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  • L'invité

    Aymeric Caron

    Invité : Aymeric Caron, journaliste français.

    Aymeric Caron publie un nouveau livre « Vivant, de la bactérie à homo ethicus » (éditions Flammarion) et réagit à l'actualité.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Aymeric Caron.

    Bonjour, Patrick.

    Merci d'être notre invité. On va parler dans quelques instants d'un livre tout public qui s'appelle Vivant. C'est un plaidoyer pour la vie sur Terre menacée. Vous diriez, aujourd'hui, quand vous voyez le mouvement des gilets jaunes, au fond : "C'est la fin du monde contre la fin du moi", comme le disent certains ?

    En tout cas, c'est l'expression qu'il y a une crise aujourd'hui énormissime et qu'on ne sait pas com (...)

    Bonjour, Aymeric Caron.

    Bonjour, Patrick.

    Merci d'être notre invité. On va parler dans quelques instants d'un livre tout public qui s'appelle Vivant. C'est un plaidoyer pour la vie sur Terre menacée. Vous diriez, aujourd'hui, quand vous voyez le mouvement des gilets jaunes, au fond : "C'est la fin du monde contre la fin du moi", comme le disent certains ?

    En tout cas, c'est l'expression qu'il y a une crise aujourd'hui énormissime et qu'on ne sait pas comment la résoudre. Effectivement, on nous présente ça comme une crise politique, simplement une rupture entre les élites et le peuple. Bien sûr qu'il y a cette rupture mais cette rupture est notamment due au fait que ceux qui nous gouvernent ne savent plus penser le monde en relation avec les urgences qui le menacent aujourd'hui. Je pense qu'il faut réinventer un modèle politique complètement nouveau, que tout ce qui a été fait, notamment sur le plan social depuis ces dernières années, ce ne sont que des rustines et qu'il faut imaginer un nouveau logiciel de pensée pour le vivre-ensemble. Ça n'est pas du tout déconnecté de l'écologie et du vivant ; bien au contraire. C'est justement parce qu'on a trop exploité, exploité la planète mais les hommes aussi, les humains, qu'aujourd'hui on se retrouve dans cette situation et qu'il faut donc que nous pensions complètement une autre économie qui soit celle du respect de l'autre, du respect du vivant, d'une consommation moindre, de la modération. C'est justement en repensant complètement les choses que l'on va pouvoir redonner du bonheur aux gens, que l'on va pouvoir repenser, par exemple, le temps de travail et en redistribuant les richesses autrement. Tout est lié.

    Oui mais au départ, c'est l'environnement, la protection de la planète, la taxation du diesel ; et au fond, on l'a dit : "Il faut payer cette transition énergétique" ; et au fond, les gens qui n'ont pas les moyens ne veulent pas la payer.

    Il y a là un effort pédagogique essentiel à faire que personne ne fait. Bien évidemment, le gouvernement présente aux citoyens français l'augmentation de l'essence comme étant une conséquence logique de l'écologie. Ce n'est pas ça l'écologie. Bien évidemment qu'on peut taxer l'essence à un moment pour, dans un équilibre global, expliquer qu'il faut en finir avec les énergies-carbone. On est d'accord mais on ne peut pas faire ça de manière unilatérale et sans réfléchir à un système global. C'est-à-dire que, par exemple, la politique de transports est liée à la politique du logement ou alors si on augmente l'essence, il faut dans le même temps évidemment qu'on ait des transports en commun qui soient développés. Je parle du logement parce que ces gens-là, ils ont des problèmes aussi avec l'essence parce qu'ils habitent à 30, 40, 50 kilomètres de leur lieu de travail. Pourquoi ils habitent là-bas ? Parce que c'est trop cher pour eux de se loger près de leur lieu de travail, c'est-à-dire près des grandes villes. Il faut penser globalement et puisqu'on parle d'économie, il y a quelque chose que personne ne dit, c'est-à-dire que la destruction du vivant a un coût énorme aujourd'hui pour la société parce que ce vivant nous rend des services ; nous rend des services essentiels sur le plan économique, ce qu'on appelle les services écosystémiques. C'est 125 000 milliards de dollars, la valeur de ces services écosystémiques. C'est quoi ? C'est, par exemple, la pollinisation ; la nourriture que l'on mange, un tiers de cette nourriture que l'on mange est pollinisé par des insectes. Si, tout à coup, tous ces insectes disparaissent, si ce vivant disparaît, ce sont des services que l'on va devoir, nous, compenser par des techniques que l'on va inventer. Ça va nous coûter énormément.

    Ce qui veut dire c'est qu'au fond, on fait des économies en protégeant la planète. On vient à votre livre qui s'appelle Vivant, vous dites au fond : "L'homme, l'Homo sapiens, tel qu'on le connait aujourd'hui sur Terre, va disparaître inexorablement si rien ne change".

    Oui, de toute façon, le genre humain est apparu il y a trois millions d'années environ ; je dis environ parce que là encore, on peut discuter. Il y a eu à peu près une quinzaine d'espèces humaines qui se sont succédées : Habilis, Ergaster, Neanderthalensis ; et on est arrivé à Sapiens, aujourd'hui. On est les seuls survivants des humains, on est la seule espèce et un jour elle va disparaître, c'est l'histoire du vivant : la plupart des espèces qui sont apparues un jour vont disparaître.

    Oui mais vous dites, vous : "Elle va être remplacée par une autre espèce, que vous espérez, qui serait une espèce Ethicus", enfin quelque chose…

    Soit en effet, on arrive à faire émerger une nouvelle espèce d'êtres humains que moi j'appelle Homo ethicus, c'est-à-dire un être humain qui placera la morale au cœur de toutes ses actions, soit en effet, je crois qu'on peut déjà prédire la fin de l'humanité.

    Pourquoi la fin de l'humanité ? Parce qu'au fond vous dites : "L'homme et le vivant sont liés". Au fond, qu'est-ce que la conscience ? Vous parlez de la conscience des plantes, vous parlez évidemment de la conscience animale ; l'homme est un animal ; et qu'au fond tout ça a un destin qui va inexorablement ensemble.

    Oui, ce que j'essaye de faire dans ce livre, c'est de retracer l'histoire du vivant depuis l'apparition des premières bactéries sur Terre il y a 3,8 milliards d'années, jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à Sapiens et d'imaginer ce que sera le vivant demain à un moment où nous sommes en train, nous, d'inventer un vivant artificiel, notamment avec l'intelligence artificielle, l'homme augmenté. On est en train de rentrer dans cette nouvelle ère où, bien évidemment, demain, nous serons nous-mêmes réparés. On s'interroge aussi sur la manière dont éventuellement on pourrait transplanter des cerveaux sur des puces électroniques. Pourquoi pas ? En tout cas, il y a des gens qui réfléchissent à tout ça. J'essaye de nous resituer dans ce vivant parce qu'on a l'impression, à cause de notre anthropocentrisme, que finalement, il n'y a quasiment que notre espèce sur Terre.

    Ça devient une espèce supérieure, on va dire c'est l'homme.

    En tout cas, il est dominant, ça c'est sûr.

    Au point de vue de l'homme, évidemment, il est supérieur.

    Absolument, l'espèce dominante. On vit, en tout cas, comme s'il n'y avait que nous et que tout ce qui nous entoure était accessoire, était à notre service alors qu'en réalité l'être humain, dans la totalité du vivant, occupe une place infime.

    Vous dites au fond : "C'est un assassinat de manger des animaux".

    J'ai une réflexion qui est purement étymologique, c'est-à-dire que dans un contexte tendu où on voit aujourd'hui des véganes qui vont taguer boucher, assassin, je m'interrogeais sur le fait de savoir si le terme d'assassin était justifié ou pas. Dans la mesure où on sait aujourd'hui que les animaux, les animaux d'élevage, sont des individus, c'est-à-dire avec leur conscience, leur univers propre, leur capacité à expérimenter le monde, ce sont des individus. Le fait de tuer un individu sans son consentement est un meurtre. Si ce meurtre a été prémédité, c'est un assassinat. Alors dans ce cas-là, on peut considérer que toutes les personnes qui participent à la chaîne qui va mener à la tuerie d'animaux pour la consommation, c'est-à-dire le consommateur, le boucher, l'éleveur, etc., participent à un processus d'assassinat.

    Vous dites : "Il y a deux catégories : les animaux humains et les animaux non humains".

    Oui, ça, ce n'est pas moi qui le dit, ce sont les scientifiques, c'est la biologiste. C'est-à-dire que longtemps, on a essayé de nous faire croire que nous n'étions pas des animaux, qu'il y avait les animaux et les hommes ; or depuis Darwin, on a bien compris que ça n'est absolument pas le cas et que nous sommes simplement une partie d'un grand tout, c'est-à-dire du monde du vivant, mais en particulier du monde animal.

    La conscience est importante dans votre livre. Au fond, vous dites même : "Au fond, les plantes peut-être souffrent".

    Je m'interroge là-dessus parce qu'on sait que depuis quelques années, il y a une nouvelle littérature qui est apparue pour nous parler de l'intelligence et de la sensibilité des plantes avec parfois une confusion que les gens peuvent imaginer. Que finalement, si les plantes sont intelligentes et qu'elles souffrent, c'est comme les animaux donc ce n'est pas très grave de manger des animaux puisque regardez, même quand on est végétariens ou végétaliens, on fait souffrir des plantes. J'essaie justement de bien expliquer qu'on ne parle pas de la même intelligence, on ne parle pas de la même souffrance et que parfois, ce qui a été écrit est un peu exagéré sur les animaux et je me réfère à des études scientifiques pour l'expliquer.

    La conscience est partout et au fond des valeurs, Aymeric Caron. Vous dites : "Il faut revenir à ces valeurs".

    Oui, ça me paraît extrêmement important ; c'est même essentiel. C'est sans doute ce qui nous manque aujourd'hui, c'est l'éthique et je me réfère une fois encore à Darwin qui expliquait dans un livre qui était paru en 1871, La Descendance de l'homme, il expliquait que la morale était ce qui était apparu en dernier chez les animaux supérieurs et que c'est ce qui allait aujourd'hui nous guider dans notre processus d'évolution, nous les humains, et non plus simplement la loi du plus fort, la loi de celui qui résiste quand tous les autres cèdent. La morale, cette capacité à regarder l'autre, à avoir de l'empathie pour lui, à l'aider, et que cette morale, selon Darwin, il l'avait déjà prédit, allait s'appliquer non seulement à nos congénères mais également aux animaux non humains.

    Merci beaucoup, Aymeric Caron. Ça s'appelle Vivant, de la bactérie à Homo ethicus. C'est publié chez Flammarion. On était ravi de vous recevoir aujourd'hui sur TV5 Monde.

    Merci à vous.

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