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  • L'invité

    Michel Desjoyeaux

    Invité : Michel Desjoyeaux, navigateur français.
     
    Il est l'un des navigateurs les plus titrés de l'histoire de la voile (deux fois vainqueur du Vendée Globe, trois fois de la Solitaire du Figaro...), Michel Desjoyeaux est notre invité alors que se profile l'arrivée de la Route du Rhum. Il sort un livre « 40 ans de Route du Rhum, une aventure humaine de Saint-Malo à Pointe-à-Pitre ».

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Michel Desjoyeaux. Vous êtes l'un des navigateurs les plus titrés. Vous avez gagné deux fois Le Vendée Globe, trois fois La Solitaire du Figaro, une fois La Transat anglaise et puis, bien sûr, La Route du Rhum. Parce que ça fait 40 ans que cette Route du Rhum trace la légende. Vous le racontez dans un livre. En ce moment, eh bien, les skippeurs se battent pour gagner. Qu'est-ce qu'on ressent dans ces moments-là ? Là, cette édition 2018 a été quand même bien costaud. Il y a eu pire, mais (...)

    Bonjour, Michel Desjoyeaux. Vous êtes l'un des navigateurs les plus titrés. Vous avez gagné deux fois Le Vendée Globe, trois fois La Solitaire du Figaro, une fois La Transat anglaise et puis, bien sûr, La Route du Rhum. Parce que ça fait 40 ans que cette Route du Rhum trace la légende. Vous le racontez dans un livre. En ce moment, eh bien, les skippeurs se battent pour gagner. Qu'est-ce qu'on ressent dans ces moments-là ? Là, cette édition 2018 a été quand même bien costaud. Il y a eu pire, mais, ça a bien tapé. Et les premiers sont tirés d'affaire et s'extraient petit à petit des zones de vents forts. Et je pense qu'il doit y avoir beaucoup de fatigue accumulée, mais, beaucoup de satisfaction d'être toujours en mer, d'être toujours en course, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Il y en a quelques-uns qui sont restés sur le bord de la route. Oui, beaucoup, dit-on. Certains disent il aurait fallu partir parce que c'était vraiment un environnement déchaîné. Alors, on est au début de l'hiver. C'est l'Atlantique Nord. C'est des vents contraires et c'est le tarif. Il y a eu des années plus calmes. Il y a eu des années plus dures. Ce n'est pas une promenade de santé et il appartient à chaque skipper, sous sa seule responsabilité, de prendre le départ, de rester en course ou de s'arrêter pour laisser passer du dur, ce que font plusieurs marins en ce moment qui sont au port, mais, qui sont toujours en course au sens de la règle. Ou de jeter l'éponge et de se dire : ce n'est pas fait pour moi, mais, c'est le marin qui décide. Oui. Qu'est-ce qu'il faut comme qualités pour gagner La Route du Rhum. Oh là là ! Il en faut beaucoup. Il faut savoir faire 80 métiers. On en fait 20 par jour. Et ce qui va vous permettre de gagner, c'est d'avoir un bon bateau, d'être un petit peu plus malin, de savoir lever le pied quand il faut, accélérer quand il faut, et d'avoir très envie d'y être, et surtout, très envie d'arriver (de l'autre côté). Et très envie et beaucoup de résistance. Parce que c'était une course extrêmement difficile. Bien, ce n'est pas un sprint. Ce n'est pas de la très longue distance. C'est intermédiaire. Du coup, le début a été difficile et certainement très éprouvant, nerveusement et physiquement aussi. Et sur la fin, il faut durer, ne pas confondre vitesse et précipitation. Ils sont sur des grands multicoques en tout cas pour la catégorie des ultimes qui vont gagner le classement scratch. C'est une certitude. Sur la fin, un peu fatigué, on peut vouloir aller trop vite, confondre vitesse et précipitation, chavirer, ça se fait en quelques secondes. Et il faut tenir jusqu'au bout. Parce que c'est seulement quand on coupe la ligne d'arrivée qu'on a gagné. Oui. C'est ce que vous avez vécu en 2002. Qu'est-ce que vous avez ressenti à l'arrivée à Pointe à Pitre ? Bien, on avait eu des conditions encore plus dures. La flotte dans laquelle je concourais, qui était les trimarans de la classe (normale) de 18 mètres de long. La tête de la course avait pris plus de 70 nœuds de vent. C'est encore plus qu'une tempête et on n'était que trois à couper la ligne d'arrivée dans cette catégorie-là. Et pour moi, c'était une énorme satisfaction déjà d'arriver de l'autre côté. C'était presque improbable parce que j'avais eu un parcours du combattant avant le départ pour me qualifier, pour préparer le bateau. Et puis, être au départ était déjà une première victoire. Être à l'arrivée était une deuxième victoire et il se trouve qu'avec les déboires qu'il y a eus, j'ai saisi une belle opportunité et il faut savoir durer. Et ça a été un grand soulagement, mais, aussi, un grand bonheur. Mais, ça, je l'ai compris un peu plus tard, tellement j'étais fatigué à l'arrivée. C'était une course évidemment mythique. Remporter La Route du Rhum, c'est quelque chose qui change une vie de navigateur ? Alors, oui, j'avais déjà fait un peu d'autres choses avant, notamment, déjà gagné un Vendée Globe. Mais, oui, c'est un des grands monuments de notre sport en matière de course aux larges. Il y a Le Vendée, la Route du Rhum, et puis, des choses un peu moins connues en France, mais, qui sont tout aussi valorisantes, qui sont La Volvo Ocean Race, donc, la course au tour du monde en équipage, qui vient d'être gagnée par un équipage skippé par un Français cette année. Mais, oui, La Route du Rhum, c'est un gros morceau. Et puis, 40 ans plus tard, elle est toujours là. Elle fascine toujours autant. On était, il y a quelques jours, sur les quais de Saint-Malo avec énormément de mondes qui viennent admirer. Alors, ils ne vont pas voir les skippers, parce que maintenant, on est très bien entouré, et puis, on a plein de choses, plein de sollicitations. Mais, les bateaux étaient visibles dans un écrin naturel qui est la ville de Saint-Malo qui est absolument incroyable aussi, chargée d'histoires, les pirates, (les terra nova) et tout ça. Et l'engouement ne cesse pas de grandir. Ils ont parlé de plus de deux millions de personnes à venir voir les bateaux, puis le départ. Et c'est génial de faire partie de cette fête-là et de l'avoir racontée. Oui, vous la racontez dans ce livre publié chez Marabout avec Eric Cintas. Là, on voit la couverture d'ailleurs. On va voir ce qui va se passer, si ça va confirmer ce qu'on voit sur l'image en ce moment. Mais, évidemment, dans ce livre-là, c'est la 11ème Route du Rhum. Il y en a 10 avant. C'est une aventure commençant en 78, à l'époque où Mike Birch a gagné de quelques secondes, 98 secondes. Et depuis, ça n'arrête pas et c'est Florence Arthaud et c'est Perron. C'est toutes les légendes finalement de la voile qui ont fait ça. Oui. Alors, la première édition a tout de suite marqué l'histoire puisqu'un petit trimaran jaune de seulement 12 mètres de long bat un grand monocoque, la toute puissance du yachting avec Mike Birch qui est un Canadien très discret. Il ne faut pas faire de vagues, et voilà. Et puis, il y a eu aussi des éléments fondateurs qui font partie de notre sport. Le risque n'est pas partout, mais, voilà, avec la disparition d'Alain Colas pour la première édition, avec Manureva, et puis, le chavirage et la disparition de Caradec en 86. Et voilà, on est tous les enfants de ces histoires-là, avec des magnifiques victoires, la double victoire de Laurent Bourgnon, la victoire de Philippe Poupon qui a été magistrale. La petite fiancée de l'Atlantique, Florence Arthaud et j'en passe des meilleurs. Marc Pajot qui venait de l'Olympisme. Franck Cammas. Franck Cammas. Eric Tabarly. Alors, Eric n'a jamais gagné. Oui, mais; qui a été là. Mais, il a toujours été là, soit, directement, soit, indirectement. Philippe Poupon qui est un très grand solitaire aussi a fait sa première participation parce que Eric Tabarly lui a prêté un de ses bateaux, Pen Duick III - II ou III, je ne sais plus. En fait, il s'est passé tellement de choses. Il y a tellement de bateaux au départ et la course est tellement difficile et méritée parce que ce n'est pas simple d'arriver jusqu'aux Antilles. Oui, 40 ans plus tard, elle est toujours là, elle est toujours belle, et elle fascine toujours autant de monde.  C'est fascinant quand on s'élance sur l'Atlantique. C'est un combat. Qu'est-ce qu'on peut dire ? C'est un combat. C'est un combat surtout contre soi-même parce  qu'on est en solitaire. On ne peut pas combattre la mer. On va perdre à chaque fois. Donc, ce n'est pas la peine. Il vaut mieux composer avec que lutter contre. Oui, la mer est un élément qui est difficile à appréhender, qui est très fort, mais, qui est aussi source de beaucoup de satisfaction, surtout, quand on est tout seul, même si c'est toujours un travail d'équipe pour faire, pour se préparer pour une course comme ça et mériter deux traversées, voire plus, si affinités, avec une victoire au bout du compte. Pourquoi pas ? Mais, oui, il faut se battre tous les jours pour résister, pour lutter contre les éléments et essayer de passer. Il faut beaucoup de finesse en fait. Ce n'est pas que de la force. Oui. Voilà. C'est raconté dans ce livre chez Marabout avec Eric Cintas. Juste une chose, une phrase. Le moment, la plus grande d'émotion pour vous dans cette course. Alors, c'est avant le départ, en 2002. On avait vraiment beaucoup souffert pour la préparation du bateau avec pas mal de contretemps techniques. En fait, être rentré dans le bassin à Saint-Malo et rejoindre à l'époque les 17 autres trimarans de 18 mètres, c'était déjà un truc incroyable et je me souviens très bien, j'ai encore l'image en tête. Si je savais peindre, je vous la dessinerais tout de suite. Merci beaucoup Michel Desjoyeaux. Donc, ça s'appelle "40 ans. La Route du Rhum. La légende des Mers". Merci d'avoir été notre invité aujourd'hui sur TV5 Monde. Merci.

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