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  • L'invité

    Carlos Gomez

    Invité : Carlos Gomez, journaliste français, chroniqueur cinéma pour "Gala" ; il est l'auteur de "Voir Cannes et survivre. Les dessous du festival".

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Le plus grand festival de cinéma du monde, Carlos GOMEZ le vit de l'intérieur depuis tant d'années. On est ravi de vous recevoir, vous êtes journaliste à Gala, vous avez été longtemps rédacteur en chef culture au Journal du Dimanche. C'est le 70e festival de Cannes, c'est 70 ans de légende, mais c'est aussi 70 ans de folie on va dire, hein ?

    Oui, de folie, le fameux bûcher des vanités 1000 fois décrit, oui c'est ça, c'est la vérité. Je l'ai vécu comme vous dites un certain nombre d (...)

    Le plus grand festival de cinéma du monde, Carlos GOMEZ le vit de l'intérieur depuis tant d'années. On est ravi de vous recevoir, vous êtes journaliste à Gala, vous avez été longtemps rédacteur en chef culture au Journal du Dimanche. C'est le 70e festival de Cannes, c'est 70 ans de légende, mais c'est aussi 70 ans de folie on va dire, hein ?

    Oui, de folie, le fameux bûcher des vanités 1000 fois décrit, oui c'est ça, c'est la vérité. Je l'ai vécu comme vous dites un certain nombre de fois, même ça sera mon 19e festival, ce qui est pas le bout du monde non plus, mais bon, au terme du 18e, je me suis autorisé comme ça au nom d'une forme de majorité symbolique cannoise, à exprimer par écrit tout ce que m’évoque le festival.

    Vous dîtes :"Voir Cannes et survivre", dans de votre livre, vous n’exagérez pas un peu quand même !

    Non, je vous promets Patrick, je n’exagère pas, on survit à Cannes, on doit survivre à Cannes lorsqu'on est journaliste, notamment parce que ce sont des journées… ça peut ressembler au 3/8 parfois, on se lève très tôt de plus en plus tard, en ayant à fournir pour les chefs restés à Paris des papiers de plus en plus nombreux. Oui, c'est une forme de marathon !

    Oui, vous dites "c'est même le parcours de l'humiliation permanente".

    Ah oui ça c'est clair ! C'est à dire que, en tout cas les premières années, il est évident que si on ne vous identifie pas, si on ne vous reconnaît pas, si on ne soupèse pas ce que vous pouvez représenter à travers l'écriture, du nombre de lecteurs ou d’auditeurs que vous pourrez toucher, vous serez beaucoup moins intéressant aux yeux de l'organisation. Il faut faire ses classes à Cannes et en permanence. Et c'est vrai que cette humiliation, elle est permanente. Si on n'a pas "la carte" comme on dit, et je ne parle du badge…

    Oui, ce badge blanc qui permet d'aller partout. Sinon, qu'est-ce qu'on fait, on fait la queue toute la journée, c'est ça que vous faites ?

    Vous faites la queue toute la journée, c'est à dire que vous vous levez avant les copains, si vous avez un badge jaune, ou un badge bleu par exemple, pour une projection qui commence à 8 heures et demie, autant être là une bonne heure et demie avant.

    Oui. Alors les paillettes vous dites, pour certains journalistes ça se résume à fumer des cigarettes le soir sur un trottoir devant un café pas terrible.

    Pour les plus jeunes je dirais, parce qu'aujourd'hui le nombre de journalistes a explosé à Cannes à travers la quantité de sites internet, de blogs qui sont désormais présents. Et ceux-là, ils démarrent un peu au bas de l'échelle, ils ont leur notoriété à faire etc. et eux les fêtes ils peuvent y entrer éventuellement par raccroc, lorsque des gens comme moi s'amusent ou ont plaisir à les faire inviter même parfois au forcing, mais sinon, oui on est là, on reste spectateur.

    Mais vous nous parlez d'une folle nuit, de folles nuits à Cannes, où on trouve de tout.

    De tout, et pas cher en plus.

    C'est à dire ? vous dites carrément des call-girls.

    Oui, non ça ça a un prix quand même, mais c'est vrai que tous les ans et ça avait été très bien expliqué dans le Hollywood Reporter il y a quelques années, on a noté un afflux de jeunes femmes qui monnayent très cher leurs charmes, qui accourent à Cannes parce qu'elles savent qu'à Cannes il y a des producteurs, il y a des gens qui ont de l'argent, et qui entre 2 négociations prendront le temps d'inviter des escorts sur leurs bateaux, dans leurs villas, etc.

    Mais comment tout ça se mélange avec le cinéma finalement ? Il y a aussi toutes ces stars qu'on aime voir monter le tapis rouge.

    Ca se mélange parce que le film est à l'intérieur du… et derrière le rideau aussi quoi. Ça se mélange parce que c'est une espèce de carnaval consacré au cinéma, mais un carnaval où toutes les audaces, tous les excès sont sinon permis, mais tolérés.

    Oui, on voit quand même des films, on a quand même des plaisirs cinématographiques.

    Ah énormément.

    Et il y a des scandales, vous dites "parfois des scandales ratés".

    Oui oui, on peut considérer qu'en 2002 "Irréversible" fut un scandale raté, fut un scandale monté de de toutes pièces. Si vous vous souvenez, donc c'était ce film de Gaspard NOÉ avec Vincent CASSEL, Monica BELLUCI.

    Dans lequel Monica BELLUCI se fait violer pendant pratiquement tout le film.

    Pas tout le film, mais c'est une espèce de viol en temps réel qui était assez saisissant et insupportable, au fond d'un tunnel. Et toute la promotion du film s'était concentrée sur cette scène qui, effectivement, était choquante, volontairement choquante. Après, bon, Monica BELUCCI a expliqué que c'était un point de vue artistique, qu'il n'y avait aucune volonté de choquer, mais de faire réfléchir…

    Oui, vous voulez dire par là que le Festival a besoin de scandale, il y avait eu "La Grande Bouffe", voilà il y a besoin du scandale.

    Oui, c'est dans son ADN au Festival, le scandale. Le festival a été créée en 46, on peut considérer que le premier scandale fût en 49, Silvana MANGANO dans "Riz Amer", faisant rouler ses bas sur ces jambes nues, ça avait été… tout le monde disait en catimini qu'elle méritait le prix d'interprétation, et bien non elle l'a pas eu parce que c'était trop choquant. Et pour la petite histoire, ce film-là n'est passé à la télévision française qu'en 1961, et il a une histoire parce que c'est le premier film qui est passé le rectangle blanc, le fameux rectangle blanc.

    Oui, alors vous nous parlez de la vie de palace, vous nous parlez de Paris HILTON.

    Oui, Paris HILTON est un cas à part dans le festival parce qu'elle n'est pas actrice, enfin elle est actrice de sa propre vie qu'elle fait vivre très très bien à travers les réseaux sociaux. Mais lorsqu'elle arrive à Cannes, elle est un peu nobody, et elle passe son temps à éprouver une forme solitude. C'est à dire que l'on comprend à travers la présence d'une Paris HILTON qui est multimilliardaire, que l'argent n'est pas la solution pour se faire aimer et pour jouir du festival comme de vraies stars.

    Oui, mais pourtant, au festival on voit des films qui racontent la misère du monde.

    Oui c'est le paradoxe aussi. C'est vrai que… oui, la misère du monde. Mais moi, la misère du monde, vous parliez de Paris HILTON, moi je l'ai vue de mes yeux, vu la misère du monde qu'elle représentait un soir à une heure et demie du matin devant un chiche kebab de l'hôtel Majestic, où elle était là entre son chauffeur et son garde du corps, à manger un sandwich les fesses posées sur la banquette arrière de sa limousine, en se penchant en avant pour pas salir sa robe. Ça, c'est une forme de misère humaine. Et je le dis avec tendresse parce que, voilà je n’ai rien contre elle, mais le contraste il est là en permanence.

    Oui, mais il y a une forme de vérité humaine, vous dites aussi "vous voyez Sophie MARCEAU qui rencontre son public, qui fait des selfies pendant une demi-heure", c'est une forme de générosité aussi.

    Mais oui, après chacun l'exprime ou ne l'exprime pas selon sa nature. Mais Sophie MARCEAU qui est aujourd'hui la star ou l'actrice française la plus mondialement connue et appréciée, et bien voilà, cette femme qui sait mettre une distance la plupart du temps, lorsqu'elle est à Cannes, elle joue le jeu. Il y a des gens qui l'approchent dans la rue, toujours de manière bienveillante, et bien elle prend le temps de faire un selfie avec eux, de signer un autographe, de discuter avec eux.

    Oui, mais ce que vous dites par là, c'est que les dessous de Cannes ne font pas rêver ?

    Ils ne font pas rêver… C'est à dire que si on a une âme romanesque, ils pourraient faire rêver et donner lieu à plein de romans, à plein de films sur l'histoire du festival. Mais ne pas faire rêver ? Si, c'est à dire que c'est un rêve en creux quoi. Mais il y a quelque chose de fascinant dans cette espèce de fourmilière permanente que représente Cannes. Moi il y a juste une chose qui m'étonne, c'est cette capacité qu'on a… c'est une bulle Cannes, on l'a beaucoup dit. Mais la difficulté de s'extraire de cette bulle, il peut se passer n'importe quoi dans le monde, et notamment un tremblement de terre à Alger qui fait 3000 morts, et on a tous vu passer ça sur les chaines info en disant en sortant de notre chambre :" ah oui, oui, c'est terrible, mais au fait ce soir est ce que un tel, tu penses qu'il peut avoir la Palme d'or ?". Enfin une espèce de coupés du monde quoi, coupés du monde pour, à travers les films, essayer de percevoir à quoi ressemble le monde d'aujourd'hui vu par les cinéastes.

    C'est passionnant… "Voir Cannes et survivre: les dessous du festival", c'est un livre étonnant. On vous remercie beaucoup Carlos d'avoir été notre invité.

    Merci Patrick.

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    00:08:22
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