Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Cristian Mungiu

    Invité : Cristian Mungiu, réalisateur, scénariste et producteur roumain.

    Palme d'or du 60e festival de Cannes, en 2007, l'ancien journaliste est devenu le plus grand cinéaste roumain contemporain, récompensé dans le monde entier. L'occasion pour lui d'afficher son cinéma indépendant à côté des géants d'Hollywood.

    Présentation : Patrick Simonin. Émission enregistrée au festival international du film de Marrakech.

    Transcription

    Bonjour Cristian Mungiu. On apprend tous les jours, Cristian. C'est-à-dire vous, vous avez voulu faire du cinéma, j'allais dire, dans votre chambre d'étudiant. Vous vous êtes dit un jour : "Je vais fabriquer des films" ? Les choses n'arrivent pas comme ça, mais je voulais être écrivain, pour commencer. À l'âge de 14/15 ans déjà, j'ai commencé à écrire des petites choses et peu à peu j'ai trouvé un style. J'ai trouvé un style, pour commencer en écriture. Oui. Mais plus tard, comme tous les adoles (...)

    Bonjour Cristian Mungiu. On apprend tous les jours, Cristian. C'est-à-dire vous, vous avez voulu faire du cinéma, j'allais dire, dans votre chambre d'étudiant. Vous vous êtes dit un jour : "Je vais fabriquer des films" ? Les choses n'arrivent pas comme ça, mais je voulais être écrivain, pour commencer. À l'âge de 14/15 ans déjà, j'ai commencé à écrire des petites choses et peu à peu j'ai trouvé un style. J'ai trouvé un style, pour commencer en écriture. Oui. Mais plus tard, comme tous les adolescents, j'ai commencé à voir des films, je me suis dit : "Écoute, peut-être que pendant une période, je pourrais dire des histoires avec des images. Et plus tard, on va voir si je peux être écrivain ou pas". Même aujourd'hui, je crois que j'écris beaucoup mieux, que ma façon de faire des films. Mais les choses se sont passées comme ça, il m'a été possible, après la chute du mur, de faire mes études de cinéma et de finalement, rester un peu plus dans le cinéma. On est ravis de revoir quelques images, "4 mois, 3 semaines et 2 jours", Palme d'or à Cannes, Cristian Mungiu. (Langue étrangère). L'avortement, l'intégrisme religieux, finalement la bataille, y compris au sein du cercle familial, pour exister dans un monde difficile, ce sont des thèmes très forts pour un cinéaste. Parfois, je ne parle pas pour connaître (en connaissant) très bien le thème. Ce que je veux, je veux observer la nature humaine. C'est ça que je fais toujours, même avec mon dernier film. Les gens demandent : "De quoi tu parles ? Tu parles de la corruption de ton pays" ? Mais non, pas du tout. Je parle de la nature humaine et ça arrive partout. Et par exemple, pour moi "4 Mois, 3 semaines et 2 jours", ce n'est pas seulement un film sur l'avortement. Bien sûr, nous avons toujours besoin d'un petit mot, pour se souvenir que ce film… On met des étiquettes. Oui, des étiquettes. Mais c'est un film sur les choix, la liberté que tu as et la responsabilité qui arrive, avec les choix que tu fais. Et aussi, ce que j'aime beaucoup dans ce film, c'est difficile de faire ça dans le cinéma, de parler d'une époque, avec les détails pour comprendre. Pas de faire la grande histoire, qui se retrouve dans des livres de cinéma, mais montrer les petits détails et l'atmosphère de la vie, pendant les années 80, dans le communisme. Parce que par exemple, dans le monde occidental, on croit qu'on connaît le communisme, on sait, mais les détails du quotidien, ça manque toujours. Et la meilleure chose qui s'est passée avec ce film, c'est cette idée qu'il y a toujours quelqu'un qui est à côté de toi, qui te suit. C'est quelque chose qui est vraiment très bien dans le film et qui fait que le film vieillit de façon assez respectable. Oui, et ça vieillit bien. Même "Baccalauréat" par exemple, film devenu culte et qui vieillit bien, mais qui continue de nous parler à nous-mêmes ? Je crois que dans le cinéma, c'est très important toujours de parler de quelque chose qui n'est pas le sujet du jour. Je n'aime pas cette idée que par exemple maintenant, on fait trop des films sur les réfugiés. Oui c'est bien, c'est important, c'est dans les news, c'est bien de faire des films de temps en temps. Mais à la fin, si tu regardes un film comme ça 10 ans plus tard, si on regarde les grands films dans l'histoire du cinéma, ils ne parlent pas d'un sujet qui était le sujet du jour, à ce moment-là. Le cinéma doit parler de choses plus générales, plus humaines, d'avoir de petites observations informelles, sur les choses que tu as découvertes sur toi et sur les autres. Moi, j'essaie de faire ça toujours, d'avoir une histoire qui est vraiment très forte, qui est le premier niveau de cette histoire. Mais à côté de ça, c'est toutes les petites choses que tu observes. Parce que par exemple, les gens me demandent : "Quel film tu as vu pour t'inspirer" ? Mais moi, je m'inspire de la vie à côté de moi, de la réalité. De la vie, de tout ce qui se passe autour. Oui, tu observes les gens, ça, c'est intéressant. Et ici, il s'en passe, à Marrakech. Oui, mais les gens qui existent en réalité, ils font partie du film le plus intéressant pour moi, le film de la réalité de la vie. Oui. Mais "Baccalauréat" reste inoubliable. Regardez quelques images de ce film, prix de la mise en scène au Festival de Cannes. (langue étrangère) Et Cristian, vous aviez été journaliste au départ, avant de passer j'allais dire, derrière la caméra de réalisateur. Parce que c'est être une éponge, au fond. Parce qu'il y a quelque chose qui est commun, entre être journaliste et devenir quelqu'un qui raconte des histoires, c'est l'intérêt de trouver des choses intéressantes à dire et l'intérêt pour observer, la curiosité. Et moi comme journaliste, j'aimais… je suis devenu journaliste, parce que je voulais dire des choses que je trouvais vraiment très intéressantes, tu dois savoir ça. Et après ça, quand tu deviens journaliste, tu trouves un style, une façon de raconter une histoire. Et tu commences à avoir un rythme, qui devient un peu personnel. Et ce que j'ai fait moi, j'ai essayé de transformer ce rythme, ma façon de raconter, de donner des petites informations sur quelque chose, les détails, (inaudible), je les ai transformés dans un style, avec mon cinéma ou j'ai essayé. Mais aussi toujours, j'ai gardé de la période de la presse, une sorte de clarté. Quand je commence à écrire mes scénarios, je dois savoir ce qu'est le point de vue, qui est le personnage principal, ce qu'il fait, pourquoi il fait, comment on avance. Et c'est une sorte de compréhension de la structure d'une news et je l'utilise pour le film. Et puis un jour vous m'avez dit, Cristian Mungiu, à Cannes : "Il n'y a pas que les films de super-héros pour faire du cinéma, il faut exister autrement. Il faut du cinéma d'auteur", mais il faut se battre pour ça, quand même. Ce qui est intéressant dans le cinéma d'aujourd'hui, c'est que c'est très démocratique, c'est devenu vraiment très simple de faire un film. Ce qui est par contre compliqué, c'est de trouver quelqu'un qui regarde ton film. Et moi, ce que j'aime dans le cinéma, j'aime cette diversité. Tu peux voir des films avec des héros, ça, c'est très bien. Mais à la fin, c'est bien de faire des films aussi pour les autres, une petite niche, un autre public, qui veut voir d'autres films, pas ça. Et j'espère, je crois que le cinéma va continuer comme nous l'avons connu dans le siècle précédent. Oui. Ça, ça va continuer vous dites, Cristian, vous êtes confiant ? Oui j'espère, j'espère bien. Aujourd'hui, ce n'est pas clair. Parce qu'on dit dématérialisation, Netflix, on dit tout ça, on dit qu'on n'ira plus voir des films dans les salles, etc., voilà, les cinémas ferment ici aussi, oui. Oui, parce que ça devient vraiment très confortable de les voir chez toi. Mais ce qui est important, c'est quelle histoire tu vas raconter et à qui. La technologie a amené une grande liberté pour le moment, mais nous avons besoin d'un peu de temps, pour comprendre si à part la possibilité de voir des films n'importe où, sur un portable, ça va influencer aussi la façon de raconter des histoires, c'est ça qui compte. Parce que maintenant, nous avons la liberté de choisir n'importe quoi. Mais la liberté ne vient pas avec toutes les informations dont tu as besoin pour choisir une éducation. Moi je trouve que ce qu'on devrait faire tous, c'est investir un peu plus dans l'éducation des enfants, pour d'autres rythmes cinématographiques. Si tu les laisses voir seulement des films Netflix, qui sont très intéressants, très sympas, seulement des animations Disney, à l'âge de 17/18 ans, ce n'est pas possible de leur montrer Alain Resnais, par exemple, parce que le rythme est trop différent. On doit commencer par des petites choses, quand ils sont petits. Merci beaucoup Chistian Mungiu. Merci pour cette belle leçon, merci Cristian. Merci beaucoup, merci.

    Voir plusmoins
    00:08:14
    Tous publics
    Tous publics