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  • L'invité

    Syhem Belkhodja

    Invitée : Syhem Belkhodja, danseuse et chorégraphe tunisienne.

    Pour Syhem Belkhodja, la culture est le combat de la Tunisie d'aujourd'hui, afin de retenir les jeunes tentés par le radicalisme religieux.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le musée du Bardo à Tunis.


    Transcription

    Bienvenue ici à Tunis sur TV5 Monde. Bonjour Syhem BELKHODJA.

    Bienvenue chez vous.

    Vous êtes la danseuse chorégraphe la plus connue ici en Tunisie, vous avez fondé une compagnie qui porte votre nom. On dit que vous êtes une sorte de militante des arts. On est dans un lieu chargé d’histoire, une histoire tragique en 2015 puisqu’il y a eu un attentat meurtrier ici. Vous diriez finalement que l’art c’est un moyen de combattre ?

    Moi je suis militante pour la (...)

    Bienvenue ici à Tunis sur TV5 Monde. Bonjour Syhem BELKHODJA.

    Bienvenue chez vous.

    Vous êtes la danseuse chorégraphe la plus connue ici en Tunisie, vous avez fondé une compagnie qui porte votre nom. On dit que vous êtes une sorte de militante des arts. On est dans un lieu chargé d’histoire, une histoire tragique en 2015 puisqu’il y a eu un attentat meurtrier ici. Vous diriez finalement que l’art c’est un moyen de combattre ?

    Moi je suis militante pour la vie prioritairement. Et donc cette Tunisie qui porte toute son histoire, vous regardez la mosaïque, vous regardez toutes ces fresques, on ne peut pas offrir un autre histoire des barbares. Donc, on n’est pas barbare, cette barbarie ne vient pas de nous, il y a juste… comme c’est des métastases. La vie… cette Tunisie a porté pendant 3000 ans la vie, et elle a porté des femmes, elle a porté la reine carthaginoise, elle a porté la (inaudible), la juive tunisienne, elle a porté une reine musulmane. Et dans toutes les fresques que vous voyez depuis 3000 ans, il n’y a que de la danse, même il y a 3000 ans. Donc, je ne peux que danser et proposer la danse du nord, du sud, de l’Est, à l’Ouest dans mon pays.

    Oui, parce que vous aviez dit lorsqu’il y a eu ces terribles attentats, je suis une danseuse, alors je suis debout.

    Oui et je resterais debout, même si je chute, parce que ça arrive les chutes, je me remettrai à être debout. Et la Tunisie est debout avec 10 millions de Tunisiens qui croient en leur destin et qui vont écrire en tous les cas l’avenir de la planète. Notre histoire de la Tunisie avec Hannibal, avec la méditerranée c’est Hannibal qui a écrit la méditerranée. Et aujourd’hui, avec la révolution tunisienne, il faut nous donner le temps, il faut nous donner le temps et que la culture soit partagée pour chacun et quand la culture traverse tous les villages de la Tunisie, le pays va être debout de plus en plus. On a 5 années de difficulté effectivement, 6 années de difficulté, il ne faut pas nous juger très rapidement, mais c’est à nous aussi de ne pas être déprimés et je suis certaine que la Tunisie va avancer et tous les arts bien sûr.

    Alors, vous avez fondé l’école des arts et du cinéma, le centre méditerranéen de danse contemporaine, vous avez fondé les rencontres de Carthage, festival du documentaire, vous faites plein de choses et vous le faites avec les jeunes. C’est une façon aussi finalement de militer pour la Tunisie de demain.

    L’avenir de ce pays c’est les jeunes et la femme, deux choses. Toutes les femmes bien sûr et les hommes sont derrière nous, ce sont nos airbags. Moi, si je suis là c’est dû à mon papa et aujourd’hui à mon mari aussi, ils me laissent libre comme le vent et je fais ce que je veux, comme je veux. Mais c’est grâce à un papa et grâce à deux hommes que j’adore. Mais la jeunesse c’est l’essence de la Tunisie et ce n’est pas uniquement aujourd’hui. BOURGUIBA a construit la Tunisie due à cette jeunesse-là. Et moi, la petite gamine de Tunis de Carthage, j’ai fait mes cours de danse, tous les Américains sont venus à Tunis, danser à Carthage. Donc, moi je n’ai pas appris la danse comme ça. Ils sont venus de Carolyn CARLSON, d’Alvin AILEY, d’Alwin NIKOLAIS, Maguy MARIN était ma voisine à Tunis. Maurice BÉJART est venu pendant 6 mois ici. Et donc, c’était le berceau de tous les artistes, ils venaient et ils étaient en résidence. Donc, j’ai appris avec tous mes amis qui étaient eux courageux et venaient à Tunis. Et aujourd’hui, la seule chose que je pourrais demander à tous mes amis, prioritairement artistes, mais mes amis français, belges, canadiens, tous les gens qui vont nous voir grâce à cette chaîne extraordinaire de TV5, de venir nous voir et d’être à côté de nous, comme moi j’ai grandi avec mes amis qui ne sont pas étrangers, mais mes amis du monde entier. Mais la Tunisie va donner une leçon magistrale de cette jeunesse-là qui la première fois, elle a dit, dégage, sans les armes et elle a pu se ressourcer, se relever et être debout et c’est dû à cette jeunesse-là. Je voudrais juste lui donner de l’espoir, parce que souvent quand ils voient nos aînés, ils ont l’impression que nous on a tous eus et que comme s’ils ne leur restent rien. Mais l’histoire de la Tunisie est féconde et la place des jeunes, ils vont avoir plein d’histoires et ils vont raconter l’histoire.

    Et vous avez raconté ces histoires à travers des festivals, c’est que vous créez sans arrêt des choses nouvelles, des rendez-vous.

    La force des rencontres chorégraphiques de Carthage, la force des mots avec Michel ONFRAY, on va recevoir bientôt et j’invite aussi mes amis français et mes amis en tous les cas francophones de venir prochainement du 5 avril au 10 avril, on a une rencontre avec Michel ONFRAY gratuit, le public est gratuit chez nous, avec des films documentaires grâce à vos partenaires qui sont le cinéma du réel et le Festival de Nyon, le festival du film de Marseille. C’est-à-dire, il y a un pont même s’il n’y a pas de visa, on ne peut pas aller vers vous. Vous, vous pouvez venir avec nous juste avec une petite carte d’identité et donc c’est possible de venir chez nous et facilement. Et ce festival-là s’interroge sur les sociétés de demain. Est-ce pourquoi on est colonisé ? Mais colonisé dans nos têtes, colonisé par nos fantasmes, par nos peurs, par nos angoisses. Comment être décolonisé de toute angoisse pour avancer vers l’avant ? Ce n’est que les arts, le cinéma, le théâtre, la danse, la musique, le design qui vont donner une couleur et un label à cette Tunisie qui est… 10 millions de Tunisiens, ce n’est absolument rien. Si on dit 10 millions de Tunisiens, c’est une rue, c’est un quartier en Chine. On n’a pas besoin même pas de 34 ministres, peut-être on a besoin d’un préfet, mais cette Tunisie qui est exceptionnelle, c’est-à-dire, je remercie tous ces ministres qui font un travail extraordinaire en Tunisie et qui s’efforcent chaque matin de trouver de la force et du courage, mais cette Tunisie est facile à gérer. C’est à nous d’être cultivé comme l’ont été nos ancêtres, éduqués et les bras ouverts et surtout pour recevoir du monde.

    Merci en tout les cas pour ce beau discours Syhem, mais c’est vrai qu’on voit aussi des jeunes perdus ici en Tunisie. On voit des jeunes qui peuvent être tentés par des discours radicalistes, on voit tout ça et vous vous dites, on peut les rattraper finalement.

    Totalement.

    À travers l’art, vous militez finalement contre cette…

    L’art, l’écoute, (donnez-moi mon brave, venez), être compagnon de route. Ils n’ont pas de récits ces jeunes-là. Donc, quand ils sont à côté de la plaque et nous on passe (inaudible).

    Vous les rencontrez tous les jours Syhem.

    Bien sûr, on les rencontre, on parle avec eux et on regarde droit dans les yeux, ils doivent voir que dans nos yeux, on les sent. Si on ne les sent pas et on fait semblant, on fait du marketing, on fait de la philosophie générale, ils savent que c’est du faux. Donc, il faut faire un vrai récit et le seul vrai récit c’est que la Tunisie doit gagner et la Tunisie doit donner l’exemple à tout le monde et surtout que l’Europe n’ait pas peur de nous aider. Je l’ai dit, je pense, il y a 3 ans ici à l’histoire du Bardo, c’était dans une émission de France 24, HOLLANDE, il ne vous reste que 3 mois, rayez la dette, mais rayez cette dette. Moi, je n’ai pas besoin… Je sais qu’on doit de l’argent et on doit rendre cet argent-là, mais laissez-moi cet argent-là pour la danse, pour la musique, pour l’éducation, pour la langue française.

    Pour les jeunes aussi, pour tous les gamins.

    Pour la langue française, pour la langue anglaise, pour l’arabe, pour faire des films. Arrêtez, soyez courageux, il ne vous reste que 3 mois, rayez la dette française, c’est aussi simple que ça. Ce n’est absolument rien.

    C’est une artiste qui vous le dit. En tout le cas c’est un message politique Syhem. C’est un message de jeunesse, c’est un message pour demain, c’est ça.

    C’est un message pour la vie. Et on a 2 rendez-vous et j’espère que vous allez être chez nous.

    Bien sûr.

    Vous n’allez plus partir maintenant, il a mangé le poisson au café vert, l’un des meilleurs restaurants de Tunis. On a rendez-vous donc le festival de documentaire du 5 au 9 avril et un deuxième rendez-vous, les rencontres chorégraphiques de Carthage. Et rappelez-vous le 29 avril qui est la journée mondiale de la danse, toute l’avenue à Habib-Bourguiba, on va danser toutes les danses et les danses du monde. Nos danses à nous, danse traditionnelle, mais les danses hip-hop, les danses le breakdance, le flamenco, la samba, tout le monde va danser.

    La danse c’est la liberté.

    C’est le corps. Personne n’ose, en tous les cas, défier un corps qui est libre parce que je l’ai dit, même si on chute, on se remet debout.

    Merci, Syhem BELKHODJA, en tout le cas pour ce beau discours passionnant.

    Et moi je vous aime.

    Merci la télévision Al Wataniya et puis son Président Directeur Général Elyès GHARBI aussi de nous accueillir ici dans ce musée du Bardo, merci à vous.

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    00:08:11
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