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  • L'invité

    Anna Karina

    Invitée : Anna Karina, actrice, chanteuse et écrivaine française.

    "La Religieuse", de Jacques Rivette, ressort sur les écrans en version restaurée, avec celle qui fut la muse de Jean-Luc Godard et de la Nouvelle vague. Le film, qui provoqua un immense scandale au moment de sa sortie et fut interdit dans les salles, est aujourd'hui considéré comme un classique du cinéma français.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Anna Karina.

    Bonjour, Patrick.

    Vous êtes culte. Incroyable ! Regardez encore cette affiche, on a tellement envie de vous voir embrasser Jean-Paul Belmondo. C'était l'affiche du dernier Festival de Cannes.

    Oui.

    Vous êtes toujours là, Anna, toujours pour tous ceux qui vous aiment.

    Ce ne sont que des cadeaux, que des cadeaux !

    Ce ne sont que des cadeaux, de présenter vos films, de raconter tous ces souvenir (...)

    Bonjour, Anna Karina.

    Bonjour, Patrick.

    Vous êtes culte. Incroyable ! Regardez encore cette affiche, on a tellement envie de vous voir embrasser Jean-Paul Belmondo. C'était l'affiche du dernier Festival de Cannes.

    Oui.

    Vous êtes toujours là, Anna, toujours pour tous ceux qui vous aiment.

    Ce ne sont que des cadeaux, que des cadeaux !

    Ce ne sont que des cadeaux, de présenter vos films, de raconter tous ces souvenirs ?

    C'est magnifique, oui. Évidemment, "La Religieuse" aussi, c'est formidable. Évidemment, on peut regretter que Jacques Rivette n'est plus avec nous.

    "La Religieuse", c'est un film extraordinaire de 1965 qui ressort en version restaurée. On peut dire que c'est un chef d'œuvre.

    Magnifique ! La restauration est sublime. C'est absolument un boulot extraordinaire, je ne sais pas qui a fait ça, mais magnifique. Évidemment, Jacques n'est plus là pour voir ça, c'est dommage.

    Ça, c'est "La Religieuse", c'est un film incroyable.  Suzanne Simonin - "La Religieuse de Diderot". Regardez la bande-annonce de ce film, Anna.



    Je suis ici contrainte et forcée. Je n'ai aucune vocation.

    Suzanne, combien vous êtes belle. Est-ce que vous sentez en vous-même des mouvements, des désirs ?

    Non.

    Ta supérieure doit connaître toutes tes pensées.

    Je demande à être libre.

    Pourquoi sœur Suzanne, vous voulez me quitter ?

    Oui, Madame.

    Avez-vous prévu les persécutions qui vous attendent ?

    C'est incroyable, ce film. Il est d'une telle modernité, Anna Karina.

    Oui, c'est ce que disait Jean-Luc Godard à l'époque aussi, alors qu'évidemment, ce n'était pas l'avis de tout le monde, hélas, parce qu'on nous a très mal traités quand il est sorti. On avait le blasphème, et tout.

    C'est un film qui a été interdit, discuté à l'Assemblée nationale. André Malraux, le ministre…

    Insulté dans tous les journaux.

    Vous les avez tous insultés.

    C'est-à-dire que, moi bizarrement, il y avait des gens qui pensaient que ce n'était pas moi qui avait fait le film, que c'était Suzanne Simonin.

    Le personnage, oui.

    Quand même. évidemment, j'avais aussi des journalistes sur le dos, mais je ne répondais pas trop à ça parce que je laissais quand même Jacques Rivette… Je restais à ma place, quand même. Je trouvais qu'il n'y avait pas de mal à faire ce film vu qu'on l'avait fait au théâtre, je l'avais joué à l'avenue Montaigne, aux studios à l'époque, et il y a même eu Brigitte Bardot  avec Sami Frey et plein d'acteurs qui sont venus. Ils ont tous un peu pleuré, ils trouvaient ça formidable et magnifique. Et voilà qu'on fait le film quelques années plus tard, toujours sous la direction de Jacques Rivette, bien sûr. On est présenté à Cannes quand même, c'est un événement. Et là, paf !

    Paf ! Ça veut dire que là, vous avez toutes les ligues catholiques particulièrement.

    Ça a été une catastrophe. On a été vraiment insulté comme si on avait vraiment commis un crime.

    Parce que ce film, c'est adapté de Diderot, bien sûr, qui raconte le destin de cette femme.

    C'est Jean Gruault qui a fait l'adaptation et le texte est magnifique, il est très fidèle au livre, vraiment fidèle. Mais, je dois ajouter un truc. Déjà à l'époque, le livre a été interdit pendant 100 ans par la religion quand il a écrit (inaudible) Diderot, et vous m'avez raconté tout à l'heure, Patrick, qu'il avait une sœur qui a été…

    Oui, Diderot avait sa sœur qui était morte au couvent. Et de tout ça, finalement, il y a un grand débat en France qui s'instaure autour de ce film. Jean-Luc Godard a fait une lettre, il écrit.

    Il écrit à Malraux, oui carrément. Évidemment, il n'y a pas mal d'intellectuels qui défendaient le film.

    Godard dit à Malraux : "Vous êtes un traître !" 

    Oui, carrément. C'était quand même…

    "Vous êtes le ministre de la kultur", il dit. K.U.L.T.U.R.

    Oui, je l'ai lu ça. Oui, il faut le faire aussi.

    Le film va être interdit aux moins de 18 ans.

    Oui, c'était comme ça. Mais, quand il est sorti, par contre, les gens sont venus en bus et tout ça pour voir le film. Ils sont venus d'Italie, d'Allemagne, Belgique, l'Espagne, enfin un peu partout comme ça pour voir ce film. Ils n'ont pas pu le voir pendant un an et demi ou deux ans, je ne sais plus.

    Le film va finalement être sélectionné à Cannes pour représenter la France. Il sortira plusieurs années plus tard sur décision d'un autre ministre de la Culture. C'est un film devenu culte, aujourd'hui, Anna Karina.

    Il faut croire, oui. Moi, je trouve que c'est un cadeau, c'est extraordinaire parce que je ne m'y attendais plus, voyez-vous ? C'est un film qu'on pouvait voir comme ça vaguement chez soi. Il était quand même sorti en DVD, mais sinon il n'était pas spécialement vendu, je ne pense pas. Et là maintenant, tout à coup, hop, ça sort comme ça. C'est formidable ! C'est un cadeau du ciel encore pour moi.

    On va revoir des images.

    J'ai reçu tellement de cadeaux dans ma vie, mais ça c'est encore un cran au-dessus.

    On va en reparler, Anna. On va revoir ces images, se rappeler ce qu'a été le tournage de cette Religieuse de Diderot par Jacques Rivette. Comment vous étiez à ce moment-là ? Comment Jacques Rivette vous dirigeait à ce moment-là ?

    Comme je l'avais déjà joué au théâtre, je connaissais le texte par cœur, tout à fait par cœur. Il n'y avait pas tellement de me diriger puisqu'il m'avait déjà dirigée au théâtre et que le cinéma je connaissais quand même aussi puisque j'avais déjà fait pas mal de films. Donc… Non, il me laissait faire librement. On avait encore des marques par terre à l'époque. Il fallait être dans ces marques, c'est tout, mais ça ce n'est pas un problème.

    C'était comment d'interpréter cette femme qui se bat pour sa liberté, qui est internée dans un couvent de force, qui se bat pour être libre ?

    C'est tellement touchant et bouleversant à faire, je veux dire, pour une comédienne d'interpréter un rôle pareil. Parce que c'est tout le contraire de "Pierrot le fou", de "Bande à part" ou même de "Vivre sa vie" ou d'autres films que j'ai faits. C'est un rôle exceptionnel. En plus, moi, je n'ai pas du tout été élevée dans la religion.

    Elle est touchante, cette Suzanne Simonin, parce qu'elle incarne finalement ce désir de liberté des femmes.

    Oui, c'est tout à fait vrai, mais à l'époque, ça n'existait pas. On vivait encore dans un monde un peu plus macho qu'aujourd'hui quand même, bien que ça n'a pas trop changé quand même. "Sois belle et tais-toi", par exemple, ils disaient à l'époque.

    Vous êtes une belle aventurière

    Oui, une vieille aventurière.

    Une belle aventurière.

    C'est gentil.

    Merci beaucoup.

    J'embrasse tous ceux qui nous écoutent aussi.

    Merci, Anna Karina.

    Merci à vous.

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    00:08:10
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