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  • L'invité

    Arnaud Desplechin

    Invité : Arnaud Desplechin, réalisateur français.

    Son film "Les Fantômes d'Ismaël" a fait l'ouverture du 70e Festival de Cannes.

    Présentation : Patrick Simonin ; depuis le 70e Festival de Cannes.


    Transcription

    C’est le tapis ? Vous allez dérouler alors ?

    Il faut le dérouler. Oui, vous avez le cutter. Attention parce qu’il y a Nicole KIDMAN qui va marcher dessus, attention.

    Attention les gars.

    Ça y est, le tapis rouge est en train d’être déroulé. 70e festival international du film de Cannes. Ce n’est pas un tapis rouge ordinaire le 70e, c’est vraiment un tapis Nicole KIDMAN, 18 films français en compétition, tant de stars et évidemment un film important en ouve (...)

    C’est le tapis ? Vous allez dérouler alors ?

    Il faut le dérouler. Oui, vous avez le cutter. Attention parce qu’il y a Nicole KIDMAN qui va marcher dessus, attention.

    Attention les gars.

    Ça y est, le tapis rouge est en train d’être déroulé. 70e festival international du film de Cannes. Ce n’est pas un tapis rouge ordinaire le 70e, c’est vraiment un tapis Nicole KIDMAN, 18 films français en compétition, tant de stars et évidemment un film important en ouverture, c’est le film avec Marion COTILLARD, Charlotte GAINSBOURG et Mathieu AMALRIC, un grand film d’auteur français pour ouvrir le 70e Festival de Cannes et un réalisateur, l’un des enfants terribles du cinéma français, Arnaud DESPLECHIN. On l’a rencontré. Bonjour, Arnaud, c’est incroyable de se retrouver à Cannes, j’allais presque dire avec un film comme ça.

    Un film comme ça, peut-être parce que certaines personnes le regardent comme un film d’auteur alors que d’habitude l’ouverture de la compétition se fait avec un film plus… Mais c’est un film d’auteur, mais c’est en même temps un film qui s’ouvre vers le public, donc peut-être que c’est ça qui a motivé la décision de Thierry FRÉMAUX, je ne sais pas. J’ai reçu la nouvelle, je l’ai accueillie, j’en étais honoré, voilà j’étais ému de… C’est le 70e anniversaire, ce n’est pas rien.

    C’est énorme, c’est énorme de faire l’ouverture.

    Bien sûr.

    C’est émouvant, c’est touchant ?

    Oui c’est touchant, je pense surtout à la projection de ce soir, aux acteurs, cet écran que je connais bien et cette salle qui est particulière et qui rend un amour des acteurs très fort, c’est ça qui me frappe curieusement plus que… On dit Cannes, festival de réalisateurs, mais c’est l’amour des acteurs que j’ai vraiment vécu ici, et du coup c’est une manière pour moi de les remercier, je sais que ce soir je pourrai les remercier enfin.

    Oui et d’ailleurs "Le Fantôme d’Ismaël", c’est un film sur l’âme d’un réalisateur, sur la force de la création. C’est un film sur vous aussi quelque part.

    C’est un masque, c’est des déguisements qu’on se prête Mathieu et moi, et on se déguise. Ismaël c’est un personnage très… J’avais déjà peint une fois un Ismaël VIARD, c’était dans "Rois et Reine", et c’est un personnage qui est en surrégime tout le temps. Alors, Ismaël c’est un réalisateur, mais qui s’autorise tout ce que moi je ne pourrai jamais m’autoriser. Donc du coup, je le regarde avec fascination, c’est un double et puis il m’est étranger en même temps, c’est les deux.

    Il y a deux ans je rencontrais Ismaël.

    Vous n’avez pas d’enfant ?

    J’ai aimé des hommes mariés.

    En ce moment je suis célibataire, donc ça ne nous laisse pas beaucoup de chance.

    Non, aucune.

    On racontait qu’il avait perdu une femme.

    C’est votre femme ?

    Oui. Carlotta. Un jour elle est partie.

    Où ça ?

    Je ne l’ai jamais su.

    Toi, tu y penses ?

    Ça fait 20 ans déjà, ne sois pas jalouse d’un fantôme.

    Vous êtes Sylvia, la compagne d’Ismaël ?

    Oui. Je suis sa femme, Carlotta.

    Mathieu AMALRIC, évidemment, évidemment, mais Charlotte GAINSBOURG, Marion COTILLARD, un cadeau ?

    Eh bien top, complet. Mathieu, pas évidemment, ce n’est jamais évident vous savez, je n’écris pas pour les acteurs, j’écris pour des personnes, des personnages plus grands que la vie. Là c’était Ismaël, on avait déjà fait un Ismaël ensemble et puis il y a une grâce chez Mathieu, un abandon de soi, le ton du ridicule aussi, il arrive à être grotesque et admirable en même temps. Alors il sait faire ce mélange de trucs qui me fascinent, et là voilà que j’accueillais deux nouvelles venues puisqu’il y avait Marion COTILLARD et Charlotte GAINSBOURG. Les rôles le permettaient, permettaient d’accueillir des stars comme ça, et ce qui me bouleversait pendant le tournage, c’est ces deux artistes complètes, deux stars mondiales françaises que nous avons, il y en a d’autres, Isabelle HUPPERT… mais ces deux stars retentissantes. Mais l’art se tient à un endroit totalement différent, les deux personnes, les deux artistes sont tellement différentes l’une de l’autre, alors dans le même cadre, d’avoir le jeu de Charlotte GAINSBOURG qui se tient ici, et d’avoir le jeu de Marion COTILLARD qui se tient là, c’était magique, deux façons différentes d’être femme, deux façons différentes d’être actrice.

    Oui, c’est un film évidemment qui raconte un réalisateur, mais au fond j’allais presque dire que c’est un film de l’amour des acteurs parce que vous leur donnez, ils jouent dans des jeux, il y a cette espèce de contraste permanent, on passe d’un jeu à un autre.

    On se disait quand on écrivait le film "il faut tasser de la fiction", c’est-à-dire qu’on prend des bouts de fiction, on les tasse ensemble, on les mélange ensemble, on tasse, on bourre le film de fiction. Il faut que ce soit trop, il faut que ça déborde le spectateur, il faut qu’on vous tienne par la main aussi bien sûr, qu’on vous accompagne à travers le dédale d’histoire, mais il faut que ça déborde de fiction. Le film, je peux le dire sans déflorer le suspense, le film se termine par un mot qui est répété c’est encore, encore, encore.

    Quand on est réalisateur, Arnaud, on a besoin d’être aimé ? Finalement un film comme ça c’est un cri, c’est une demande d’amour ?

    Je ne suis pas sûr. Peut-être qu’on a besoin d’être acteur… Peut-être que les acteurs demandent cet amour, mais il y a une façon de se cacher, d’être dans l’ombre, d’être protégé. Quand vous êtes de l’autre côté de la caméra, il y a une façon de vous protéger. J’ai l’impression, les films, que je sois spectateur ou réalisateur, les films me protègent, je me protège derrière eux, à leur ombre.

    C’est des masques, c’est un jeu d’ailleurs dans le film, c’est un jeu de rôle, il y a une réapparition, on revient, finalement on s’incarne à travers l’autre.

    Bien sûr, oui il y a tout ce jeu de masques, de déguisements, qu’on commence à avoir l’habitude de faire Mathieu et moi, et puis je me déguise en fille aussi bien sûr. Je pense au personnage de Carlotta joué par Marion COTILLARD qui est stupéfiante, qui est la vie même, et je rêverais d’être ce personnage qui est la vie incarnée, et cette femme, Sylvia, jouée par Charlotte GAINSBOURG qui se tient un peu en côté de la vie et qui est plutôt spectatrice qu’actrice, que la vie va la conduire là où elle ne savait pas que la vie l’attendait.

    Oui, et cet incroyable retour, ça fait penser à HITCHCOCK, "Vertigo". Ça fait penser à ça… C’est incroyable ça, c’est des références.

    C’est des références. L’histoire m’est venue comme ça, maintenant il se trouve que moi je suis un réalisateur cinéphile, il y a bien des grands réalisateurs qui…

    TRUFFAUT évidemment.

    TRUFFAUT, RESNAIS aussi, je peux penser à "Providence" qui est un film qui m’a beaucoup marqué dans mon adolescence où c’était John GIELGUD, qui était enfermée dans cette maison, qui est un romancier et qui refabrique sa vie avec des bouts de romans comme ça, sa vie qui était un désordre, il essaye de la remettre dans l’ordre en inventant des fictions. Alors je pensais souvent à RESNAIS aussi, mais je suis un réalisateur cinéphile. Il y a des réalisateurs qui ne le sont pas et que j’admire, moi je ne peux pas vous dire que je n’ai pas vu "Vertigo", je l’ai vu, donc j’écris et je me dis "tiens, ça fait penser un tout petit peu à Vertigo, avec le retour de Kim NOVAK qu’on croyait morte et qui réapparaît". Ce n’est pas la même chose, à chaque fois je creuse le film jusqu’à trouver la différence, ce qui fait que je trouve ma voie à travers les grands artistes qui m’ont précédé, mais une voie qui n’appartient qu’à moi.

    À travers la fiction, on apprend la vie ?

    Bien sûr, pour moi oui. Vous savez, vous allez voir un film, vous apprenez tout, vous apprenez comment draguer, comment vous disputer, comment vous réconcilier. Enfin, moi j’apprends la vie en regardant des films, bien sûr.

    Merci, Arnaud, les lumières vont donc éteindre et là c’est la magie qui commence.

    Les ombres qui commencent, les fantômes qui apparaissent sur l’écran.

    Le fantôme d’Ismaël en particulier. Merci Arnaud.

    Merci à vous.

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    00:08:33
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