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  • L'invité

    Mahi Binebine

    Invité : Mahi Binebine, peintre et écrivain marocain, auteur du roman "Le Fou du roi" ; il sera à Livre Paris 2017, dont le Maroc est l'invité d'honneur.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Marie-Françoise COLOMBANI, pendant 25 ans l’une des patronnes du magazine Elle, à ses côtés Tareq OUBROU, le grand imam de Bordeaux. Merci à tous les deux d’être nos inviter. C’est la féministe et c’est l’imam, c’est le titre d’un publié chez Stock, c’est un livre étonnant, c’est une rencontre étonnante. Marie-Françoise COLOMBANI, vous aviez voulu savoir ce qu’il y avait dans le ventre du personnage qui est à côté de vous, c’est-à-dire, Tareq OUBROU.

    D’abord, je voulais savoir ce q (...)

    Marie-Françoise COLOMBANI, pendant 25 ans l’une des patronnes du magazine Elle, à ses côtés Tareq OUBROU, le grand imam de Bordeaux. Merci à tous les deux d’être nos inviter. C’est la féministe et c’est l’imam, c’est le titre d’un publié chez Stock, c’est un livre étonnant, c’est une rencontre étonnante. Marie-Françoise COLOMBANI, vous aviez voulu savoir ce qu’il y avait dans le ventre du personnage qui est à côté de vous, c’est-à-dire, Tareq OUBROU.

    D’abord, je voulais savoir ce qui se passait vraiment dans l’islam, dans le coran, à travers les paroles du prophète quant à la situation des femmes musulmanes et donc je me suis dit que pour ça, il fallait voir un homme de religion.

    Vous aviez eu envie de lui demander, il est à côté de vous, de lui dire au fond comment on traite la femme dans l’islam.

    Pour être plus précise, je voulais surtout lui demander, au départ pourquoi il y avait changé d’avis par exemple sur la question du voile, c’est-à-dire il y a 15 ans, il disait que rien ne prouvait dans le coran que la femme n’était pas obligée de le porter. Or aujourd’hui, il écrit dans ses livres que rien n’oblige dans le coran la femme à porter un voile, et donc je me demandais pourquoi il y avait ce revirement, comme sur beaucoup de choses, et en travaillant avant de le rencontrer, sur lui je me suis aperçu que c’était un homme qui pratiquait maintenant un islam libéral, que c’était quelqu’un qui était extrêmement respectueux de la loi française et qu’il avait beaucoup, beaucoup travaillé pour pouvoir répondre à cette question de pourquoi le voile, le foulard a pris une telle importance dans notre société.

    Et en même temps, Tareq OUBROU, merci d’être avec nous, vous lui dites dans ce livre "mais au fond, ce n’est pas les questions fondamentales".

    Oui c’est une question dérisoire qu’est cette question des vêtements de la femme. On occulte les questions métaphysiques, théologiques sur la dignité de la personne, au-delà de son sexe, de sa race et sa religion. Aujourd’hui, le discours sur l’islam est plus un discours identitaire, parfois normatif, mais moins métaphysique et théologique. Il n’y a pas cette question de lettres…

    (inaudible) trop fidèlement de ces questions et pourtant Marie-Françoise COLOMBANI a envie de savoir, comme beaucoup de gens ont envie de savoir ce qu’il y a vraiment dans l’islam. Est-ce que l’islam est féministe par exemple ?

    Féministe, en tout cas il est pour la dignité de l’homme et de la femme à égal niveau. Il y a une égalité anthologique, métaphysique, théologique quant à la dignité de l’homme et de la femme. Là où il y a une différence, c’est au niveau juridique, c’est-à-dire que la loi prend en considération les coutumes, le moment historique où se fait cette traduction entre le principe d’égalité et la loi, on le voit aujourd’hui en France que les débats sur la loi de l’égalité est toujours un débat d’actualité. Le principe, tout le monde reconnaît qu’il y a un principe d’égalité, mais quand on passe à la traduction normative dans une loi, il y a des résistances sociologiques, anthropologiques que le coran a prises en considération.

    Marie-Françoise COLOMBANI, vous entendez ça, cette difficulté.

    Oui j’entends, mais qu’est-ce qu’on vit aujourd’hui ? L’inverse, c’est-à-dire qu’effectivement Tareq dit que l’égalité est partout dans le coran, mais nous qu’est-ce qu’on voit ? Des femmes voilées, des femmes qui ne veulent pas se faire soigner par un homme à l’hôpital donc ce sont des questions actuelles. Donc d’où vient problème ? Ces gens-là, ils le font parce qu’ils pensent le faire par respect de leur religion, or le problème vient des gens qui leur enseignent cette religion.

    Oui, mais alors vous lui demandez très directement, vous lui parler de l’interruption volontaire de grossesse, vous lui parlez du mariage pour tous, de l’homosexualité. Ce sont des sujets concrets où finalement on entend peu l’islam s’exprimer.

    C’est bien ce qui est dommage et pourquoi on l’entend peu ? Parce que cette religion est enseignée soit via l’internet, YouTube avec des prédicateurs totalement intégristes ou fous soit dans les mosquées par des gens qui sont au mieux incompétents au pire malfaisants.

    Et on a une position, Tareq OUBROU, sur ces grandes questions de société ? Une vraie position officielle, certifiée ?

    Il y a l’islam savant, il y a l’islam sociologique. Aujourd’hui l’islam souffre d’une orthodoxie, orthopraxie de masse, c’est-à-dire le nivellement par le bas. Au Moyen Âge, c’était les savants érudits qui proposaient des interprétations pertinentes. Aujourd’hui, on n’a plus cette culture de la complexité, la nuance dans le rapport à la loi.

    Oui, mais concrètement, quand elle vous pose la question, elle vous dit "est-ce que l’on peut être pour l’interruption volontaire de grossesse ?" par exemple.

    J’ai expliqué ça.

    Il dit oui.

    C’est-à-dire qu’il y a le principe de la conservation de la vie, mais il y a le principe de réalité qui prend en considération les souffrances et les risques que pourrait produire une grossesse non assumée.

    Donc on n’est pas contre. Concernant le mariage pour tous, elle vous demande aussi ça, l’homosexualité.

    Mais oui, mais il y a le côté éthique, l’islam comme les autres religions ne permet pas ce genre d’union, mais il y a bien des musulmans qui sont homosexuels, on ne va pas leur enlever le statut d’islamité à cause de leur choix sexuel, donc il faut faire le discernement entre l’appartenance parce qu’en islam, on est musulman par la foi, la pratique ne fait pas partie de la définition de la foi, donc déjà quelle que soit la conformité ou non du musulman par rapport à une règle, il ne lui enlève pas son statut spirituel de musulman, donc il est plus à l’aise dans le rapport à la loi puisque l’essentiel est garanti. Parce que dans le jour du jugement dernier qui est un dogme important, c’est la foi qui sauve, ce n’est pas la pratique. Donc dans mon discours j’apaise et je relativise un certain nombre de pratiques.

    Marie-Françoise COLOMBANI, vous dites aussi, parce que ce personnage, Tareq OUBROU est là, vous le reconnaissez ce courage qui fait qu’il est menacé et aussi il a changé, dites-vous, mais il est aussi resté fidèle au fondateur des Frères musulmans, vous notez aussi ça, vous l’interrogez là-dessus.

    Oui et puis je ne le lâche pas, moi je ne comprends pas, d’ailleurs malgré tout le respect que j’ai pour lui, même aujourd’hui, en même temps je trouve formidable d’avoir cette fidélité qu’il a auprès des textes et des gens qui ont été très, très importants pour lui. Mais en même temps, je dis que ça serait tellement facile qu’il dise "je renie (inaudible)". Il ne veut pas.

    Ce n’est pas une question de fidélité, moi je suis un grand lecteur, je suis marqué par beaucoup d’auteurs y compris Hassan AL-BANNA à un moment donné, mais j’ai transcendé ces auteurs-là, je suis autonome aujourd’hui, je suis en train de formaliser toute une théologie et donc je ne suis pas un petit imam, je ne renie pas mon passé parce que je suis la somme…

    Vous ne reniez pas par exemple que vous aviez voulu aller chez les moudjahidines ?

    Oui, mais c’est mon histoire. On ne renie par son histoire, on la capitalise, on la transforme et on la sculpte. Je sculpte ma personne, on ne peut pas refouler une partie de vous, sauf qu’il faut convertir cette partie dans le bon sens et l’évolution. Dans la tradition du Moyen Âge, les savants changeaient leur avis trois fois la journée parce qu’ils sont dans le doute et dans l’évolution et c’est un signe de santé spirituelle et mentale.

    Oui, je parlais de ce courage. Marie-Françoise COLOMBANI, qui fait que Alain JUPPÉ à Bordeaux qui est proche de Tareq OUBROU a été très attaqué, on l’a appelé Ali JUPPÉ, parce qu’il soutenait Tareq OUBROU.

    Oui, mais vous savez quand on parle de courage, Tareq OUBROU, lui dit qu’il n’en a pas besoin parce qu’il n’a pas peur de mourir puisqu’il y a Dieu qui l’attend.

    Merci beaucoup Tareq OUBROU, merci Marie-Françoise COLOMBANI. C’est un livre tout à fait étonnant, un dialogue étonnant qui se poursuit évidemment dans ce livre publié chez Stock. On était ravis de vous recevoir aujourd’hui.

    Merci.

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