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  • L'invité

    Jacques Séguéla

    Invité : Jacques Séguéla, publicitaire français, cofondateur de l'agence de communication RSCG.

    Le célèbre publicitaire commente l'actualité au lendemain des cérémonies commémoratives du centenaire du 11 novembre 1918. Il en profite pour lancer un coup de gueule contre les géants d'Internet dans son livre « Le diable s'habille en GAFA ».

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Jacques Séguéla.

    Bonjour.

    On ne vous présente plus : l'un des plus célèbres offices de pub de France et d'ailleurs. "Le Diable s'habille en GAFA", c'est votre nouveau bouquin, on va en parler dans quelques instants. Vous avez bien sûr regardé, suivi de très près hier les cérémonies pour ce centenaire du 11 novembre 1918. Vous en avez pensé quoi finalement ?

    Il y avait la preuve par neuf, si je peux dire, que la guerre est toujours possible avec (...)

    Bonjour, Jacques Séguéla.

    Bonjour.

    On ne vous présente plus : l'un des plus célèbres offices de pub de France et d'ailleurs. "Le Diable s'habille en GAFA", c'est votre nouveau bouquin, on va en parler dans quelques instants. Vous avez bien sûr regardé, suivi de très près hier les cérémonies pour ce centenaire du 11 novembre 1918. Vous en avez pensé quoi finalement ?

    Il y avait la preuve par neuf, si je peux dire, que la guerre est toujours possible avec les trois manquant à l'appel. D'abord François Hollande, comment il a pu rester dans sa province au lieu d'être là ?

    Oui, il n'a pas fait la marche des anciens présidents sur les Champs-Élysées.

    Il n'est pas venu volontairement, il était invité. Trump qui a boudé comme il n'est pas permis.

    Lui non plus il n'a pas fait cette marche, il est arrivé avec sa limousine.

    Quand je pense que Trump, le samedi, s'était rendu dans un petit cimetière militaire proche de Paris, ce n'était pas très loin, comme il pleuvait, il n'a pas voulu y aller, il a préféré protéger son brushing que protéger la planète et c'est le grand président du monde. Et Poutine…

    Vous pensez que c'est pour ça que Trump n'est pas allé au cimetière américain, pour son brushing ?

    Oui, c'est pour ça, enfin, il a dit la pluie et la pluie, qu'est-ce que ça peut le gêner sinon son brushing ?

    Oui.

    Tout le monde a fait un discours avec un parapluie quand même. Pour finir…

    Le troisième absent, c'était Poutine.

    Pour finir Poutine. Poutine qui était là, qui s'ennuyait comme il n'est pas possible. Il n'avait qu'une envie, c'était de repartir. On dit que son avion a eu du retard ; moi, je pense qu'il a tout à fait exprès de ne pas vouloir, et d'ailleurs il aurait très bien pu retrouver tous les présidents au Sommet de la paix, qui est une sorte de grand sommet, qui pour une fois parle des réalités et non pas…

    On voit bien, Jacques Séguéla, que la difficulté est là. On voit bien qu'il y a des divisions, voire même peut-être des germes de paix, de guerre même, j'allais dire de paix mais de guerre.

    Bien sûr mais la guerre est à notre porte. D'abord, on va célébrer demain les attentats terribles de Paris. Évidemment que la guerre elle est là, la guerre c'est le terrorisme et c'est une guerre, on en sait qu'on en prend pour 20 ans. C'est une guerre d'ailleurs comme les autres et en plus, c'est pire que tout, c'est une guerre de religion, elle durait 100 ans à l'époque.

    Oui, mais Macron dit : "C'est le nationaliste qui est la guerre". Il le dit, il dit : "C'est ça le choix qu'il faut faire." Il pense aux Européennes aussi, à venir.



    Il dit le patriotisme par rapport au nationalisme, d'ailleurs c'est la très jolie phrase de Romain Gary qui dit : "Le patriotisme, c'est l'amour des siens et le nationalisme, c'est la haine de l'autre." C'était ça le discours de notre président. Bravo Monsieur le Président ! 

    Vous dites : "bravo" ; des images symboliques quand Merkel se penche dans le cou de Macron.

    Il y a trois images qui vont rester dans l'imaginaire français et dans le subconscient français. La première, ce sont ces 80 présidents qui avancent vers l'Arc de Triomphe, vers le soldat inconnu, ils marchent tous ensemble, c'était absolument magnifique. La deuxième, c'est ces jeunes qui vont presque voler la vedette au président, qui vont parler avec leur cœur, des textes très beaux qui vont dire comme il fallait dans toutes les langues du monde, etc. La dernière, la plus touchante, c'est Madame Merkel qui s'approche d'Emmanuel Macron qui lui a pris la main et qui met sa joue sur la sienne qui me rappelle…

    Ça fait penser à la poignée de main entre Mitterrand et Helmut Kohl.

    Helmut Kohl, absolument.

    Oui, dont vous étiez en partie à l'initiative.

    Oui alors je peux raconter une histoire horrible. C'est que quand est arrivée l'élection européenne, Mitterrand m'avait chargé de la campagne et moi, j'ai eu l'idée de prendre cette poignée de main en lui disant : "Président, ce serait tellement formidable". Il me dit : "D'accord, allez-y." Je ramène la photo et je le vois un peu hésitant ; "Séguéla, est-ce que vous croyez, est-ce que vous êtes sûr de vous ?". Et je comprends, il y avait un décalage tellement énorme avec le géant…

    Il était beaucoup plus grand Kohl, oui.

    Avec le géant de Kohl et François Mitterrand qui n'était pas un géant, je dis : "Écoutez président, laissez-moi, je vais retravailler les choses." J'ai coupé un morceau du bras de Kohl…

    Sur la photo ? Sur la photo ?

    Sur la photo ! J'ai rallongé un morceau du bras de Mitterrand et là, il a accepté la photo et personne n'y a jamais rien vu.

    C'est une photo trafiquée par vous ! Un mot, quand même, cette image…

    Ça s'appelle une fake news mais publicitaire.

    Ouais, les fake news, on va en reparler. Un mot : cette image quand même de ces Femen qui presque ont réussi à bloquer le convoi de Trump sur les Champs-Élysées.

    Moi je trouve qu'elles étaient sans arme, elles étaient sans violence, elles étaient sans soutien-gorge mais elles n'étaient pas sans courage.

    On va parler du diable s'habille en GAFA, c'est votre nouveau livre ; collection Coup de gueule, c'est l'édition Coup de gueule alors c'est là vraiment un coup de gueule. Là vous êtes comme un furieux contre les réseaux sociaux.

    C'est un coup de gueule, c'est un coup de cœur, c'est un cri d'alarme et c'est un cri d'espoir parce que le jour où on a inventé la roue, qui a été inventé il y a six mille ans dans les contreforts européens, on a inventé les accidents de voiture. Mais les gouvernements ont fait ce qu'il fallait pour créer la prévention routière. D'ailleurs, chacun de nous mets sa ceinture quand il rentre dans sa voiture. Je demande simplement qu'il y ait une prévention numérique. Je n'ai rien contre les GAFA !

    Ça vous fait peur ! Les GAFA, c'est Google, Apple, Facebook et j'oublie Amazon évidemment.

    On ne peut pas être contre les GAFA, on les consomme toute la journée, on ne peut pas s'en passer, c'est une extraordinaire avancée mais c'est à la fois le bon Dieu et le diable, les GAFA. C'est le bon Dieu quand les chercheurs américains qui ont mis 14 ans à mettre au point sur une simple photo d'un petit bouton que vous avez là, on sait si c'est un mélanome ou pas, si vous allez avoir le cancer ou pas. Quel extraordinaire progrès ! Sans aller en Amérique, il y a une start-up française qui a fait la même chose pour la rétinopathie de l'œil, le diabète de l'œil. En deux minutes d'exposition à une photo, on peut savoir si vous allez devenir aveugle ou pas. Quel extraordinaire ! Mais dans le même temps, les chercheurs de Stanford aux États-Unis ont mis au point avec le même algorithme une photo sur laquelle on peut savoir si vous êtes homosexuel ou pas. Moi, je ne veux pas de ce monde-là pour mes enfants.

    Ah oui, c'est incroyable !

    Je veux de Google du bon Dieu ; je ne veux pas du Google du diable.

    Vous ne voulez pas par exemple de l'Amazon qui permet de trouver les fraudeurs du fisc parce que le ministre français du Budget a annoncé, Darmanin, qu'on va pouvoir utiliser Facebook pour savoir si vous avez des photos avec une belle bagnole.

    Depuis les GAFA, ça n'a jamais que dix ans, tout ce que vous ferez, tout ce que vous direz, pourra être retenu contre vous ; ce n'est pas ce que j'appelle la démocratie, ce n'est pas ce que j'appelle la liberté et on n'a pas fini de subir les GAFA.

    Ouais mais c'est bien pour lutter contre les fraudeurs, c'est bien pour lutter contre les fraudeurs, Jacques Séguéla.

    Je ne veux pas critiquer Amazon, c'est lui qui vend mon livre. On voit bien d'ailleurs l'incroyable pas de deux que l'on fait quand on rentre sur ce sujet-là parce qu'on est quand même obligé de dire qu'à la fois ça sauve le monde et à la fois ça pourrit les hommes.

    Ça pourrit mais au moins, ça les lie quelque part, à condition qu'ils soient un peu moins narcissiques, qu'ils soient un peu moins selfie, qu'ils soient un peu moins tout ça. Ça, ça vous rend fou ça !

    On ne peut pas les laisser créer, ce qui est en train de se faire : l'État numérique qui demain sera le premier État du monde. Aujourd'hui, les GAFA, c'est le PIB de la France ; dans 10 ans, c'est le PIB de l'Europe ; dans 20 ans, dans 30 ans, c'est le PIB du monde. Qu'est-ce que l'on fera de quatre garçons dans le vent de la (Siliconey) qui auront amassé des milliers de milliers de milliards. Aujourd'hui, c'est 1 000 milliards de dollars pour Apple, 1 000 milliards de dollars pour Amazon. Si au moins ils utilisaient cet argent à faire que ces 800 millions de Terriens qui ne mangent pas à leur faim, mangent à leur faim, que ces 2 milliards de Terriens qui n'ont pas l'eau courante, ait l'eau courante, comme l'a fait Bill Gates qui a donné 80 % de sa fortune ; eux pas du tout ! En quoi ils utilisent leur fortune ? À inventer l'homme qui vivra 1 000 ans, pas sur Terre parce qu'il n'y aura plus de place, sur Mars et qui aura épousé une robote. Qui a envie vraiment, là qui nous regarde, qui a envie de vivre 1000 ans sur Mars avec une robote ? Les enfants !

    Jacques Séguéla, ça s'appelle "Le diable s'habille en GAFA". C'est publié dans les éditions Coup de gueule. Merci beaucoup, Jacques Séguéla.

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    00:08:16
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