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  • L'invité

    François Clémenceau

    Invité : François Clémenceau, journaliste français, rédacteur en chef au "Journal du dimanche", chargé de l'actualité internationale et de la politique étrangère.

    François Clémenceau réagit à l'investiture de Donald Trump, 45e Président américain.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour François Clemenceau.

    Bonjour.

    Rédacteur en chef international du Journal du dimanche, longtemps correspondant aux Etats-Unis, spécialiste de la politique américaine. Votre blog du site du Journal du dimanche s'appelle "Trump power", et vous nous racontez l'investiture du 45ème Président des Etats-Unis, ça y est ! On y est !

    On rentre dans le dur, c'est-à-dire qu'après cette période de transition qui est toujours un peu délicate, parce que c'est l (...)

    Bonjour François Clemenceau.

    Bonjour.

    Rédacteur en chef international du Journal du dimanche, longtemps correspondant aux Etats-Unis, spécialiste de la politique américaine. Votre blog du site du Journal du dimanche s'appelle "Trump power", et vous nous racontez l'investiture du 45ème Président des Etats-Unis, ça y est ! On y est !

    On rentre dans le dur, c'est-à-dire qu'après cette période de transition qui est toujours un peu délicate, parce que c'est là où on commence à tester les entourages, les équipes, les nominations, la mise en place de la politique. Là, on arrive dans ce que Donald Trump appelle "First day in power", mon entrée dans la fonction, et ça va être intéressant.

    Oui, pourquoi ça va être particulièrement intéressant cette investiture-là ?

    Parce que, d'abord, l'investiture en elle-même est une cérémonie, ce n'est rien de plus. Il va y avoir un discours d'inauguration où Trump va donner sa vision de la façon dont il compte gouverner pour les quatre années à venir, sans rentrer sans doute dans les détails. Mais, en revanche, on sait que dès le premier jour, c'est-à-dire probablement dès lundi prochain, il va commencer à défaire ce qu'a fait le Président Obama, c'est-à-dire tous ces décrets présidentiels, puisque c'est ce qui est le plus facile à faire, qui concernent des thèmes sur lesquels il a surfé pendant toute la campagne, l'immigration, le terrorisme, l'assurance santé, etc. Puis, ensuite, il y aura le plus dur, et c'est là où on l'attend au tournant, c'est sur la loi, l'arsenal législatif qu'il a envie de mettre en place pour réformer la société américaine. Et là, ce sera difficile parce qu'il n'y a plus les mêmes majorités qu'avant dans son propre parti et au sein du parti démocrate.

    Le paysage politique a changé. Et alors, il arrive au pouvoir avec une impopularité record pour un président investi.

    C'est du jamais vu. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, un Président américain n'est entré en fonction avec moins de 50 % d'opinions favorables, et c'est très difficile pour lui évidemment, parce qu'il le porte sur ses épaules. Mais, en même temps, il veut continuer à parler à ce socle de l'électorat qui a fait sa victoire. Encore une fois, il faut rappeler, il n'a pas gagné l'électorat populaire aux Etats-Unis, il a 2 millions 500 mille voix de moins que Hillary Clinton, mais il a gagné dans les Etats qui comptent, et c'est dans ces Etats-là qu'il veut faire passer son message, qu'il est capable de changer l'Amérique.

    Oui. Qu'est-ce qu'il risque finalement, Donald Trump ? Il va y avoir des manifestations. Dès le lendemain de son investiture, on annonce des milliers de manifestants, des femmes en particulier qui lui reprochent des propos sexistes. Est-ce qu'il peut y avoir un empêchement un jour ? Est-ce qu'il y a des affaires qui peuvent le rattraper ?

    Alors, d'abord, il n'y aura pas d'état de grâce, ça, on l'a bien compris dans la transition. On a bien vu que les critiques du parti démocrate, y compris celles du Président Obama, elles fusaient - j'allais dire - quasiment comme l'éclair. A chaque fois qu'il annonçait quelque chose, dans la minute qui suivait, on avait la riposte du parti démocrate et du Président. Maintenant que le Président Obama est parti, il y a la résistance non seulement du parti démocrate, mais de cette foule d'Américains qui ne se sent pas - j'allais dire - représentée par Donald Trump. Pour eux, ce président n'incarne pas l'Amérique dans sa diversité. Donc, vous avez raison, les minorités, les femmes, les noirs, les latinos, les gays, tous ceux qui se sentent différents de cette Amérique au cœur de l'Amérique, c'est-à-dire le petit blanc, eh bien, vont manifester de façon - il faut l'espérer - non violente, mais de façon massive, dans les grandes villes américaines. Vous voyez déjà les maires des plus grandes villes s'organisaient pour protéger les populations qui pourraient être victimes de la politique Trump. Les Etats fédérés qui ne sont pas d'accord, qui comptent aller devant les tribunaux, et peut-être même jusqu'à la cour suprême. Donc, on voit bien que cette résistance, elle va démarrer dès le premier jour.

    Oui, mais, les conflits d'intérêts peuvent le rattraper.

    Alors, d'un point de vue politique et juridique, c'est vrai, il y a des enquêtes qui sont en cours, et il se pourrait qu'effectivement, les élus au congrès, pas seulement les démocrates, mais aussi un certain nombre de républicains qui n'ont jamais pu encaisser la victoire de Donald Trump, profitent de la moindre faille pour dire ce président n'est pas capable de gouverner.

    Oui. Est-ce que ça veut dire qu'on n'est pas sûr d'avoir un Président si fort qu'il n'y paraît ? Il y a ces mots d'Obama qui a dit : "la victoire de Trump, ce n'est pas la fin du monde".

    Parce que le Président Obama tient à partir avec une certaine forme d'élégance. Il a dit qu'il voulait que cette transition se passe du mieux possible, et ça n'a pas été le cas. Il veut partir en disant : attention, les Etats-Unis restent les Etats-Unis, c'est une grande puissance, et donc, il faut que ça se passe au mieux. Maintenant, on voit bien qu'il y a des difficultés, on voit bien que dans la relation avec la Russie, avec la Chine, avec les européens, c'est en train de se dégrader, ou au contraire, de devenir terriblement ambiguë. Donc, on voit bien qu'au sein du parti républicain, et notamment à la chambre et au Sénat, il y a un certain nombre d'élus qui comptent rester extrêmement vigilants sur la façon dont Donald Trump va gouverner.

    Oui, mais, là, ça va être très difficile. On a vu son comportement vis-à-vis des médias. Les médias américains, les médias internationaux qui sont complètement remontés face à ce nouveau Président.

    ça pourrait se révéler à double tranchant. Encore une fois, Donald Trump est passé maître - on l'a vu pendant la campagne - dans l'art de renverser le cours des choses. S'il y a une immense agressivité à son égard, il peut à ce moment-là se victimiser et dire : regardez ! Tous ces gens de l'establishment sont contre moi : les élus, la presse, le monde de Washington, peut-être même Wall-Street. Si cet establishment se retourne contre lui, il prendra ses électeurs et il prendra les Etats qui l'ont élu en bouclier pour se défendre.

    Oui, il tweete beaucoup. Il fait la diplomatie américaine avec des tweets. C'est ça qui risque de se passer ?

    C'est ce qu'on a vu pendant la période de transition. Son entourage nous dit qu'à partir de demain, il devient le Président des Etats-Unis en fonction et qu'on ne se conduit pas en fonction comme on l'a été pendant la campagne et pendant la période de transition, il faut le juger maintenant aux actes tout simplement.

    Oui, mais il va tenir ses promesses, c'est-à-dire remettre en cause l'OTAN ? C'est-à-dire s'en prendre à l'Europe ? C'est-à-dire menacer la Chine ? C'est-à-dire instaurer ses nouvelles relations avec la Russie en dépit de ce que cela représente ? Est-ce qu'il va faire tout cela ? Ou est-ce qu'il y a un contre-pouvoir qui peut l'empêcher ?

    Ça reste très compliqué. Il y a ce qu'il dit et ce qu'il fait, et ce n'est pas souvent la même chose. Il y a ce qu'il dit de façon péremptoire à travers des tweets et ce qu'il dit de façon plus élaborée sous forme d'une conférence de presse ou à travers ses entretiens. On s'aperçoit que les gens qu'il a nommés pour gouverner avec lui, son équipe, son cabinet, son gouvernement, il y a des personnalités très fortes qui sont capables de s'opposer à lui, qui sont capables de dire : non, le Président a dit ça, mais en vérité, voilà ce qu'on va faire.

    Vous voulez dire par-là qu'il est possible d'influencer Trump ?

    Il faut croire en tout cas, à travers les premières auditions au Sénat de ces principaux ministres, que le ministre de la défense par exemple, le Général Mattis, s'est opposé à lui en privé sur ce qu'il disait sur l'alliance atlantique, sur la relation aux européens, sur Daesch, sur le rapport avec la Chine. Il y a des hommes qui vont tenter de l'infléchir dans un certain nombre de positions très importantes pour les Etats-Unis, et Donald Trump a dit qu'il était capable d'entendre ceux qui, à l'intérieur de son équipe, auraient un avis différent de lui. Il faut le tester là-dessus.

    Oui. Alors, on l'attend sur la santé, on l'attend sur la politique internationale. Il a promis d'en finir avec Daesch. Maintenant, c'est l'heure des actes ?

    C'est l'épreuve de vérité, et elle est d'autant plus de vérité, cette épreuve - pardonnez-moi l'expression - qu'il a lui-même promis que dans les 100 premiers jours, l'Amérique verrait à quel point il est capable de la transformer. Donc, je pense que Donald Trump, encore une fois, on change de période, on n'est plus dans la campagne, on n'est plus dans la transition, on entre maintenant dans l'épreuve des faits, et il faut juger Donald Trump aux faits et rien qu'à cela. Parce que pour le reste, il va rester Trump, c'est un personnage.

    Oui. C'est-à-dire il va continuer de dire : on va rendre à l'Amérique sa grandeur, l'Amérique et tout ça.

    Oui. Il a déjà inventé le slogan de sa campagne de réélection, et donc, on voit bien que le personnage ne va pas changer du jour au lendemain. En revanche, sa politique est probablement capable d'évoluer dans l'improvisation ou parfois même dans sa capacité à tenir un certain nombre de promesses. On voit bien que sur le plan de l'assurance santé, il a dit : "ok, on va changer le plan Obama, mais pas pour l'annuler purement et simplement, pour le remplacer par quelque chose d'autre". Et là, on va voir si les républicains sont toujours d'accord pour le suivre. Ce n'est pas évident.

    Merci François Clemenceau. Votre blog s'appelle : "Trump power", donc sur le site du JDD. Merci d'avoir été notre invité aujourd'hui.

    Merci.

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    00:08:13
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