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  • L'invité

    Benjamin Vial

    Invité : Benjamin Vial, rescapé du Bataclan.

    À l'occasion du 2e anniversaire de l'attaque du Bataclan, l'un des rescapés témoigne de sa difficile reconstruction dans "Fragments post-traumatiques, vie continue".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Benjamin VIAL. Vous êtes un survivant du Bataclan. C'était il y a 2 ans, vous publiez un récit bouleversant qui s'appelle "Fragments post traumatiques". C'est le récit d'une survie 2 ans après, vous survivez encore aujourd'hui ?

    Oui. Je survis, et même aujourd'hui, on peut dire que je revis, je ne suis plus dans la survie où j'étais pendant quelque temps après ces événements. Aujourd'hui, j'ai retrouvé une vie pratiquement normale.

    Oui, vous racontez dans ce l (...)

    Bonjour Benjamin VIAL. Vous êtes un survivant du Bataclan. C'était il y a 2 ans, vous publiez un récit bouleversant qui s'appelle "Fragments post traumatiques". C'est le récit d'une survie 2 ans après, vous survivez encore aujourd'hui ?

    Oui. Je survis, et même aujourd'hui, on peut dire que je revis, je ne suis plus dans la survie où j'étais pendant quelque temps après ces événements. Aujourd'hui, j'ai retrouvé une vie pratiquement normale.

    Oui, vous racontez dans ce livre, le 13 novembre 2015, quelques semaines auparavant, vous vous êtes précipité pour acheter un billet de concert, vous aviez envie de voir ce groupe au Bataclan.

    Oui, tout à fait. J'avis envie de partager ça avec mon épouse, c'est un groupe qu'on aime bien, moi je les ai déjà vus, elle ne les avait pas vus. Voilà, oui, et moi j'étais depuis un long moment assez excité d'aller les voir parce que c'est vraiment en général un très bon moment avec ce groupe-là sur scène.

    Oui, vous arrivez en métro, un peu en retard, vous avez loupé la première partie.

    Oui. On rentre, il y avait du monde, la salle est comble, on s'installe au fond de la salle vers l'entrée, vers le stand de T-shirt, on n'aime pas trop ni être dans la fosse ni être tout coincés, donc on est pas très loin du bar, on a une vue un petit peu en hauteur parce qu'on est sur le balcon, voilà.

    Oui. Vous voyez devant vous un grand monsieur qui vous gêne un peu.

    Voilà, on voit un grand monsieur, on se décale un petit peu, on voit… voilà, on repère quelques personnes, on voit quelques amis, on ne savait pas qu'ils étaient là.

    Une dame avec des lunettes qui n'est pas loin.

    Voilà, on repère un petit peu, enfin on prend nos marques tout simplement dans cet espace, et puis le concert commence, super moment vraiment.

    Vous dites "très très belle ambiance".

    Oui, très belle ambiance parce que c'est effectivement un vrai show à l'américaine, drôle, avec une certaine énergie, voilà.

    (inaudible) les gens (seraient à la batterie), tout le monde est excité avant.

    Voilà exactement, voilà parce que c'est un groupe un peu à géométrie variable avec parfois des invités prestigieux ou voilà, donc on se dit qui sera là, qui ne sera pas là, voilà effectivement il y avait ce genre-là et puis en général, et les gens qui sont là, c'est des fans assez inconditionnels et c'est aussi assez, on va dire, assez familial parce qu'il y avait effectivement des gens qui étaient là avec leurs enfants, voilà, c'était un peu intergénérationnel.

    A un moment, vous vous dites "je vais aller me chercher une bière au bar,".

    Finalement, vous n'y allez pas et il y a un morceau qui commence qui s'appelle comment ?

    Alors qui s'appelle "Kiss the devil" qui commence, et puis en fait, au moment où je me dis "tiens, je vais aller me prendre une bière", c'est parce qu'il y a un morceau que j'aimais un peu moins. A ce moment-là, ma femme me dit "ah tu ne veux pas filmer ?" parce qu'elle l'aime bien, donc je filme le truc parce qu'elle n'avait plus de place sur son téléphone, et puis à la fin, je voulais effectivement me chercher une bière, et puis là, il y a "Kiss the devil" qui commence, le morceau que j'aime bien, je me dis, "ben non, j'irai chercher la bière après", et puis au bout d'un moment, il y a effectivement ces bruits, effectivement… comme des pétards ou quelque chose qui arrive de derrière moi.

    Très près de vous, vous êtes à l'entrée de la salle.

    Oui, donc qui viennent de derrière, qui viennent de dehors en fait, dans l'entrée, et je me retourne et je vois des gens qui rentrent en courant, et moi j'ai eu le réflexe de me plonger au sol, voilà.

    Vous vous dites, vous comprenez très vite que c'est des coups de feu.

    Oui parce que je vois des gens courir, voilà, et moi je plonge au sol, et c'est ce qui m'a sauvé parce que c'est allé très vite après.

    Ouais, vous entendez quoi à ce moment-là au sol ?

    Alors au sol, moi j'entends donc ces tirs qui continuent, je comprends que… enfin je vois qu'il y a d'autres gens qui tombent, moi je suis face contre terre, donc je ne vois pas les gens qui rentrent, mais je vois des gens qui tombent, je sens des gens qui me tombent dessus, voyez. Et puis au bout d'un moment, assez rapidement, j'entends ces assaillants parler, et donc je sais ce qui se passe. Effectivement, comme je raconte dans le livre, au départ je ne sais pas qui c'est, pourquoi, enfin, c'est quand même assez inimaginable ce qui se passe, donc on ne sait pas ce que ça peut être cet accès de violence, on comprend qu'il y a des gens qui tirent, mais moi au départ, je pensais effectivement peut-être plus à… un peu comme aux Etats-Unis, qui est encore arrivé dernièrement, enfin des tireurs solitaire ou des…

    Et vous entendez à un moment les terroristes.

    Je les entends, et effectivement, ils disent "vous tuez nos frères en Syrie, et nous on est là", donc là, ça y est, c'étai très clair pour moi.

    Vous sentez le sang des victimes qui coule sur vos chaussures.

    Je sens effectivement quelque chose qui me coule dessus sur mes chaussures, je sens des gens qui sont sur moi, je sens les impacts de balles de ces gens qui sont sur moi.

    Et vous voyez les visages autour de vous, et vous reconnaissez le grand monsieur.

    Alors je reconnais le grand monsieur, mais de dos, et je vois à l'arrière de sa tête un petit filet de sang. En fait, ce qui est assez troublant par la suite, c'est que je n'ai pas vraiment vu de blessures, ou de blessures mortelles ou non mortelles, mais je n'ai pas vraiment vu ça, alors sans doute mon cerveau m'a protégé. Donc j'ai compris que des gens étaient morts, enfin je comprenais tout ça.

    Oui, vous voyez le visage de cette dame à lunettes aussi, qui vous regarde.

    Voilà, et cette dame qui avait les yeux grand ouverts, mais pareil, je ne sais pas si… enfin maintenant, je sais qu'elle est décédée, mais sur le moment, je ne savais pas, elle en face comme ça, allongée, voilà, je ne sais pas. J'avais perdu ma femme de vue également, qu'elle s'était un petit peu écartée, je ne la voyais pas, donc voilà.

    Oui, tout ça dure plusieurs heures jusqu'au moment où vous réussissez à sortir.

    Alors pour moi, la totalité a duré plusieurs heures, mais nous, les terroristes étaient vraiment dans l'entrée, avaient une position stratégique vraisemblablement pour faire le plus de victimes possible, et ils étaient peut-être à 5 mètres de nous, et ils sont restés à cet endroit-là pendant un quart d'heure, 20 minutes, sans discontinuer en tirant. Ensuite, ils ont avancé dans la salle, donc on a entendu les tirs qui s'éloignaient, enfin qui passaient devant nous en fait, donc là on s'est relevés une première fois, et puis ça a retiré, donc on s'est recouchés, et là j'avais retrouvé ma femme, en fait elle était à côté de moi, elle n'avait rien elle non plus, et puis ensuite est arrivé assez rapidement un commissaire de police, on en a entendu parler de cet homme-là, qui a abattu un des terroristes qui étaient sur la scène, donc quand cet homme est rentré, voilà il a crié "sortez sortez sortez !" et puis nous on est sortis à ce moment-là et je vous avouerais que ça aurait pu être un des terroristes qui disait "sortez !", moi je n'en sais rien.

    Vous sortez, vous allez vous réfugier dans un appartement, vous vous retrouvez tous en sang, et là évidemment, vous comprenez tout ce qui s'est passé, vous allez vivre pendant 2 ans dans une situation de survivant.

    Avec chaque jour l'annonce de nouveaux attentats dans le monde.

    Tout à fait donc en fait, moi je me suis rendu compte que la reconstruction au quotidien était très différente pour tout le monde. J'ai eu la chance d'être avec ma femme là-bas quand même, parce que je ne sais pas, tout seul, ça doit être très compliqué pour se reconstruire, j'imagine. J'ai eu cette chance d'être avec ma femme, donc on se comprend, on sait ce qui se passe, mais on se reconstruit complètement différemment, tous les deux, à des rythmes différents.

    Merci beaucoup Benjamin VIAL. "Fragments post traumatiques, vie continue" publié chez Michalon, c'est votre témoignage 2 ans après le Bataclan, merci d'avoir été notre invité.

    Merci beaucoup.

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    00:08:20
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