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  • L'invité

    Youssef Seddik

    Invité : Youssef Seddik, philosophe.

    « L'invité » s'installe au musée du Bardo de Tunis, théâtre d'une sanglante attaque il y a tout juste deux ans, pour rencontrer quelques personnalités phares de l'une des plus jeunes démocraties du monde. Youssef Seddik est de ceux-là. Le philosophe et anthropologue de l'islam est l'un des intellectuels tunisiens les plus commentés depuis la publication retentissante de son livre « Nous n'avons jamais lu le Coran » et sa tentative de raconter l'histoire du Coran en BD. Il s'interroge sur la place de l'islam dans la société tunisienne d'aujourd'hui.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le musée du Bardo, à Tunis.


    Transcription

    Bonjour, Andreï MAKINE.

    Bonjour.

    Votre nouveau livre est un événement. Voilà 30 ans que vous êtes arrivé en France, vous étiez sans papier, aujourd’hui, l’Académie française.

    Oui, un parcours étonnant, mais en même temps à mon avis, il illustre, mais très modestement ce que la France donne à des milliers d’étrangers, la possibilité de se réaliser, la possibilité d’assimiler cette culture, cette langue et puis devenir pleinement Français.

    Ou (...)

    Bonjour, Andreï MAKINE.

    Bonjour.

    Votre nouveau livre est un événement. Voilà 30 ans que vous êtes arrivé en France, vous étiez sans papier, aujourd’hui, l’Académie française.

    Oui, un parcours étonnant, mais en même temps à mon avis, il illustre, mais très modestement ce que la France donne à des milliers d’étrangers, la possibilité de se réaliser, la possibilité d’assimiler cette culture, cette langue et puis devenir pleinement Français.

    Oui, mais je le dis c’est quand même incroyable, c’est en 1987, vous arrivez à Paris, vous êtes sans papier, vous dormez dans un caveau du Père-Lachaise, vous n’avez rien.

    Oui… Non, j’avais déjà beaucoup de choses quand même dans mon escarcelle et j’avais la France et c’est l’essentiel. J’avais la culture française, je parlais la langue, donc c’est énorme, c’est la seule chose, le seul conseil qu’on pourrait donner aux jeunes d’aujourd’hui, c’est de profiter de cette richesse que la France donne si généreusement.

    Oui, cette France qu’on a oublié d’aimer, c’était le titre d’un de vos livres. On oublie d’aimer la France.

    Je pense qu’on l’aime mal dans ce monde de plus en plus dangereux, de plus en plus violent et on oublie que la France peut être aussi protectrice, protectrice de la culture, protectrice des droits de l’homme, protectrice de la civilisation.

    Oui, mais protectrice parce que vous leur avez apporté beaucoup à ces Français, vous décrochez le prix Goncourt, "Le Testament français" c’est un livre remarquable qui fait date et vous avez le prix Médicis, vous êtes récompensé, vous obtenez vos papiers.

    Oui, ça s’est passé dans ce sens-là. Voyez-vous la littérature compte encore en France, si un président de la République peut se dire, mais attendez, cet homme sans papier, mais qui a écrit de bons livres, qui a été primé, il doit obtenir la naturalisation. Vous voyez, si cette logique s’enclenche, ça prouve à mon avis encore cette vitalité littéraire et intellectuelle de la France.

    Oui, c’est votre grand-mère qui vous a appris à aimer BALZAC, MAUPASSANT, ce sont des auteurs qui finalement vous ont nourri.

    Ce sont des auteurs qui m’ont formé. Catherine la Grande, la grande Catherine, elle disait "VOLTAIRE m’a mise au monde". Oui carrément VOLTAIRE c’était son père. Oui, elle reconnaissait cette filiation intellectuelle. Moi, j’aurais pu dire la même chose à propos de BALZAC ou de FLAUBERT.

    Vous appreniez, vous lisiez avec gourmandise tout cela, alors que votre vie avait été très difficile, vous avez grandi dans un orphelinat, ça a été ça votre enfance, née en Sibérie ?

    Oui, mais toutes les enfances sont à la fois très pauvres et très riches, on peut être comblé du point de vue financier, du point de vue économique, matériel et on peut être très riche spirituellement. Heureusement, nous, nous sommes… nous étions élevés dans un esprit un peu différent. Oui, nous pensions encore à la fraternité, nous pensions encore à des valeurs qui dépassaient le cadre matériel, donc c’est ça qui peut-être était notre richesse et puis, finalement, maintenant on connaît le collapse de ce système, mais il y avait encore le communisme, c’était encore un rêve, non pas dans son aspect idéologique ni politique, tout le monde commençait à connaître ce que c’était avec les camps et avec le goulag, ainsi de suite, mais avec cette idée de fraternité.

    Oui et pourtant vous allez connaître notamment la guerre d’Afghanistan, c’est quelque chose qui marque définitivement ?

    C’est quelque chose qui marque à vie, mais voyez-vous, les Russes qui sont allés là-bas, ils considéraient les Afghans comme des frères et les Afghans d’aujourd’hui, ils ne considèrent pas les Russes comme des ennemis. Le sentiment qui leur restait malgré cette plaie énorme — et les Russes n’auraient jamais dû pénétrer dans ce pays —, mais c’est quand même qu’il y avait quelque chose d’humain, ce n’était pas des terminators blindés dans leur protection qui venaient, c’était des soldats simples, des soldats qui pensaient, mais bien sûr de façon parfaitement naïve, apporter la paix, apporter la prospérité, apporter la culture dans ce pays.

    "L’archipel d’une autre vie", c’est donc votre nouveau livre publié au Seuil, et alors on y retrouve un personnage qui évidemment va raconter une sorte d’épopée dans la taïga sibérienne que vous connaissez donc bien, il va y avoir cinq soldats qui vont se retrouver à pourchasser un mystérieux évadé du Goulag et ça va être une quête qui va les amener de surprise en surprise.

    Avant d’être la quête, c’est peut-être une enquête, une enquête policière, enfin une aventure, mais il y a aussi comme vous le dites très bien, il y a une enquête, mais il y a aussi une quête spirituelle, une quête philosophique ; dans cette course à l’abîme, dans cette chasse à l’homme, les personnages, cinq soldats, découvrent une dimension qui leur était parfaitement inconnue, que suis-je face à cet infini sibérien, qui suis-je face à Dieu, face à la possibilité de croire.

    Face au cosmos aussi, une dimension spirituelle.

    Oui, face au cosmos, voilà. Vous ne parlez même pas de la nature, il faudrait parler du cosmos, tellement c’est vaste, c’est une autre dimension, ce n’est pas seulement un contexte, vous voyez, pour une aventure, c’est plus que ça, c’est un être vivant ce cosmos.

    Mais en même temps, il y a les ordres, il y a la hiérarchie, il y a le système communiste qui est là et qui dicte sa loi.

    Oui, le but est très simple, ils doivent capturer un évadé du Goulag, ils doivent ou bien donc l’arrêter ou bien l’assassiner et ils partent avec cette mission. Donc, au départ le discours est très simple et très cohérent, mais peu à peu en voyant ce pauvre homme, enfin ce pauvre évadé, ils se disent, mais il est aussi faible que nous et peut-être même il est plus libre que nous, il découvre aussi sa liberté parce que nous, nous sommes sous le diktat politique, nous sommes écrasés par cette mission, finalement assassine, tandis que lui il court vers la liberté.

    Oui, il va laisser des objets, comme un jeu de piste en quelque sorte, et puis il va se passer des choses dans ce groupe, on ne racontera pas la fin, c’est un véritable suspense, mais au fond il y a des découvertes, une espèce de trésor derrière au bout du chemin, il y a comme la découverte de quelque chose qui finalement les dépasse, un message universel.

    Ce sont des citadins et donc ils se retrouvent dans un élément qu’ils ne connaissent pas dans cette vastitude qui va de la Chine jusqu’au Pôle Nord avec très peu d’habitations et dans cet Extrême-Orient sibérien, le seul message qui passe de la part de l’évadé, il faut pouvoir y vivre. Au début, ils ne comprennent même pas de quoi il s’agit, le personnage principal se dit "mais comment peut-on vivre ici" et quand il comprend de quoi il s’agit, quand il comprend véritablement le sens de ce verbe si simple, vivre, si évident, c’est galvaudé, il se dit, mais finalement ma vie d’avant, comment était-elle, c’était une forme de mort, c’est une forme de sommeil mortel, maintenant je peux me libérer de cette somnolence, je peux vraiment me réveiller, c’est un réveil finalement, c’est le roman sur un réveil, sur une initiation, une exploration et un réveil spirituel.

    Oui, "L’Archipel d’une autre vie", votre nouveau livre donc événement publié au Seuil est remarquable, merci Andreï.

    Merci à vous.

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    00:08:09
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