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  • L'invité

    Léa Pool, Sophie Nélisse

    Invitées : Léa Pool, Sophie Nélisse. respectivement réalisatrice et actrice.

    La Canadienne Sophie Nélisse est à l'affiche de "Et au pire, on se mariera", de la réalisatrice canado-suisse Léa Pool.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le Festival du film francophone d'Angoulême.

    Transcription

    Le Québec, au Festival d'Angoulême. Après "La Passion d'Augustine", qui a fait un véritable triomphe, sa réalisatrice Léa Pool est avec nous. À ses côtés sa comédienne, Sophie Nélisse, pour ce film "Et au pire, on se mariera", en compétition. Et, j'allais dire, c'est un portrait de femme et vous adorez ça, Léa Pool, les portraits de femmes.

    Je dois dire que dans la plupart de mes films, c'est effectivement des personnages féminins, souvent en fait aussi, à la fin de l'adolescence. (...)

    Le Québec, au Festival d'Angoulême. Après "La Passion d'Augustine", qui a fait un véritable triomphe, sa réalisatrice Léa Pool est avec nous. À ses côtés sa comédienne, Sophie Nélisse, pour ce film "Et au pire, on se mariera", en compétition. Et, j'allais dire, c'est un portrait de femme et vous adorez ça, Léa Pool, les portraits de femmes.

    Je dois dire que dans la plupart de mes films, c'est effectivement des personnages féminins, souvent en fait aussi, à la fin de l'adolescence. C'est un âge qui m'intéresse, un âge où tout se passe, où les premiers amours arrivent, où on est entier dans tout ce qu'on veut. Et le personnage d'Aïcha, Aïcha Saint-Pierre, déjà dans le nom, il y a quelque chose qui ne marche pas tout à fait. C'est un personnage qui m'a vraiment bouleversée. C'est tiré d'un roman, donc. Alors la comédienne elle est là, qui interprète Aïcha Saint-Pierre, c'est Sophie Nélisse. Bonjour. C'est incroyable ce personnage que vous jouez, cette gamine de 14 ans, qui ne vit pas sur cette planète, j'allais presque dire. Elle est dans un autre monde.

    C'est ça qui m'a attirée en fait, quand j'ai lu le scénario au début, c'était à la complexité du personnage. Et puis, c'est un personnage auquel je peux m'identifier un peu. Mais en même temps, je n'avais pas du tout le même historique qu'elle, je n'ai pas été éduquée de la même façon, mais ça m'intriguait de voir son (arc), tout au long du personnage, qui change tellement, comme elle est tellement différente du début jusqu'à la fin. Puis, je pense que c'est pour ça que le personnage m'a autant intriguée. Oui, et elle en devient même parfois inquiétante. "Et au pire, on se mariera", de Léa Pool. Je n'ai rien à faire. C'est ta mère, pourquoi tu ne lui demandes pas ? Elle n'est pas là.

    C'est qu'elle travaille beaucoup. Comment tu t'appelles ?

    Aïcha. Je le sais, j'ai plutôt la tête à m'appeler Camille ou Rosalie, mais je m'appelle Aïcha. Aïcha Saint-Pierre. Saint-Pierre, c'est parce que c'est le nom de ma mère… Tiens, (inaudible). Puis Aïcha, c'est parce que mon père est algérien. Est-ce que c'est un endroit pour un enfant, ici ? C'est ma fille, je fais ce que je veux.

    Ce n'est pas mon père-père, mais c'est avec lui qu'elle était, quand elle est tombée enceinte de moi.

    Ce personnage d'Aïcha, elle vit seule avec sa mère. Elle en veut à sa mère d'avoir mis à la porte son beau-père algérien, c'est d'ailleurs pour ça que son prénom c'est Aïcha. Elle lui en veut terriblement.

    Oui, parce qu'Aïcha, elle aimait son beau-père. C'était la personne qui s'occupait d'elle, qui lui a appris à patiner, qui lui donne des câlins, avec qui elle peut gagner tous les films qu'elle veut. Et quand tu as huit, neuf ans et puis que tu as comme personnage et comme référence cet homme-là, c'est un amour, c'est un premier amour aussi. Moi, ce que j'aime dans le roman, c'est que ce n'est pas noir et blanc. C'est-à-dire que l'amour, ce n'est pas "c'est bien, c'est mal", il y a toute la gamme de ce que ça peut être, l'amour ; et même si souvent l'amour, c'est mal fait, ce n'est pas la bonne façon d'aimer, les limites ne sont pas respectées, ça touche toute la question des amours interdites aussi. Oui, oui. Oui, c'est une petite lolita, quelque part. Oui, tout à fait, oui. Mais moi ce que j'aime aussi, c'est la poésie. Elle est en même temps si crue, si dure avec elle-même, dans un quartier plutôt pauvre, Centre-Sud à Montréal, vivant seule avec sa mère. Puis en même temps dans son langage, sa façon de parler, même sa philosophie de la vie, elle est tellement attachante. Oui. Elle refuse d'être une enfant, elle refuse de rester jeune. Mais je pense que c'est parce qu'elle n'a pas une vie comme les autres. Elle n'aime pas les gens de son âge parce que depuis très jeune, elle était dans les bars. Donc je pense qu'elle n'a jamais appris à être jeune, elle n'a jamais eu des enfants de son âge, elle n'a jamais su ce que c'était. Donc elle a été mature avant les autres. Donc elle trouve que tous les gens de son âge sont cons ou ne sont pas amusants.

    Tout ça est très dangereux. Alors il y a Baz, c'est un autre personnage que sa mère va rencontrer. Et là il y a une relation, il veut l'aider mais elle, elle veut l'aimer.

    Mais en fait ça, c'est exactement ce qui s'est passé dans ma vie personnelle. Voilà à peu près un an, moi j'aimais un garçon qui avait quatre ans de plus que moi. Alors toutes les phrases qu'on lui dit dans le film moi, on me les a toutes dites dans ma vie : que j'étais trop jeune, qu'il me voyait comme sa sœur. Alors c'est pour ça que j'ai vraiment aimé le personnage, parce que je savais exactement comment elle se sentait dans ces situations-là. Bon moi, ça ne finit pas comme ça finit dans le film… Dieu merci. …mon histoire d'amour à moi. Mais c'est un personnage très attachant. Oui. Et puis il y a la relation mère/fille… Oui. …qui est forte, qui est incroyable, fascinante. Oui. Alors ce qui est merveilleux, c'est que la comédienne qui joue sa mère, Karine Vanasse, qui est une grande comédienne au Québec, elle a joué dans son premier premier film comme comédienne, c'était dans un film que j'ai fait, qui s'appelle "Emporte-moi", elle avait l'âge de Sophie Nélisse. Et là, 15 ans plus tard, c'est elle qui fait la mère. Alors déjà, il y avait cette relation entre la réalisation et la comédienne et le lien entre les deux a été extrêmement fort. Et c'est une relation très bouleversante, parce que cette mère elle aime sa fille, mais elle est dépassée. Elle doit travailler, elle travaille dans un hôpital comme infirmière auxiliaire et sa fille l'envoie promener, c'est vraiment l'adolescence dans sa pire révolte. Et donc cette mère, elle ne sait pas quoi faire, elle a fait du mieux qu'elle pouvait.

    Oui, oui. Et il y a un enchaînement qu'on ne racontera pas.

    Mais il y a un déroulé dramatique dans ce film, qui se passe dans Montréal ; et qui raconte aussi quelque part, ce que sont les jeunes aujourd'hui, qui cherchent leur place, qui cherchent leur place, dans ce monde d'adultes. C'est ça aussi. Oui. Mais je pense que c'est un…l'auteur, qui s'appelle Sophie Bienvenu, c'est son premier roman, elle avait 28 ans quand elle l'a écrit. Moi, je me suis connectée à elle très très facilement, parce que moi, j'ai une fille qui en a 21 et je vois bien comment cette jeunesse-là, a besoin de trouver ses racines. Mais c'est toutes les jeunesses, je veux dire. On a toujours l'impression que la jeunesse se réinvente, mais je crois que chaque jeunesse a ses propres difficultés, sa propre recherche. Oui. Ce mal de vivre, il faut l'incarner à l'écran. Oui, mais c'est difficile d'être jeune, parce que tu as l'impression de tout savoir, mais dans le fond, tu n'as aucune idée de ce que c'est. Tu es encore jeune, mais tu as l'impression que tu sais tout, que tu pourrais partir puis vivre tout seul mais ce n'est pas du tout le cas. Puis tu as tellement de choses à apprendre encore. Et puis tu as aussi l'impression que personne ne te comprend. Parce que moi quand j'étais jeune, -enfin je suis encore jeune-, mais… C'est vrai. …quand j'avais 14/15 ans, j'avais l'impression aussi que personne ne comprenait ce que j'étais en train de vivre ; et que c'est ça, c'est un peu la solitude d'être un peu tout seul dans ce monde-là. Oui. Parce que ce film raconte ça, oui.

    Ce que j'aimais aussi, c'est qu'à la toute fin du film, quand elle rentre dans l'auto de la police et qu'elle crie après Baz, quand même son dernier mot, c'est "Maman" ! Oui. Donc, il y a aussi tout ce chemin, mais elle revient à la fin sur "J'ai besoin de ma mère".

    Merci à toutes les deux. Merci Léa et Sophie. Merci beaucoup. Merci beaucoup. C'est un film fort, qui est bouleversant aussi. Le cinéma, ça doit servir à ça ? Provoquer un choc émotionnel ?

    Eh bien c'est sûr que moi, ce qui me préoccupe le plus dans le cinéma, c'est d'aller vers les émotions, c'est de rejoindre un public par le cœur, plus que par la tête. Maintenant, ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas y avoir de la tête non plus. Mais il faut que moi j'aime mes personnages, il faut que je sois "en amour", comme on dit au Québec, avec mes personnages ; et que je réussisse à transmettre cet amour que j'ai pour ces personnages, au public. Incroyable. Donc Aïcha, Sophie Nélisse, à l'écran avec Léa Pool, "Et au pire, on se mariera", film présenté au Festival d'Angoulême. Merci à toutes les deux..

    Merci à vous. Merci beaucoup.

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    00:08:09
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