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  • L'invité

    L'INVITE TV5MONDE 2016/2017

    Invitée : Élisabeth Badinter, philosophe française.

    À l'occasion de la sortie de son livre, "Le Pouvoir au féminin, Marie-Thérèse d'Autriche", Élisabeth Badinter s'interroge sur le pouvoir des femmes d'aujourd'hui.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Elisabeth BADINTER.

    Bonjour.

    Vous êtes l'une des grandes voix intellectuelles et c'est un grand plaisir de vous recevoir. Vous êtes rare. "Le Pouvoir au Féminin", c'est votre nouveau livre qui est donc publié chez Flammarion. C'est un portrait étonnant d'une femme étonnante, qui nous ramène dans un siècle où être monarque et être femme, il fallait avoir un certain courage.

    Il fallait surtout avoir non seulement du courage, de la virilité, on pour (...)

    Bonjour Elisabeth BADINTER.

    Bonjour.

    Vous êtes l'une des grandes voix intellectuelles et c'est un grand plaisir de vous recevoir. Vous êtes rare. "Le Pouvoir au Féminin", c'est votre nouveau livre qui est donc publié chez Flammarion. C'est un portrait étonnant d'une femme étonnante, qui nous ramène dans un siècle où être monarque et être femme, il fallait avoir un certain courage.

    Il fallait surtout avoir non seulement du courage, de la virilité, on pourrait presque dire, mais en même temps, c'était tellement inattendu que la première chose à faire, c'était de pouvoir convaincre tous ces hommes qui entouraient la souveraine qu'on était de force à faire face.

    Oui, c'était Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780). L'Impératrice-Reine. Vous en faites le portrait, c'est une femme qui mérite d'être connue davantage.

    Oui. D'abord, moi je pense qu'elle est un repère dans l'histoire des femmes, parce qu’elle a été quand même la première et presque la dernière souveraine à détenir un pouvoir absolu, à être une mère de 16 enfants qu'elle a élevés, qu'elle a éduqués plutôt, et d'être l'épouse d'un mari qu'elle adorait, et dont il fallait tout le temps protéger, si vous voulez, la réputation, lui céder des places honorifiques, il fallait faire très très attention au mari, et je me suis rendu compte qu'aucun homme souverain, n'a jamais eu autant de situations aussi originales à affronter. Jamais.

    Jamais. Alors, c'est la mère de Marie-Antoinette et de tant d'enfants, vous l'avez dit, et donc elle mène des guerres, ce sont à la fois les accouchements et des guerres dans la vraie vie, c'est-à-dire qu'elle mène les deux en même temps.

    Exactement. A la période sa grande fécondité, on peut dire, qui dure à peu près 20 ans, elle mène 2 guerres de 7 ans contre Frédéric II, qui est un rival redoutable, et qui a réussi à convaincre, en gros, les puissances européennes de s'allier à lui pour dépouiller tout l'empire de cette femme qu'on croyait faible, sans courage, qu’on savait qu'elle ne savait rien quand elle est montée sur le trône, parce que son père n'avait surtout pas voulu l'élever dans l'art du gouvernement, et on savait aussi qu'elle avait eu une armée en déroute, qui était absolument dans un état lamentable, pas un sou dans les caisses. Et au fond, voilà, c'était le moment choisi par Frédéric pour lui enlever tout. Il ne faut pas oublier qu'elle est la souveraine du plus grand empire d'Europe, et qui est une souveraine absolue.

    Oui. Et en même temps, quand je disais qu'elle mène l'autre guerre : la guerre des accouchements, c'est qu'à l'époque, accoucher, c'est risquer de mourir ou d'être estropiée.

    Exactement. Et ce qui m'a beaucoup touché, c'est qu'elle dit à plusieurs reprises dans des lettres à ses amies, à quel point un accouchement lui fait horreur. Elle en a très peur, et pour elle, ça à dû se passer très mal. Or, ce qui est frappant, c'est que les hommes autour d'elle a son époque, mais les historiens aujourd'hui encore, n'ont pas pris conscience de ce que ça peut représenter pour elle, d'être à la fois une femme dans la totale passivité, qui accouche dans la douleur extrême, et en même temps, à quelques jours près, le chef des armées à laquelle on doit dire que l'Autriche a perdu des batailles décisives, et donc elle est à la fois dans la féminité absolue, et à la fois dans la virilité caricaturale, on pourrait dire.

    Oui. Voilà la Une du Magazine Littéraire. Elisabeth BADINTER, "Comment penser librement". On vous sent vraiment la femme libre. Vous le payez cher parfois, Elisabeth BADINTER. On vous a attaquée sur Internet, on vous a traitée d'islamophobe parce que vous étiez contre le voile. Rien ne vous fait plier.

    Non. Alors, j'ai une excuse si j'ose dire, de ne pas réagir, c'est que je ne connais pas les réseaux sociaux, donc je ne me fais pas de peine, voyez-vous.

    Et puis de toute façon, je pense que c'est un grand privilège de pouvoir s'exprimer publiquement. C'est un grand privilège que je mesure très bien, et si ce n'est pas pour dire ce que l'on pense, et sans, je veux dire sans censure, et bien ça ne vaut pas la peine de prendre la parole, donc voilà.

    Oui. C'est une façon de dire, si des femmes qui se voilent ne peuvent plus sortir de chez elle parce qu'on interdit le voile, et bien elles resteront chez elle.

    Exactement, je l'ai dit.

    Vous l'avez dit ça?

    Oui, oui, j'ai dit ça. J'ai dit ça à propos d'une femme qui se plaignait parce qu'elle portait la burqa, de ne plus pouvoir sortir de chez elle, emmener ses enfants à l'école, puisqu'elle n'avait pas le droit de se promener dans la rue ainsi, voilà. Et bien, j'ai dit, "écoutez, c'est une folle, quoi". Je veux dire, c'est quelqu'un qui a perdu la tête, enfin, les enfants sont cantonnés dans la maison, parce que la mère…, ça ne va pas. Je rajoute en plus que cette femme était, de toute évidence, une femme qui n'était pas musulmane à l'origine, mais qui s'était convertie.

    Oui. Il y a eu une guerre à mener contre les censeurs de la parole, ceux qui disent "on va vous accuser d'islamophobie, donc vous n'aurez pas le droit de vous exprimer"?

    Je vais vous dire. Je crois que les mots sont très importants, qu'on ne peut pas dire n'importe quoi, et que les mots peuvent, effectivement, blesser pour autant, et c'est là où il faut être attentif, justement à la valeur du mot, pour autant, je crois qu'on peut exprimer sa pensée, et ce que j'avais dit à propos de l'islamophobie, c'est qu'il ne faut pas avoir peur d'être traité d'islamophobe si vous critiquez la religion musulmane comme vous pourriez critiquer la religion chrétienne ou juive, ça n'avait rien d'islamophobe. Comprenez, comprenez bien que c'est pour vous empêcher de défendre la laïcité, et c'était très habile d'inventer ce concept d'islamophobie, parce qu'au fond ça ne pouvait que culpabiliser ceux qui ne l'étaient pas, et qui pour rien au monde ne voulaient avoir l'air d'être des racistes et des gens contre les musulmans, et c'est ça qui est très habile, c'est qu'on a joué sur la culpabilité de ceux qui redoutaient, parce qu'ils ne l'étaient pas. Parce que ceux qui sont vraiment islamophobes, ils s'en fichent, ils s'en fichent complètement de tout ça, voilà. Donc, j'ai dit ce que je pensais, voilà, j’ai dit "il ne faut pas avoir peur", mais en même temps, il faut se battre contre l'islamophobie, si elle existe chez certains.

    Oui. Ça vous donnera envie d'intervenir pendant cette campagne électorale, où on entend des candidats, par exemple, dire "Oui, l'avortement, mais, mais…" parce qu'il y a un candidat, voilà qui est…

    Je ne sais pas, si on lui a fait bon ou un mauvais…

    C'est François FILLON.

    …si on ne lui a pas fait un mauvais procès, parce qu'il n'a jamais été question qu'il supprime la loi sur l'avortement. Bon, mais ce n'est pas ça, moi je n’ai pas à intervenir dans le discours politique, ce n'est pas ma place, et donc non, non, je n'interviendrai pas sauf s'il se passait une chose épouvantable que je ne veux même pas imaginer, mais ce n'est pas ma place. Je pense que les politiques sont en ce moment entrés dans un débat entre eux, et qu'il faut les écouter.

    Mais il ne fait pas un peu peur, ce débat ? Il ne vous fait pas un peu peur, ce débat ? Cette perspective-là ?

    Ecoutez, il ne m'enchante pas beaucoup.

    C'est quoi la crainte ? C'est de se retrouver avec l'extrême droite au second tour, par exemple ?

    Par exemple. Depuis l'élection de Trump, où je m'étais dit, comme beaucoup de gens, "c'est impossible". Depuis le début, où il est entré devant la lumière des médias, je me suis dit "c'est absolument impossible". Et bien, je ne me dis plus maintenant que c'est impossible. N’est-ce pas. Jusqu'à présent, on a dit "mais le Front National ne peut pas arriver au pouvoir, ce n'est pas possible. Il y aura suffisamment de gens pour faire obstacle. " Et bien aujourd'hui, je n'en sais rien, voilà. Ce n'est pas gai.

    Merci beaucoup Elisabeth BADINTER.

    Toujours un immense bonheur de vous recevoir. Ça s'appelle "Le Pouvoir au Féminin". C'est Marie-Thérèse d'Autriche, l'Impératrice-Reine. C'est un livre vraiment fabuleux, passionnant, un roman de siècle écrit avec votre plume. Merci beaucoup Elisabeth BADINTER.

    Merci à vous.

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    00:08:17
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