c'était en décembre 2007, on se rappelle, le tapis rouge, les 6 jours de visite d’État, la tente bédouine dans les jardins de la République, c'était une forme de remboursement symbolique des compromissions entre 2005 et 2007 de la Sarkozie avec le régime libyen. Les compromissions furent, notamment, financières, notamment, corruptives, tel que nous le documentons dans le livre, mais pas seulement. La France a vendu, à cette dictature, du matériel d’espionnage sous les auspices de monsieur SARKOZY, matériel d'espionnage du net libyen qui a permis de surveiller les opposants, de les arrêter, de les torturer, et parfois même des les tuer.

    Vous publiez cette fameuse note KOUSSA dans laquelle un des chefs de service de renseignement libyen affirme qu’il y aurait promesse de financement de la campagne électorale de Nicolas SARKOZY en 2007. C'est évidemment démenti par l’ancien président de la République.

    C'est vrai qu'on s’attendait assez peu à ce que monsieur SAROKZY dise, en effet, j’ai été stipendié par une dictature. Cette note, qui est un des éléments, un des nombreux éléments matériels que nous apportons dans ce livre, il y a également des virements, des rapports, des rapports des services secrets, cette note était la promesse de financement de la bureaucratie libyenne pour la campagne de monsieur SARKOZY. Nicolas SARKOZY l'a traité de faux grossier. Il nous a poursuivis en justice. Il a perdu une première fois. Il vient de perdre une seconde fois. La justice a établi la parfaite authenticité matérielle de la note.

    Il y a le témoignage de Ziad TAKIEDDINE, qui sera en quelque sorte le porteur de valises. On se souvient de la réponse de Nicolas SARKOZY à la télévision lorsqu’on lui pose cette question. Il dit : "Quelle indignité, vous parlez d’un homme qui a fait de la prison et qui est un menteur".

    Ce que Nicolas SARKOZY oublie de dire quand il fait cette réponse, c'était sur France 2, à David PUJADAS, c’est que en effet Ziad TAKIEDDINE a fait la prison, mais c’était précisément pour avoir porté les valises du clan BALLADUR à l’époque où monsieur SARKOZY était son porte-parole. Évidemment que Ziad TAKIEDINNE n'est pas quelqu'un qu’il faut croire sur parole, et sans mauvais jeu de mots, prendre ce qu’il dit pour argent comptant. Mais il fait un témoignage que nous reprenons dans le livre pour plusieurs raisons. D’abord, pour la première fois, il s'auto-incrimine dans le dossier. Après nos révélations, il a été placé en garde à vue et mis en examen pour avoir convoyé des espèces de cash libyen, de Tripoli au ministère de l’Intérieur, à l’époque où monsieur SARKOZY y était. Est-ce que ça suffit pour publier son témoignage ? Non. Nous l’avons fait parce qu'il y a des documents extérieurs matériels qui viennent le conforter, notamment le journal intime manuscrit d’un ancien dignitaire libyen qui consignait, en 2007, pas en 2011, en 2007, les versements à la Sarkozie. C'est l’homme, Chokri GHANEM, que l’on retrouvera noyé dans le Danube dans l'entre-deux tour de l’élection présidentielle en 2012. Il y a un procès-verbal de la Cour pénale internationale qui confirme exactement, en termes de montants, de date, de destinataire et de personnes qui ont payé, les propos de Ziad TAKIEDINNE.

    Vous dites, Fabrice ARFI, qu’il y a eu une formidable entreprise pour étouffer cette affaire, qui passe d’ailleurs par des médias. Il y a eu des écoutes téléphoniques que vous révélez, qui montrent d’abord le nom de Paul BISMUTH, qui était employé par Nicolas SARKOZY comme prête-nom, qu'il y a eu une véritable entreprise d’État, dites-vous, pour étouffer cette affaire.

    Il y a quelque chose, j'assume le mot, de ressort mafieux dans la façon qu’il y a eu et la stratégie qu'a eue la Sarkozie, en trois points, de tenter d'étouffer le dossier. Premier point, comploter contre les magistrats et contre les enquêteurs qui essayent de découvrir. C'est ce que n'a pas fait Nicolas SARKOZY, c'est ce qu’a fait Paul BISMUTH, vous l’avez dit, mais également faire pression, nous le racontons, nous le documentons, sur les services secrets français pour empêcher que des témoins témoignent dans ce dossier. La troisième branche de cette stratégie, ce sont les médias, on savait l’emprise que Nicolas SARKOZY pouvait avoir sur certains médias, comment empêcher que des affaires ne sortent dans les journaux ou accompagner les plumes un peu plus dociles pour qu'elles écrivent ce qui avait l’heur de plaire à la Sarkozie.

    Merci beaucoup, Fabrice ARFI, "Avec les compliments du guide : Sarkozy-Kadhafi, l'histoire secrète" est publié chez Fayard. Merci d'avoir été notre invité.

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    00:08:22
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