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  • L'invité

    Jean-Michel Fauvergue

    Invité : Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du Raid.

    Il a mené les assauts contre Mehra, a géré la prise d'otage de l'Hyper Cacher, l'attaque du couple de policiers à Magnanville, le Bataclan... Aujourd'hui, Jean-Michel Fauvergue sort un livre où il témoigne : "Patron du raid".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    L'ancien patron du RAID Jean-Michel FAUVERGUE.

    Vous avez été patron du RAID de 2013 à 2017.

    Vous témoignez "Patron du RAID" aux éditions Mareuil.

    C'est un témoignage exceptionnel deux ans après,

    vous avez évidemment donner l'assaut contre les terroristes du Bataclan,

    c'était il y a deux ans.

    Est-ce que ces images restent gravées en vous pour toujours ?

    Bonjour. Oui, effectivement, ce sont des images (...)

    L'ancien patron du RAID Jean-Michel FAUVERGUE.

    Vous avez été patron du RAID de 2013 à 2017.

    Vous témoignez "Patron du RAID" aux éditions Mareuil.

    C'est un témoignage exceptionnel deux ans après,

    vous avez évidemment donner l'assaut contre les terroristes du Bataclan,

    c'était il y a deux ans.

    Est-ce que ces images restent gravées en vous pour toujours ?

    Bonjour. Oui, effectivement, ce sont des images qui sont très fortes,

    c'est des images d'horreur, des images qui impactent tout le monde,

    y compris le chef du RAID, y compris les gens du RAID,

    y compris les policiers qui interviennent,

    et c'est quelque chose qui reste gravé, je pense, définitivement.

    Oui, quand vous intervenez avec vos hommes,

    c'est vous qui allez sécuriser le rez-de-chaussée du Bataclan.

    La BRI s'occupe du balcon où se trouvent les terroristes.

    Alors déjà, nous quand on arrive,

    il y avait déjà eu une première intervention des primo-intervenants,

    c'est-à-dire de la BAC-PP avec ce commissaire et son chauffeur,

    qui, très courageusement, ont pénétré déjà à l'intérieur du Bataclan

    et ont ouvert le feu sur un des trois terroristes qui s'est fait exploser

    ou qui a explosé à cause des impacts qu'il a reçus,

    mais nous quand on arrive, la situation est figée,

    c'est-à-dire que les deux autres terroristes se sont réfugiés derrière l'arrière scène

    où il y a un local qui est fermé par des portes.

    Et ils correspondent dans le local de haut en bas,

    du rez-de-chaussée au premier étage, par un escalier qui est derrière,

    et donc il faut tenir à la fois le bas et le haut.

    Le haut est tenu par la BRI qui donnera l'assaut,

    et le bas est tenu par le RAID,

    et les terroristes montent et descendent dans cet escalier.

    Oui, vous pensez pouvoir négocier encore à ce moment-là ?

    Non, on ne pense pas négocier.

    Alors il y a contact à la négociation,

    mais on ne pense pas négocier parce que l'on sait, depuis l'affaire Merah,

    que la négociation n'est pas le meilleur moyen pour gagner du temps.

    Pourquoi ? Parce que, en tout cas au RAID c'est la réflexion qu'on a fait nous,

    depuis l'affaire Merah, et avec toutes les autres affaires que l'on a décortiquées

    et qui se sont faites de part et d'autre dans le monde,

    on sait qu’un individu radicalisé, jamais, jamais ne se rend.

    Ils sont là pour mourir.

    Ils sont là pour mourir, et ils recherchent la mort en combattant,

    donc on sait que le temps doit compter pour nous et pas pour lui,

    parce que ça c'est important aussi, le temps,

    les radicalisés essaient de le distendre à leur manière pour plusieurs choses :

    d'abord pour se reposer, ou pour initier des explosifs, ou pour tuer les otages

    ou tout simplement pour mettre sur les réseaux,

    leurs films mortifères qu'ils ont pris auparavant en tuant des gens.

    Vous racontez d'ailleurs dans ce livre des pages émouvantes,

    comment vous avez du mal à vous déplacer à l'intérieur du Bataclan

    parce qu'il y a des monceaux de corps,

    évidemment, vous ne pouvez pas marcher sur ces corps,

    donc le déplacement est difficile.

    On traîne les pieds au milieu des corps effectivement,

    parce qu'on doit aller de l'autre côté de la scène,

    et là, on est au milieu de corps, au milieu de blessés qui râlent,

    qui nous demandent de les sortir de là.

    On est sur cette situation-là.

    Oui. Cinq jours après, vous donnez l'intervention à Saint-Denis,

    une intervention qui va être très critiquée.

    Beaucoup d'impacts pour abattre notamment Abaaoud

    qui est un des présumés commanditaires de l'attaque du Bataclan,

    mais finalement, une intervention qui ne se passe pas comme prévu.

    Les interventions, d'une manière générale, ne se passent jamais comme prévu.

    On a des process d'intervention, on révise nos gammes.

    Les gars révisent les gammes,

    le commandement et le patron du RAID travaillent sur la stratégie,

    et en général, les choses ne se passent pas comme prévu.

    Ce qui ne se passe pas comme prévu à Saint-Denis,

    un des engins explosifs, que nous en place sur la porte, ne fonctionne pas,

    donc ne nous ouvre pas la porte, et partant de là, on a plus l'effet de surprise.

    A partir du moment où on n'a plus l'effet de surprise, on fait un barrage de feu,

    j'ordonne un barrage de feu pour pas que les terroristes,

    dont on sait qu'ils sont équipés de gilets explosifs,

    de ces fameux gilets explosifs qui ont tué tant de personnes pendant la soirée,

    des terrasses et du Bataclan,

    on sait qu'ils ont ça.

    Je ne veux pas qu'ils se rapprochent de la colonne d'assaut,

    qu'ils se mettent derrière le mur qui n'est pas une cloison porteuse,

    mais qui est une cloison simple, et qu'ils me mettent une colonne d'assaut au tapis,

    donc on fait un barrage de feu,

    et on déroule notre intervention qui va durer sept heures comme ça.

    Alors effectivement, il y a eu de la polémique là-dessus, mais c'est de la polémique.

    Quand on fait le bilan de cette opération-là, de quoi s'agit-il ?

    Il s'agit d'aller chercher Abaaoud qui a des gilets explosifs,

    alors on nous a dit qu'il n'a pas de kalachnikovs, certes j'en prends acte,

    mais il avait une arme de poing,

    donc un pistolet neuf millimètres, ça tue aussi facilement qu'une cartouche de kalachnikov,

    des grenades qui ont été lancées sur les effectifs.

    J'ai eu cinq blessés par grenades, ça personne ne s'en est trop soucié dans cette…

    enfin, ceux qui ont lancé la polémique ne s'en sont pas beaucoup souciés.

    Et Abaaoud, rappelons rapidement qui il était, Abaaoud, on le voit trois mois auparavant, tirer, avec son pick-up, hilare, une dizaine de cadavres derrière lui, en Syrie.

    Il arrive, il est l'auteur, le cerveau de ces attentats de cette fameuse nuit,

    et il s'apprête à commettre un attentat tout aussi mortel sur la plateforme de la défense.

    Voilà où on en est.

    Alors polémique, moi je veux bien qu'on fasse une polémique sur tout,

    en particulier critiquer quand on n'est pas derrière la porte, pourquoi pas,

    mais rappelons-nous qui était ces gens-là.

    Oui. Et Jean-Michel FAUVERGUE, vous avez des mots d'ailleurs touchants,

    notamment il y a un homme derrière le policier,

    cette vocation que vous avez depuis votre enfance.

    Vous dites, au Bataclan,

    dans la fureur de ces cadavres que vous aviez sous les yeux,

    vous avez eu une pensée pour votre grand-père,

    et une rivière dans votre enfance.

    Oui, quand j'arrive avec la colonne d'assaut derrière moi,

    on prend en plein choc cette vision d'horreur, il y a un moment de sidération,

    et là, chacun a sa technique très personnalisée pour reprendre ses esprits.

    Moi, je n'ai pas le temps de…,

    je ne peux pas ne pas reprendre mes esprits rapidement.

    J'ai un dispositif à commander, j'ai des gens à commander,

    j'ai tous mes gars qui sont derrière,

    et donc, je me reconcentre en pensant à quelque chose qui m'est chère,

    et qui date de mon enfance.

    Ça veut dire, voilà, la vie c'est ailleurs, c'est ça.

    Oui.

    On a besoin de ça.

    On a besoin de ça, tout le temps.

    Vous avez peur aujourd'hui, pour ce qui peut arriver encore en France ?

    Est-ce qu'on est prêts maintenant,

    à faire face à cette menace qu'on connaît maintenant ?

    Non, je n'ai pas peur, au sens étymologique du terme,

    je n'ai pas peur de ça.

    La menace est importante, il faut bien s'en rendre compte,

    il ne faut mentir à personne, la menace est importante,

    elle a changé de visage et de forme,

    on est plus sur de la menace endogène,

    avec des individus qui se radicalisent seuls dans leur coins,

    et qui vont faire des attentats qu'on appelle low-cost avec peu de moyens,

    mais qui peuvent être très meurtriers, on l'a vu à Nice.

    Il faut, psychologiquement,

    non pas être prêts à ça parce qu'on n'est jamais prêts à ça,

    mais psychologiquement, savoir que ça peut arriver.

    Et il faut maintenant,

    en plus de l'aspect opérationnel qui a évolué et qui évolue tout le temps,

    avec des services de renseignements qui sont de plus en plus performants,

    des services d'enquête qui sont plus performants,

    des services d'intervention qui sont performants,

    qui sont perfectibles encore, mais performants,

    il faut aussi que maintenant, on arrive à travailler avec la population,

    avec les populations,

    et qu'on arrive à avoir de cette population, plus de participation,

    plus de renseignements, qu'elle travail sur la résilience, énormément.

    Merci beaucoup Jean-Michel FAUVERGUE, ancien patron du RAID.

    Vous publiez "Patron du RAID : face aux attentats terroristes" aux éditions Mareuil.

    Je le précise, vous êtes aujourd'hui député La république en marche,

    donc passé de l'autre côté, dans la politique.

    Merci beaucoup Jean-Michel FAUVERGUE.

    Je vous prie, merci de m'avoir invité.

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