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  • L'invité

    Andréa Bescond, Éric Métayer

    Invités : Andréa Bescond, Éric Métayer.

    Victime d'un pédophile durant son enfance, la chorégraphe et comédienne Andréa Bescond s'est reconstruite par la danse. De cette épreuve traumatisante, elle a monté, avec son compagnon Éric Métayer, une pièce de théâtre, « Les Chatouilles », que le couple a adaptée au cinéma.

    Présentation : Patrick Simonin. Émission enregistrée lors du festival du film francophone d'Angoulême.


    Transcription

    Bonjour, Andréa Bescond, Éric Métayer.  Bonjour. C'est le choc des "Chatouilles", Karine Viard, Pierre Deladonchamps, Clovis Cornillac, ovation au Festival du Film Francophone d'Angoulême pour ce film qui est un film extrêmement personnel, fait à deux, tous les deux, Andréa. Oui, tous les deux. Pour le coup, on l'a vraiment écrit. Tout le monde sait que c'est largement inspiré de mon histoire, mais ce qu'on a voulu justement, c'est se détacher de mon histoire pour en faire l'histoire d'Odette. Ç (...)

    Bonjour, Andréa Bescond, Éric Métayer.  Bonjour. C'est le choc des "Chatouilles", Karine Viard, Pierre Deladonchamps, Clovis Cornillac, ovation au Festival du Film Francophone d'Angoulême pour ce film qui est un film extrêmement personnel, fait à deux, tous les deux, Andréa. Oui, tous les deux. Pour le coup, on l'a vraiment écrit. Tout le monde sait que c'est largement inspiré de mon histoire, mais ce qu'on a voulu justement, c'est se détacher de mon histoire pour en faire l'histoire d'Odette. Ça vient d'un spectacle que j'avais écrit et qu'Eric avait mis en scène. Mais là, on s'est dit, on reprend tout à zéro et on reprend chaque dialogue, tous les deux. C'est un homme et une femme qui écrivent autour d'une vie et qui en inventent d'autres autour d'un thème. En plus, ce qui était intéressant pour nous, c'était d'écrire à deux, homme femme, pour qu'il n'y ait pas de clivage sur les victimes hommes femmes. Je trouve ça très important. Victimes ou agresseurs. Effectivement, des deux côtés, justement de montrer qu'on peut en parler. Ce n'est pas une femme qui parle parce que soi-disant, il n'y a que les femmes, ou que les hommes disent, on veut en parler parce qu'on ne nous met pas assez en avant en tant que victime. Non, c'est un truc collégial. Regardez, "Les Chatouilles". Je m'appelle Odette. Je deviendrai une grande danseuse étoile.  T'es trop gentille. Ma petite Odette. Je t'aime, ma chérie. Il est incroyable, ce Gilbert. Tu n'oublies pas que c'est Gilbert qui vient te chercher. Gilbert… Merci d'avoir ramené la petite. Je t'en prie. C'est Gilbert. Ils partent à la montagne et ils proposent d'emmener Odette. On va demander à Odette. Bah non, c'est nous, ses parents, c'est à nous de décider pour elle. Je me demandais si tu ne voudrais pas jouer à la poupée avec moi. Par contre, tu ne le dis à personne. Extraordinaire. Les comédiens, on vient de les voir, Karine Viard, Pierre Deladonchamps, Clovis Cornillac, qui se sont investis complètement dans ces personnages et cette fillette qui va être victime d'un criminel pédophile. C'est ça que montre le film.  Ça parle de quelqu'un qui s'en sort aussi. Ça parle d'un traumatisme dont il est difficile de se relever, mais dont elle se relève, cette libération de la parole, de révéler tout ça, d'en parler, de le sortir de soi, de l'exorciser. Il y a plein de termes qu'ont peut adapter. Mais en tout cas, ne pas garder ça enfoui et le laisser pourrir en soi, ce n'est pas possible. Oui, il y a un dialogue entre le présent et le passé puisque les souvenirs reviennent tragiquement pour cette fillette qu'elle a été et cette femme qu'elle est devenue qui danse aujourd'hui, qui danse finalement. On avait envie de mélanger le présent et le passé, mais on avait aussi envie de mélanger les fantasmes. On avait envie de manger la vie. C'est presque ça. On avait envie de manger la vie. On n'avait pas envie d'en faire un film douloureux. Il l'est, mais on avait envie d'y mettre toutes ces choses qui nous passent par la tête, de plaisir, de souvenirs bons, quand la petite Odette s'envole dans son cours de danse. C'est un moment magnifique. D'ailleurs, ce que dit Ariane Ascaride qui joue le rôle. Elle dit "vas-y, continue, continue. Vit ces moments-là. Ils étaient tellement beaux". Il n'y a pas que ces mauvais moments. On n'avait pas envie de mettre la tête sous l'eau du spectateur pendant 1 heure 45. C'est toute l'ambiguïté de ce type d'enfance, d'un enfant brisé. Il était important pour nous de mettre en avant un contexte familial plutôt positif avec des parents plutôt aimants, une famille modeste mais qui vit bien, où tout le monde s'entend correctement, avec ses soucis, mais sans plus. Comment un enfant bascule dans l'horreur, puis revient dans quelque chose d'équilibré et sympa, et rebascule dans l'horreur. Tout est toujours sur un fil. C'est cette enfance dont on voulait parler, et après, cet adulte qui subit toutes les conséquences de ce psycho-traumatisme et qui développe un comportement à risque constant, avec les pulsions de mort, de violence ou d'addiction, qui va sortir tout ce qu'elle a de plus solaire grâce à l'accompagnement de cette psy, de la rencontre avec cet homme qui va l'aider aussi par son amour. Au début, il ne comprend rien. Il ne sait pas comment elle va s'en sortir. Il ne connaît même pas le pourquoi du comment et il le prend dans la figure, mais ensemble, ils vont y arriver et elle y arrive toute seule aussi.  C'est ça, la force de ce film qui montre aussi l'horreur de la pédophilie, d'un criminel avec un visage presque humain, interprété magnifiquement par Pierre Deladonchamps, qui est un ami de la famille et la difficulté pour la mère de cet enfant à accepter cette réalité.  De toute façon, je pense que dans ce genre de cas, c'est extrêmement difficile de l'accepter. C'est impossible. On a plutôt tendance, c'est pour ça que la plupart des victimes et des familles des victimes, on n'arrive pas, on se le cache. C'est impossible. C'est tellement plus facile de se dire, non, il ne s'est rien passé, que de se mettre devant les faits et de se dire, ce n'est pas possible, ce n'est pas arrivé, mon fils ou ma fille n'a pas vécu ça. On a tendance à dire, non, ce n'est pas grave. C'est une bombe atomique dans une famille.  C'est ce qu'elle dit d'ailleurs, le personnage de la mère. Elle dit : "Tu te rends compte des conséquences de ce que tu dis aujourd'hui, tu te rends compte ?" Si on considère une ville de province, si on considère le microcosme, tout ce qu'elle dit à la sortie du commissariat, où elle dit déjà les gens, mais qu'est-ce que tu crois qu'ils vont penser de la belle-mère, de la grand-mère, qu'est-ce qu'ils vont penser de la mère en se disant, la mère dira je ne te redonne pas le gamin ou la gamine. Les enfants, on ne va pas les donner à la grand-mère. Elle ne pas nous faire croire qu'elle n'a rien vu. C'est peut-être génétique d'être pédophile, donc je suis marié avec le fils d'un pédophile. Ça met tellement de choses en cause. Ce sont les dommages collatéraux. On voulait en parler de l'extérieur de la victime et de l'agresseur, mais aussi de tous ceux qui entourent parce qu'il y a beaucoup de victimes là-dedans. Il y a la famille de cette victime, la famille de cet agresseur, l'agresseur lui-même. Remonter aux racines de cette violence, qu'est-ce qui a fait qu'il devienne cet agresseur, pourquoi. Evidemment, on pourrait faire un film de quatre heures sur la psychologie du déni de la mère ou pourquoi cet agresseur devient cet agresseur, cette personne devient cet agresseur, mais là, ce n'est pas le cas, on est dans le point de vue d'Odette. On voulait quand même souligner les autres. C'était important. J'aillais presque dire que ce film est un cri d'amour. Il y a un cri d'amour de cette fillette à l'égard de sa mère qui lui tend la main en lui disant : "Maman, prends-moi dans tes bras." C'est ça que dit le film. Il dit ça et il dit aussi une chose universelle à la fin, toi-même, tends-moi les bras, à un moment donné, quand elle est adulte. Viens vers moi, c'était ça, la chose. Mais l'universalité du propos, à la fin, c'est de retrouver cette enfance et de se dire pardon pour plein de choses. Tu n'es pas responsable. Ce n'est pas toi le responsable. Ce sont les choses qui ont fait la vie, qui t'ont amené à des choix, à des difficultés, à te fermer. C'est apprendre à se re-aimer quand on a perdu toute estime de soi, tout amour-propre, et se dire, peut-être que finalement, je vaux un peu quelque chose, peut-être que je suis capable de donner de l'amour et d'en recevoir. Je crois qu'on avait vraiment envie pour cette raison. Je crois qu'il n'y a pas d'autres motivations à vivre que l'amour. Même si on a tous des casseroles, passer au-dessus de ses casseroles, s'en servir, non plus les rejeter mais les accepter et les enrober pour pouvoir en faire une force, si j'ose employer ce terme.  Merci beaucoup, Andréa Bescond et Eric Métayer. Ça s'appelle "Les Chatouilles". Quel choc, ce film. Merci beaucoup. Merci beaucoup.

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    00:08:19
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